«C’est au Québec que ça bloque», déplorent des ressortissants ukrainiens
Après des années d’attente, des milliers d’Ukrainiens ayant rejoint leur famille au Québec sont toujours incapables d’accéder à la résidence permanente.
Embourbés dans des aléas bureaucratiques entre Québec et Ottawa, plusieurs centaines d’entre eux et leurs familles ont récemment interpellé les gouvernements fédéral et provincial dans une lettre ouverte pour demander l’accélération du traitement de leur dossier.
« C’est vraiment triste. On a perdu confiance envers notre gouvernement », raconte Lyudmyla Savyelova, qui pilote cette démarche collective.
Citoyenne canadienne depuis une dizaine d’années, Mme Savyelova parraine sa mère de 76 ans ainsi que sa sœur et sa famille, tous arrivés au Québec dans la foulée de l’invasion russe de février 2022. Bientôt trois ans après le dépôt de leurs demandes, ceux-ci attendent toujours l’obtention de leur résidence permanente.
Une voie temporaire d’accès à la résidence permanente pour les ressortissants ukrainiens ayant de la famille au Canada a été mise en place le 22 octobre 2023 pour un an. Le programme avait pour but de faciliter la réunification familiale des personnes touchées par la guerre en Ukraine.
Or, selon des statistiques obtenus en vertu de demandes d’accès à l’information par Mme Savyelova et consultés par Le Devoir, aucun Ukrainien arrivé au Québec par cette voie n’avait encore obtenu sa résidence permanente en date du 31 mai dernier.
« On nous a perdus dans le système. Ils nous ont oubliés », se désole celle qui est arrivée au Canada en 2006.
Sur les quelques 2550 demandes présentées, seulement 92 ont obtenus leur certificat de sélection du Québec (CSQ), étape essentielle à l’obtention de la résidence permanente dans la province, entre novembre 2023 et juin 2026.
Et aucune résidence permanente n’a été enregistrée dans la province, alors qu’il y en a 3385 qui ont été approuvées dans le reste du Canada, d’après les données d’IRCC.
« Partout au Canada, les Ukrainiens reçoivent leur résidence permanente. C’est au Québec que ça bloque », déplore Mme Savyelova.
Les quelque 800 signataires de la lettre pointent notamment la lenteur des échanges entre le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI), qui délivre le CSQ, et Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), qui attribue la résidence permanente.
De plus, au Québec, les Ukrainiens se retrouvent parmi les candidats à l’immigration relevant de motifs humanitaires. Or la dernière planification de l’immigration dévoilée par le MIFI ne prévoit que 450 admissions par année dans cette catégorie.
« Ils se trouvent ainsi en concurrence directe avec toutes les autres catégories de demandeurs vulnérables provenant de tous les pays du monde, alors que leur situation — fuite d’une invasion armée en cours — est fondamentalement différente de celle des nombreux autres demandeurs », fait valoir la lettre ouverte.
Cette disparité entre le nombre de demandeurs et les places disponibles s’observe aussi au fédéral. Selon des données présentées devant le Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration ce printemps, il y avait 21 400 demandes à traiter en date du 28 février dernier, pour une cible d’admission annuelle fixée à 750 seulement. Le délai de traitement prospectif tourne donc autour de 10 ans dans cette catégorie à l’échelle nationale.
« Bien sûr, je suis découragée. Ma mère a 76 ans, 10 ans d’attente c’est très long pour elle », dénonce Lyudmyla Savyelova.
Plusieurs personnes dans la même situation verront leur permis de séjour et leur accès à la Régie de l’assurance-maladie du Québec (RAMQ) expirer dans les prochaines années. L’attente et l’incertitude ont déjà des conséquences importantes pour les exilés ukrainiens et leur famille, selon elle.
« Pour les personnes âgées comme pour les jeunes, on n’arrive pas à envisager le futur. C’est beaucoup de stress. »
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