Il avait d’abord profité de l’arrêt Jordan | 20 mois de prison pour un homme jaloux qui a agressé et battu sa conjointe

Une victime de violence conjugale peut enfin souffler. Son ex-conjoint, qui s’en était d’abord tiré grâce à l’arrêt Jordan, a finalement été condamné jeudi à 20 mois de prison. « C’était un long parcours », souffle-t-elle, bouleversée.
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« Je suis contente que ce soit fini. J’y ai pensé à chaque jour. Je suis satisfaite », a confié Joanie* à La Presse, la voix brisée par l’émotion, après l’audience au palais de justice de Montréal.
Yann Giroux a été déclaré coupable en octobre 2025 de voies de fait, d’agression sexuelle et d’avoir étranglé sa victime. La route a toutefois été longue pour se rendre à ce verdict, car l’homme de 39 ans a d’abord bénéficié d’un arrêt des procédures en raison des délais déraisonnables (arrêt Jordan) en novembre 2023.
Ce jour-là, Yann Giroux était sorti tout sourire de la salle d’audience.
Tout un contraste avec sa mine résignée au moment de se faire passer les menottes jeudi matin devant ses proches, visiblement furieux. Une femme a même bruyamment tapé son poing contre sa main à la fin du jugement, menant un constable à l’expulser illico.
Si Yann Giroux a finalement été jugé, c’est parce que la Cour d’appel a annulé l’arrêt Jordan en juillet 2025, à la grande surprise de la victime.
« Je me disais que c’était fini [après le Jordan] », a-t-elle dit à La Presse.
PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE
Yann Giroux se cache de l’objectif de La Presse en août 2026. Il est accompagné de son avocat, Me Kevin Adou.
« Si je ne peux pas t’avoir, personne ne va t’avoir »
Yann Giroux était un homme « jaloux et très contrôlant ». Pendant sa courte relation avec Joanie, il la suivait à la trace sur son téléphone grâce à une application installée à son insu. De plus, Joanie n’avait pas le droit d’aller seule au dépanneur.
« Il m’a dit : “Je vais te séquestrer. Si je ne peux pas t’avoir, personne ne va t’avoir. Tu me rends fou” », a raconté Joanie au procès, en 2023.
Souvent intoxiqué, Yann Giroux était très violent avec Joanie. Il l’a déjà étranglée en poussant un oreiller sur son visage.
« Il est venu en rage. Il m’a étranglée. Plus je criais, plus il poussait l’oreiller sur mon visage. J’avais de la misère à respirer », a témoigné Joanie.
Yann Giroux lui disait : « Tu l’aimes, ton ex » en poussant plus fort.
Le délinquant espérait s’en tirer avec une peine de prison à la maison, se dépeignant comme un homme abstinent depuis quatre ans et un père de famille ayant « compris » de ses erreurs. Il affirme avoir de l’empathie à l’égard de la victime et lui « souhaiter le mieux ». Des remords « en demi-teinte », selon le juge.
Selon le juge Pierre Dupras, la réhabilitation de Yann Giroux n’est pas « particulièrement convaincante, loin de là ». Pas question donc de lui permettre de purger sa peine à la maison. Les principes de dénonciation et de dissuasion doivent primer, estime le juge.
Le juge a retenu de nombreux facteurs aggravants, dont la vulnérabilité de la victime, le contexte conjugal, le nombre d’évènements et le contexte de consommation de drogue. Comme facteurs atténuants, il a considéré son absence d’antécédents judiciaires, ses démarches tardives pour travailler et son abstinence.
En considérant la jurisprudence, le juge a conclu qu’une peine de 20 mois d’emprisonnement était adéquate. Yann Giroux sera ensuite soumis à une probation de trois ans. Il lui sera interdit de communiquer avec la victime. Il sera aussi inscrit au Registre des délinquants sexuels pendant 20 ans.
Me Marie-Pierre Morency a représenté le ministère public, alors que Me Kevin Adou a défendu le délinquant.
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