Le CLSC de Percé sans médecin de famille

Les quelque 3100 citoyens de Percé viennent de perdre le seul médecin de famille de leur CLSC. Des dizaines d’entre eux ont manifesté jeudi matin pour réclamer davantage de services de proximité dans leur ville ainsi que du soutien pour leur médecin épuisé.
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Le Dr Louis-Olivier Ouellet a envoyé, le 5 septembre, une lettre à ses patients leur annonçant qu’il prenait, « pour des raisons personnelles », une pause de ses activités professionnelles au CLSC de Percé « pour un certain temps ».
Dans sa missive, il s’excuse des « conséquences sur l’accès aux services de santé ». Il se dit « conscient » que la population est l’une des plus défavorisées au Québec.
En entrevue avec La Presse, le Dr Ouellet explique cette pause par un manque de ressources et de soutien, signalé à plusieurs reprises à Santé Québec Gaspésie au cours des derniers mois. Il a aussi écrit à son député, Stéphane Sainte-Croix.
« Je ne peux pas continuer à pratiquer en pleurant tout seul dans mon bureau entre deux rendez-vous », dit le Dr Ouellet, au bout du fil. « C’est l’état dans lequel j’étais. »
Le médecin pratique au CLSC de Percé depuis dix ans. Il suit 600 patients, dont beaucoup sont âgés ou ont des problèmes de santé mentale. Il se déplace à domicile – jusqu’à environ 40 km du CLSC.
« J’ai un peu l’impression que tout repose sur mes épaules », dit-il.
L’équipe du CLSC est petite : une infirmière en soins courants (ex. : prise de sang et changement de pansement), une agente administrative, un médecin (lui-même), deux infirmières en soins à domicile (l’après-midi) et un agent de relations humaines (une fois par semaine), précise-t-il.
« On nous dit qu’on doit changer nos pratiques, avoir une pratique multidisciplinaire, confier certains soins à d’autres professionnels, mais au CLSC à Percé, quand je me retourne, il n’y en a pas d’autres professionnels », dit le Dr Ouellet.
Le taux de roulement du personnel est élevé, selon lui. Les nouveaux employés manquent de formation, estime-t-il. Aucun outil d’intelligence artificielle, aidant à diriger les patients vers le bon professionnel, n’est utilisé à la réception.
« Si quelqu’un appelle ou laisse un message sur le répondeur du CLSC, ça se rend à moi automatiquement », affirme-t-il. Il estime gérer 70 appels de patient par semaine.
Le Dr Ouellet comprend que le faible nombre d’habitants du secteur ne permet pas de justifier l’envoi régulier de plusieurs professionnels au CLSC.
Mais certains cas requièrent des services locaux. Il cite en exemple une personne victime de violence à la maison et qui avait des difficultés à se déplacer. Elle ne pouvait se rendre à Chandler, à 40 minutes de route. Un rendez-vous par vidéoconférence lui a été offert depuis sa résidence, là où elle était violentée.
« J’étais très en colère quand j’ai su ça, surtout que la personne a finalement refusé l’aide », affirme le Dr Ouellet.
Le médecin de famille veut ramener à Percé des services disponibles dans d’autres CLSC. « Je considère cependant que mes démarches des derniers mois auprès du CISSS et au niveau politique sont un échec et je n’ai pas l’énergie pour continuer ces démarches à court terme », conclut-il dans sa lettre aux patients.
Percé veut garder son médecin
Jean-Claude Méthot, un patient du Dr Ouellet, a organisé la manifestation devant le CLSC jeudi. Il réclame plus de services à Percé, le retour de la vaccination (il faut aller à Chandler) ainsi que l’ajout d’un médecin (si c’est impossible, une infirmière clinicienne supplémentaire pour soutenir le Dr Ouellet).
« On ne veut pas se ramasser pas de médecin, dit Jean-Claude Méthot. Déjà qu’on n’a plus de caisse populaire, plus de garage. Il nous reste le CLSC et le bureau de poste. On n’a pas l’intention de perdre ça ! »
Le maire de Percé, Daniel Lebœuf, a fait parvenir à Santé Québec Gaspésie deux lettres demandant de dépêcher du personnel au CLSC pour soutenir le médecin. Selon lui, la population vieillissante doit avoir accès à des services de proximité plutôt que devoir se déplacer à Chandler ou Gaspé.
« En fin de compte, c’est du monde qui vont laisser faire leur traitement, qui vont espacer leur rendez-vous et leur situation va se dégrader », dit-il.
Santé Québec réagit
Pour réduire les répercussions liées à l’absence du Dr Ouellet, Santé Québec Gaspésie dit travailler à « offrir temporairement, une journée par semaine », les services d’une infirmière praticienne spécialisée en première ligne. Un appel d’intérêt a aussi été lancé auprès des médecins de famille du Rocher-Percé pour « organiser une présence temporaire en alternance au CLSC de Percé », écrit l’établissement dans un courriel.
Le service de vaccination sera de retour à « court terme », selon l’établissement. « L’infirmière complète actuellement sa formation sur la vaccination », précise-t-on.
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