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Wednesday, October 28, 2026

Dalí s’installe à Montréal

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Le nouveau musée du Vieux-Montréal, consacré à l’œuvre du surréaliste Salvador Dalí, commence à lever le voile sur sa mission, son identité, sa vision. L’établissement installé dans l’édifice des Commissaires, rue de la Commune, porte maintenant le nom officiel de Musée des archives de Salvador Dalí (MASD). Il a son logo officiel et sa bande-annonce en ligne.

Les premières expositions et activités de création culturelles y seront offertes à compter de mai 2027. Le nouveau musée espère attirer environ 320 000 visiteurs dès sa première année. Pour comparaison, le musée Pointe-à-Callière voisin, consacré à l’histoire et à l’archéologie, a reçu 575 000 personnes en 2024.

« Le rêve a désormais une adresse », a commencé Lorraine Pintal, directrice générale du nouvel équipement culturel, en recevant sur place des invités et des journalistes mardi soir.

Le catalogue d’art graphique de Dalí compte environ 1700 œuvres, dont un millier seraient déjà à la disposition du MASD. Une centaine d’aquarelles illustrant La divine comédie de Dante se retrouveront dans l’expo inaugurale.

« Il y a déjà deux grands musées Dalí dans le monde, ce qui est exceptionnel, note Félix Bélanger, président fondateur du MASD, organisme sans but lucratif. Il y a celui de Figueres et celui de St. Petersburg, en Floride. Celui-là a une collection de peintures extraordinaires, et nous allons collaborer pour faire découvrir cet art, cet artiste extraordinaires. »

Mme Pintal annonce que la programmation, en cours d’élaboration, comprendra certes des expositions bâties autour de l’œuvre de l’artiste surréaliste espagnol, mais aussi des créations contemporaines liées à son œuvre, en cirque, en musique, en théâtre, etc. Elle donne l’exemple encore plus concret d’un projet possible entre le surréalisme et le mouvement automatiste. Les deux partagent le principe d’une création spontanée et une volonté de contestation de l’ordre établi, bien que le mouvement québécois pousse son style jusqu’à l’abstraction en refusant la représentation figurative de l’inconscient, qui faisait partie de la pratique de Dalí, obsédé par le rêve.

« Sors-moi d’ici, ça presse ! »

L’édifice acheté en 1997 par le défunt Daniel Langlois a été restauré pour accueillir le club privé 357c, fermé en 2019. Il ouvrira donc au public dans quelques mois pour la première fois depuis 1875. L’aménagement intérieur serpentant sur quatre étages jusqu’à une terrasse surchargée de boiseries et d’éléments de design hétéroclites vaguement industriels dégage une certaine solennité doublée d’une étrange lourdeur rétrofuturiste.

L’achat de l’immeuble patrimonial à la succession Langlois aurait coûté une quinzaine de millions de dollars. La famille Saputo est impliquée dans le projet, qui ne reçoit pour l’instant aucune subvention publique. La règle des gouvernements exige deux années de fonctionnement des organismes culturels avant la réclamation de subventions.

Les archives au cœur du projet seront transférées de New York au MASD et conservées suivant les normes muséales, assure Félix Bélanger. Le lot construit patiemment depuis 1955, gardé et étudié par l’Américain Frank Hunter depuis 1969, comprend des milliers de documents, des lettres et d’autres écrits de l’artiste, des catalogues des expositions, mais aussi, et surtout, des œuvres sur papier et même quelques toiles.

M. Bélanger, qui connaît M. Hunter depuis des années, assure que le transfert international des biens culturels ne posera aucun problème juridique, alors que, dans plusieurs pays, dont le Canada, ce genre de trésor ferait l’objet d’une étude de faisabilité et nécessiterait des permis d’exportation.

« Ça lui fait plaisir de quitter les États-Unis », dit le président du MASD en parlant de M. Hunter, qui n’était pas présent à l’inauguration médiatique mardi soir. « Il a été objecteur de conscience pendant la guerre du Vietnam. Reagan, ça ne le faisait pas triper plus qu’il ne faut. Les deux Bush, c’était déjà trop. Alors, il faut s’imaginer deux fois Trump ! Il m’appelle des fois pour me dire : “Sors-moi d’ici, ça presse !” »

Le président ajoute avoir le sentiment que Dalí choisit Montréal par l’entremise de M. Hunter, qui l’a bien connu. La directrice demande qu’on n’oppose pas ce nouveau musée Dalí à d’autres possibles destinés aux enfants, ou consacrés aux femmes artistes, aux Automatistes. L’un n’empêche pas l’autre, dit-elle : les mécènes ont décidé d’appuyer celui-là et d’autres pourront s’engager autrement dans d’autres créneaux. « Les investisseurs privés trouvent une vocation à un bâtiment d’une indéniable valeur historique et ils prennent ce risque-là, avec Dalí », résume Mme Pintal.

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