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Friday, October 9, 2026

La Régie des alcools, des courses et des jeux trop gourmande aux yeux de promoteurs

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La Régie des alcools, des courses et des jeux a-t-elle les yeux plus grands que la panse ? C’est ce que croient les promoteurs québécois de sports de combat.

« Ils veulent faire des changements dans la réglementation, car ils trouvent qu’ils sont déficitaires dans leur budget. Je ne suis pas tellement en accord avec eux sur la façon dont ils voient qu’ils sont déficitaires, mais on est prêts à contribuer. C’est comparable à ce qui se passe ailleurs. Mais j’espère que la décision qu’ils vont prendre sera la bonne ; on ne peut pas tuer la boxe », a expliqué Camille Estephan, président d’Eye of the Tiger Management.

Estephan a commenté le dossier en marge du gala que son groupe présentait à Québec jeudi. Selon la nouvelle grille tarifaire, les neuf titres à l’enjeu, dont trois championnats du monde, auraient coûté 72 000 $ en frais de sanctions à EOTTM, au lieu des 25 000 à 30 000 $ qu’ils ont réellement coûté. À ces frais, il faut ajouter ceux de sanction déjà versés aux organismes comme le World Boxing Council ou l’International Boxing Federation, qui gèrent les ceintures.

« Si cela arrivait, on ne pourrait plus [organiser des combats avec des ceintures], a affirmé Estephan. S’il n’y a pas de ceinture, les boxeurs ont moins d’opportunités, ils ne grimpent pas dans les classements. Ça coûte[rait] des carrières. […] Je pense qu’ils ont les bonnes intentions, qu’ils veulent prendre les bonnes décisions. Mais dans les autres régies, comme en Ontario, on ne parle même pas du cinquième du coût. Il faut être raisonnable. »

Même son de cloche du côté de Yan Pellerin, président de New Era Promotions.

« Ils disent vouloir apporter ces changements parce qu’ils sont déficitaires d’environ 270 000 $ ? Ils ont perdu des milliards dans Northvolt et SAAQclic, a-t-il laissé tomber. Je pense qu’il y a eu 25 événements de sports de combat en 2025-2026 [NDLR : 22 selon les documents de la RACJ]. Personne ne fait de l’argent avec la boxe professionnelle au Québec présentement, pas avec des galas au Casino devant 500, 600 personnes. »

Pellerin estime même que la RACJ créerait un problème qui n’existe pas présentement.

« La Régie ne veut pas trop qu’on aille faire nos’shows’sur des réserves amérindiennes. Je ne peux pas aller à Kahnawake, ni [à Wôlinak]. S’ils construisent une salle de spectacle de 1500 places à Kahnawake, pourquoi je n’irais pas ? En Ontario, en Alberta, les sports de combat sont présents dans les réserves… »

EOTTM organise chaque année des galas à Gatineau. L’organisme serait-il tenté de traverser la rivière vers Ottawa ?

« L’intention n’est pas d’aller ailleurs. On a travaillé très fort pour bâtir notre base de partisans et notre écurie, qui est de renommée mondiale, des boxeurs qui font partie de la crème de la crème de la boxe, a rappelé Estephan. Ce serait dommage de déplacer tout ça. Je pense que ça apporte beaucoup à l’industrie québécoise.

« On met le drapeau du Québec partout dans le monde : aujourd’hui, ils nous ont demandé les drapeaux pour [le combat entre Christian] Mbilli [et Canelo Alvarez en Arabie saoudite]. On a envoyé ceux du Québec, du Cameroun et de la France. C’est important pour moi », a-t-il assuré.

Négociations

Estephan et Pellerin ont été consultés par la RACJ au sujet de la proposition de modifications à la loi. On peut présumer qu’Yvon Michel, président d’IBOX (anciennement GYM), l’a été aussi. Michel n’a pas répondu aux demandes d’entrevue de La Presse canadienne, mais ce qu’Estephan et Pellerin ont entendu lors de ces consultations les a sidérés.

« Ils ont soumis quelque chose qui nous a surpris, mais ils nous ont dit que ce n’était pas final, de faire nos commentaires. Nous les avons faits. Ils étaient basés sur l’équité. On comprend qu’ils doivent majorer leurs frais, mais il faut être raisonnable. […] Avant, ça coûtait beaucoup moins cher », a confirmé Estephan.

« Quand tu vas en Ontario et que ça te coûte un septième du prix, il y a exagération [de la RACJ]. Oui, les prix ont augmenté et on peut blâmer beaucoup de choses sur l’inflation. Mais l’inflation, ça existe aussi en Ontario, en Alberta. Il ne faut pas exagérer », a réitéré Estephan.

Rejointe par courriel, une porte-parole de l’organisme gouvernemental a démontré une « ouverture » aux suggestions des promoteurs, sans en préciser la nature.

« Des projets de modifications réglementaires touchant l’encadrement des sports de combat professionnels ont fait l’objet d’une consultation à la Gazette officielle du Québec, a indiqué la RACJ à La Presse canadienne. Le processus de consultation s’est terminé le 29 août dernier. L’objectif de la consultation était de recueillir des avis et les préoccupations concernant ces projets.

« Déjà, à la lumière des commentaires reçus, la Régie peut confirmer qu’il y aura des propositions d’ajustements qui seront présentées concernant le projet de modifications réglementaires », pouvait-on lire.

La RACJ n’a pas voulu préciser ces ajustements, Isabelle Migneault, vice-présidence du service-conseil à la législation, à la réglementation et responsable de la formation de la RACJ et responsable des sports de combat, n’a pas été rendue disponible.

« Ils ont fait des suggestions. Ils nous ont présenté leurs chiffres. Nous avons apporté nos suggestions. J’espère qu’ils jaseront de la bonne manière », a commenté Estephan.

Modèle d’affaires

Si la refonte devait être adoptée telle que proposée, cela entraînerait une modification complète du modèle d’affaires pour un groupe comme EOTTM.

« Si tu es un boxeur sortant des rangs amateurs avec un certain potentiel, si au Québec, les promoteurs n’ont plus les moyens d’organiser des combats pour des ceintures, ils ne signeront jamais un contrat avec nous, a martelé Estephan. Osleys Iglesias a littéralement choisi de venir ici à cause de notre réputation. Il aurait pu aller n’importe où ; il a reçu beaucoup d’offres. Si on n’avait pas la possibilité de lui montrer qu’on pouvait l’amener jusqu’au “top”, il ne serait pas venu ici. Point. Notre industrie serait différente. Artur Beterbiev ne serait jamais venu ici sans les ceintures. »

« Sans ceinture, tu ne peux pas attirer la crème. Comme le combat Vladimir Shishkin contre Wilkens Mathieu. Si on n’a pas de ceinture, il [Shishkin] ne vient pas. Sans ceinture, EOTTM n’existerait pas aujourd’hui. La boxe, c’est une passion pour moi. Mais je ne suis pas Mère Teresa non plus. Il faut que le business fonctionne. Les combats payants, avec des ceintures, financent le reste du business », a souligné Estephan.

« Personne ne va venir avec nous si on ne peut pas les amener jusqu’aux ceintures de championnat », a abondé Pellerin.

« La boxe, ce n’est pas déficitaire. Peut-être que la Régie l’est, mais quand tu parles des taxes qui sont versées, des impôts qui sont payés, c’est très profitable, a ajouté Estephan. Je ne sais pas comment les lois sont décidées, mais c’est ce qui a été soumis. Eux me disent que ce n’est pas final. Je suis de bonne foi, j’espère qu’ils vont prendre les décisions qui s’imposent. »

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