Vidéos shorts sur RTBF Actus : trop présentes ? Trop courtes ?

André ironise à propos de "ces vidéos qui ont l’air d’être filmées avec un smartphone". Gaspard, lui, voudrait "vraiment les retirer de la page d’accueil de l’application". Quant à Sébastien, il se demande "s’il y a moyen de désactiver le lancement automatique des vidéos shorts, parce que c’est très ennuyeux d’écouter de la musique sur une autre app et de vouloir regarder votre app".
La RTBF mise fortement sur ce format

La direction de la RTBF ne s’étonne pas de ces réactions, mais souligne que ces formats répondent à de nouveaux usages et trouvent leur public sur le Web. Depuis leur lancement, détaille Christophe Chantraine, directeur des publications digitales, "ces vidéos ont été vues dix millions de fois, avec une progression continue de l’audience".
Ce format s’inscrit dans des usages dominés par le défilement vertical. Il permet aussi de mettre en valeur les images, les extraits d’émissions et les productions des équipes de la RTBF auprès de publics qui fréquentent davantage les réseaux sociaux que les médias traditionnels.
Ces vidéos ne sont donc pas près de disparaître et, à ce stade, il n’est pas possible de les désactiver. "En revanche, au niveau éditorial, on a la possibilité de les faire passer plus bas sur le site quand c’est nécessaire et quand l’actualité, par exemple, impose de mettre d’abord des articles en haut de page", précise .
Quelle politique éditoriale ?
Trois critères guident les algorithmes chargés de mettre certaines vidéos en avant : la récence, la diversité des thématiques et la popularité.
La "récence" privilégie les contenus les plus récents.
La diversité des thématiques vise, précise Christophe Chantraine, à "essayer de faire en sorte qu’on n’ait pas trois ou quatre shorts de la même thématique qui se suivent ; l’objectif est de montrer toute la richesse de l’offre RTBF".
Enfin, plus un short a déjà généré de vues et plus l’algorithme le juge pertinent, plus il a de chances d’être proposé à d’autres utilisateurs.
Les utilisateurs peuvent toutefois personnaliser les contenus qui leur sont proposés. Pour ne voir que des vidéos d’information, il suffit de sélectionner l’onglet "Info". Les vidéos sportives sont, elles aussi, regroupées sous l’onglet "Sport". À terme, les internautes et les followers pourront également choisir l’onglet "Culture" afin de ne découvrir que des vidéos culturelles.
Les "shorts", ces vidéos verticales sur site RTBFActus © Capture d’écran www.rtbf.be
Un format trop superficiel pour des sujets complexes ?
Les shorts soulèvent aussi des questions sur le traitement éditorial de sujets sensibles ou complexes. Jean-Baptiste et Gilles ont été choqués "par la vidéo témoignage de Louise, 25 ans et travailleuse du sexe, sans remise en contexte". Romain s’interroge : "Pourquoi a-t-on mis un extrait d’une émission où l’on évoque l’affaire Lenoci sans aucun traitement journalistique ? Si c’est ça, le contenu mis en avant par la RTBF, merci, mais non merci".
Ces remarques sont légitimes et ont été entendues. Depuis sa mise en place, le format a d’ailleurs évolué.
Aujourd’hui, la plupart de ces vidéos comportent un bouton qui renvoie vers un article de fond ou un format long. L’utilisateur peut ainsi accéder à un traitement plus détaillé et approfondi de l’information. Cette fonctionnalité constitue actuellement une spécificité de la RTBF.
Les risques d’une "clipification" de l’information
Les risques d’une simplification excessive ne sont pas les seules critiques. Certains chercheurs et observateurs des médias numériques évoquent le spectre d’une "clipification de l’info" : une consommation fragmentée de l’actualité, de scroll en scroll, qui peut favoriser une attention plus superficielle.
Ces nouveaux formats permettent néanmoins de toucher des publics qui ne se tournent plus spontanément vers la télévision, la radio ou le Web. Ils leur offrent une première rencontre avec des extraits d’émissions, des voix, des images et des sujets "made in RTBF".
Tout l’enjeu consiste donc pour la RTBF à trouver un équilibre entre ces nouvelles formes de consommation d’information et l’exigence d’une information de qualité, au cœur de sa mission de service public.
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