OpenAI, Anthropic et Google sont en train de créer un organe de supervision des risques de l’IA
OpenAI, Anthropic et Google DeepMind travaillent à la création d’un organe de supervision des risques liés à l’intelligence artificielle (IA), a indiqué OpenAI à l’AFP mardi, alors que se multiplient les appels à mieux contrôler les dérives de l’IA.
L’idée est née d’une proposition de Demis Hassabis, directeur général puis président de Google DeepMind depuis début août, qui suggérait une entité similaire à l’Autorité américaine de régulation de l’industrie financière (FINRA), instance d’autorégulation du secteur financier.
La création de la FINRA a été autorisée par la loi fédérale et elle est placée sous la supervision du gendarme américain des marchés, la Commission des valeurs mobilières et boursières (SEC).
Les grands acteurs de l’IA appellent, depuis plusieurs mois, le gouvernement américain à encadrer le secteur et à superviser la sécurité de l’IA.
Le gouvernement Trump a mis en place, début août, un processus d’évaluation des nouveaux modèles d’IA, mais il est basé sur le volontariat et son mécanisme n’a pas été communiqué.
Après l’appel au ralentissement du développement de l’IA lancé samedi par le patron d’Anthropic, Dario Amodei, Donald Trump et plusieurs membres de la majorité présidentielle ont réitéré leur souhait de ne pas corseter le secteur, officiellement par crainte de voir la Chine prendre l’ascendant.
Ils ont balayé les alertes lancées par plusieurs responsables et développeurs, notamment Jacob Coxon il y a une semaine, sur les risques que représente l’IA pour l’humanité, le président américain les qualifiant de « canulars ».
Le débat sur les risques de l’IA est monté en puissance depuis le début de l’été, alimenté par une série d’incidents et des déclarations apocalyptiques de plusieurs professionnels de l’intelligence artificielle.
Plusieurs modèles d’IA d’OpenAI et Anthropic sont notamment sortis spontanément de leur milieu confiné pour se rendre sur Internet et faire intrusion sur des sites et des plateformes.
La possibilité d’un cartel
L’instauration par la profession de son propre organe de surveillance nécessiterait vraisemblablement une loi, notamment pour éviter que l’industrie de l’IA ne soit accusée d’entente et d’infraction à la concurrence.
Dans son message mis en ligne mi-juillet, Demis Hassabis avait imaginé une structure financée par les entreprises du secteur, dont le conseil comprendrait des experts indépendants ainsi que des représentants de l’écosystème ouvert. Ce dernier est composé des développeurs d’IA ouvertes, c’est-à-dire accessibles gratuitement, téléchargeables et modifiables, à la différence des modèles fermés comme ceux d’OpenAI ou Anthropic.
Une fois l’organisation en place, les sociétés les plus avancées de l’IA devraient soumettre leurs nouveaux modèles à un examen, axé en particulier sur la sécurité, avant de pouvoir les commercialiser.
« Je ne pense pas qu’un petit groupe de sociétés d’IA devrait définir les règles pour tout le monde », a commenté, sur la chaîne CNBC, Aidan Gomez, patron de l’entreprise canadienne Cohere, qui met au point sa propre IA. « Il y a énormément de parties prenantes qui doivent être consultées. »
Cette nouvelle instance pourrait également être à l’initiative d’un ralentissement coordonné du développement de l’IA, selon Demis Hassabis, au cas où l’appréhension des risques ne suivrait pas le rythme de progression de l’intelligence artificielle.
« Quand l’avenir de l’humanité est en jeu, nous avons besoin de règles internationales contraignantes, pas de standards de l’industrie sur la base du volontariat », a réagi mardi le sénateur démocrate Bernie Sanders lors de l’événement Pro-Human AI à Washington.
Demis Hassabis a suggéré que le nouvel organe d’autosupervision constitue « un point de départ à la création de standards internationaux pour l’IA de pointe ».
Plusieurs observateurs, en particulier côté républicain, ont accusé les grands noms de l’IA de « captation de la réglementation », c’est-à-dire de vouloir définir leur propre régulation et de s’entendre pour protéger notamment leur avantage compétitif, au détriment des concurrents et des consommateurs.
Conseiller influent de Donald Trump, Davis Sacks a brandi le spectre d’un cartel de l’IA, enjoignant chaque entreprise d’agir unilatéralement, quitte à ralentir seule son rythme de développement, un scénario improbable compte tenu des investissements engagés dans les fleurons du secteur.
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