Lutte contre l’itinérance : Mark Carney détaille son plan et appelle à la coopération

Au lendemain du dévoilement de l'objectif ambitieux de mettre fin à l'itinérance d'ici 10 ans, le premier ministre Mark Carney a fourni quelques détails de plus pour expliquer comment son gouvernement compte y parvenir.
L'annonce a été effectuée à Winnipeg, où se concluait la Conférence nationale pour mettre fin à l’itinérance. La métropole manitobaine sera un bénéficiaire majeur du nouveau financement fédéral, puisqu'elle recevra un milliard de dollars pour la construction de logements et d'un centre de santé mentale.
Winnipeg est exemplaire, on pourrait faire ça partout au Canada
, a lancé le premier ministre de la province, Wab Kinew, également présent.

L'itinérance est en augmentation partout au Canada, surtout depuis la pandémie. Ici, un campement à Saskatoon, en octobre 2026.
Photo : Radio-Canada / Albert Couillard
Le premier ministre a rappelé qu’environ 65 000 personnes sont aujourd’hui sans domicile fixe au Canada, certains dans des refuges d’urgence et des logements de transition, d’autres dormant dans des voitures, des camps ou des entrées de maison.
La crise de l’itinérance, qui s’est aggravée depuis la pandémie, va à l’encontre des valeurs canadiennes d’équité, de solidarité et de dignité humaine
, a-t-il affirmé, en reconnaissant que les efforts déployés jusqu’ici ont été mal coordonnés, dotés de ressources insuffisantes, et insuffisamment pérennisés
.
Trois approches combinées
Des leçons ont été tirées de ces échecs, en écoutant les travailleurs de première ligne, a promis Mark Carney. Elles ont permis de comprendre que la lutte contre l’itinérance repose sur une combinaison de trois approches complémentaires, qu’il a pris le temps d’énumérer.
D’abord, l’aide de première ligne, qui commence quand quelqu’un perd sa maison, par un chèque permettant de couvrir un loyer, un appel aux propriétaires, un soutien direct aux familles
. Mark Carney a donné l’exemple du programme fédéral lancé en 2019, Vers un chez-soi, qui soutient les organisations communautaires engagées dans la lutte contre l’itinérance.

Wab Kinew, le premier ministre du Manitoba, en compagnie de Mark Carney, du maire de Winnipeg et de la mairesse de Montréal, lors d'une conférence de presse le 6 novembre 2026, pour présenter les mesures budgétaires fédérales pour lutter contre l'itinérance.
Photo : Radio-Canada / Maggie Wilcox
Ensuite, le logement. Le gouvernement fédéral veut agir à plusieurs niveaux, en injectant des fonds dans l’Allocation canadienne pour le logement, qui aide les personnes à faibles revenus à payer leur loyer, et en soutenant la construction de nouveaux logements, notamment sur des terrains appartenant à l'État fédéral.
La conférence de presse se tenait ainsi sur le site d’un ancien bâtiment de la Baie d'Hudson, désormais rebaptisé Wehwehneh Bahgahkinahgohn, où seront construits 373 logements abordables pour des familles des Premières Nations. La majorité des personnes en situation d’itinérance à Winnipeg sont issues des Premières Nations.
La santé, couplée à la stabilité résidentielle, est le troisième pilier de ce plan national de lutte contre l’itinérance.
Il s'appuie sur la création d’un Fonds de soutien intégré destiné à aménager des logements de transition. Ces structures offriront une prise en charge globale, combinant des soins de santé mentale et de traitement des dépendances à un accompagnement social adapté.
Mark Carney a donné l’exemple de la Maison Dunn, à Toronto, mise en place grâce à un partenariat regroupant le Réseau universitaire de santé (UHN), la Ville de Toronto, Centraide, l'organisme de bienfaisance Fred Victor, la province de l'Ontario et le gouvernement du Canada.

La Maison Dunn, à Toronto, a été présentée comme un modèle dans la prise en charge de l'itinérance par le premier ministre Mark Carney
Photo : Jacob Cote
Ce complexe de 4 étages compte 51 logements destinés aux personnes qui fréquentent le plus les urgences, avec des soins offerts directement sur place.
Les premiers résultats sont marquants : les passages à l'urgence ont diminué de moitié et les journées d'hospitalisation ont chuté de près de 80 %. L'ensemble de la collectivité en tire profit
, s’est félicité le premier ministre.
Une enveloppe d'environ 30 milliards
Alors qu’il était question, lors de l’annonce du budget, hier, d’un montant de 11,2 milliards de dollars à ventiler sur quatre ans, le premier ministre a plutôt évoqué, aujourd’hui, une enveloppe d'un peu moins de 30 milliards de dollars pour mener la lutte contre l'itinérance. Cette nouvelle somme comprend les mesures dédiées exclusivement à l'itinérance, ainsi que les montants destinés au logement.
Elle se répartit comme suit, selon ce qu'il a annoncé lors de la conférence de presse :
- 5,5 milliards de dollars pour l'Allocation canadienne pour le logement
- 6,5 milliards de dollars pour renouveler le programme Vers un chez-soi et soutenir les anciens combattants en situation d'itinérance.
- 10 milliards de dollars via Maisons Canada pour bâtir 25 000 logements de transition et de soutien à travers le pays.
- 2 milliards de dollars via le Fonds pour les infrastructures de santé afin de construire et de moderniser des installations de traitement en santé mentale et en toxicomanie.
- 5 milliards de dollars pour un nouveau Fonds de soutien intégré, destiné à associer le logement et les soins de santé en collaboration avec les partenaires publics, privés et philanthropiques.
La coordination entre tous les paliers de gouvernement sera primordiale, a aussi rappelé Mark Carney.
Le gouvernement fédéral va fournir les fonds qu’il faut pour construire des logements et des établissements de santé. Les provinces et les municipalités vont gérer ces logements et ces établissements, fournir les soins de santé, les services de formation professionnelle et les mesures de soutien du revenu nécessaires.
La crainte d’une chicane avec Québec
De passage en studio à Tout un matin aujourd’hui, le maire de Québec, Bruno Marchand, a dit craindre une chicane entre Québec et Ottawa au sujet des champs de compétence dans le dossier de l’itinérance.
Jeudi, le ministre québécois des Finances, Nicolas Marceau, avait salué les investissements promis par Ottawa, tout disant son souhait de voir ces sommes versées rapidement, sans condition et dans le respect des compétences du Québec
.
Deux milliards doivent transiter vers Québec par l’entremise de Maisons Canada pour lutter contre l'itinérance.

Le maire de Québec, Bruno Marchand, craint un désaccord entre Ottawa et Québec sur la question de l'itinérance.(Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Bruno Giguère
Si vous vous êtes engagés à l’itinérance zéro, c’est aujourd’hui que ça commence, pas dans six, douze ou dix-huit mois, le temps qu’on s’entende à mettre des virgules et des points-virgules.
Trouvez des solutions, parce que pendant que vous jasez, il y a du monde qui meurt dans la rue
, a-t-il ajouté.
La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, présente à la conférence de presse aux côtés du premier ministre manitobain Wab Kinew et du maire de Winnipeg pour appuyer Mark Carney, a joué l'apaisement concernant la position du nouveau gouvernement péquiste dans ce dossier.
Le nouveau premier ministre du Québec, Paul St-Pierre Plamondon, a défini la lutte à la crise de l'itinérance comme une priorité de tous les instants
, a rappelé celle qui a évoqué un défi monumental
,où chacun doit prendre un petit bout des difficultés
.
Mark Carney a abondé dans le même sens. Il n'est pas seulement le nouveau premier ministre du Québec, il est aussi le ministre responsable de cet enjeu. Alors, nous voyons des possibilités réelles de travailler ensemble
.
Il en a profité pour rappeler qu'il rencontrera PSPP prochainement.
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