France : Marine Le Pen lance sa campagne en promettant une « renaissance »

Pas d'attaques, ni d'annonces : pour son premier grand discours de campagne, sous haute surveillance policière, la candidate de l'extrême droite française Marine Le Pen a développé dimanche son projet de « renaissance » sans « rupture brutale » pour un pays en crise et esquissé les contours d'une présidence que tous les sondages lui promettent à six mois du scrutin.
Malgré les manifestations de la veille, malgré l'attentat raciste de Trappes, en banlieue parisienne, la France a de beaux jours devant elle
, a affirmé d'entrée la patronne du Rassemblement national (RN) à Orléans.
Dans une arène remplie de 8500 militants chauffés à blanc, scandant régulièrement on va gagner
, la quadruple candidate à l'Élysée a voulu délivrer un message optimiste, autour du thème central de sa campagne : la renaissance
.

Marine Le Pen, cheffe de l'extrême droite française, est en tête des sondages à six mois de l'élection présidentielle.
Photo : Getty Images / ALAIN JOCARD / AFP
Parce qu'à ses yeux, la bataille du constat est gagnée
et que tout le monde en France est d'accord avec nous
, la cheffe de file de l'extrême droite française s'est efforcée de rassurer ceux qui redoutent son accession au pouvoir – quasiment acquise selon les sondages qui la donnent largement en tête au premier tour et gagnante dans tous les scénarios au second.
Cette renaissance
qu'elle promet ne serait ni une rupture brutale
, ni une révolution destructrice
. Au contraire, elle y voit une manière de s'élever vers le beau
. Pour y parvenir, elle mise cependant sur la puissance
et la fermeté radicale d'un programme déjà connu, notamment en matière de sécurité et d'immigration.
Mais elle a laissé les déclarations martiales à son dauphin Jordan Bardella, le président du RN, qui s'est chargé de souligner qu'une fois en place, il utilisera tous les moyens légaux pour rétablir l'ordre et protéger les honnêtes gens
.

Jordan Bardella, président du Rassemblement national, était aux côtés de Marine Le Pen, dimanche,
Photo : Getty Images / ALAIN JOCARD / AFP
Marine Le Pen, elle, a réaffirmé sa volonté d'en faire son premier ministre en cas de victoire, à la tête d'un gouvernement qu'elle souhaite d'union nationale
. Justement, leur allié Éric Ciotti, qui avait quitté le parti des Républicains (LR, droite) pour se rapprocher avec sa formation du RN, venait de vanter cette union pour la France
et d'appeler ses anciens amis
des LR à revenir à la maison
.
Incident en tribunes
Les deux lieutenants ayant copieusement fait huer tous ses adversaires, Marine Le Pen s'est abstenue de donner des noms
en pâture. Ce qui ne l'a pas empêché de mettre dans un même sac les ennemis de sa renaissance
: les obscurantismes
de l'islamisme, des antifascistes, des Insoumis et des écologistes.
Des opposants soigneusement tenus à distance du rassemblement par les 3000 policiers et gendarmes déployés tout le weekend dans une ville qui s'était barricadée par crainte des débordements.
Un dispositif qui avait permis la veille de tenir à l'écart les 13 000 à 26 000 manifestants venus dénoncer la tenue du congrès du parti à la flamme. Et qui a encore empêché une centaine de militants antifascistes d'approcher du lieu du discours dimanche.

Des agents de sécurité évacuent dimanche une manifestante, en marge du lancement de la campagne présidentielle de Marine Le Pen.
Photo : Getty Images / ALAIN JOCARD / AFP
Une poignée d'activistes a néanmoins réussi à se glisser dans la salle, déployant une banderole ciblant Jordan Bardella, réélu la veille à la tête du parti : Le racisme et l'antisémitisme ça ne dérange pas le RN, au contraire
.
Allusion explicite aux révélations du site d'investigation Mediapart sur des écrits de jeunesse antisémites attribués au dirigeant nationaliste – qui a porté plainte pour diffamation.
L'action, revendiquée par l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), a immédiatement donné lieu à une altercation avec le public, puis à une intervention musclée du service d'ordre du RN, qui a également fait sortir de la salle un journaliste de Mediapart présent à proximité.
Déjà pris à parti la veille lors du congrès, les journalistes du site ont choisi de quitter les lieux, estimant que leur sécurité n'était pas assurée dans cet endroit
. L'UEJF a pour sa part annoncé une plainte pour violences en réunion.
En réponse, Jordan Bardella a accusé des militants d'ultragauche, qui se revendiquent de l'UEJF
d'être venus accompagnés de Mediapart pour agresser et attaquer des militants
.
L'incident n'a pas fait dévier Marine Le Pen, qui a été condamnée en appel pour détournement de fonds publics du Parlement européen, du message qu'elle était venue délivrer. Pas même quand elle a fait l'éloge de la civilité
, autre pilier de sa renaissance
. Un remède à l'ensauvagement
, a-t-elle affirmé. Mieux, le chemin le plus sûr pour faire reculer la violence dans notre société
.
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