«Angles morts»: un plan (presque) vertueux qui tourne au vinaigre
Le chirurgien oncologue Marc Lamarre (Mani Soleymanlou) est découragé de travailler chaque jour dans un hôpital en décrépitude. Mais ce qui l’affecte surtout, c’est d’administrer l’aide médicale à mourir à ses patients, envers qui il a beaucoup d’affection.
« Chaque fois que tu donnes l’aide médicale à mourir, tu vires une brosse », lui fait d’ailleurs remarquer sa conjointe Natalie (Marie-Claude Guérin).
Il confie à ceux avec qui il boit sa peine, Philippe Ruel (Guillaume Cyr) et Lambert Lanthier (Pier-Luc Funk), que les malades voudraient peut-être rester plus longtemps en vie s’ils avaient accès à un bon centre de soins palliatifs de longue durée. Ces amis, respectivement notaire et enquêteur privé, lui proposent un plan qui mettrait leurs compétences en commun : en rachetant les assurances-vie de ses patients mourants sans famille, ils pourraient empocher les millions nécessaires à la création d’un tel établissement de santé privé.
Après avoir outrepassé ses réticences initiales, le médecin accepte de se joindre au projet et de fonder la Fiducie des Saints-Derniers-Jours. Or, on l’imagine déjà, le plan va tourner à la catastrophe. Après deux épisodes, présentés aux médias mardi, le trio est déjà dans le pétrin et le crime organisé est de la partie. Un prêteur sur gage propriétaire d’un restaurant de souvlakis, joué par le populaire comédien belge François Damiens, menace de les mutiler.
« Mettons qu’ils ne sont pas sur la bonne voie, et que c’est exponentiel », souligne l’un des auteurs, Jacques Davidts (Polytechnique, Les Parent).
En parallèle, on suit deux policières (Pascale Montpetit et Schelby Jean-Baptiste) qui enquêtent sur des décès par surdose, dont les victimes ont mystérieusement mangé des beignes choco-citrouille. Quel sera leur lien avec les trois ambitieux et téméraires amis ?
Un enjeu de société
Les auteurs Jacques Davidts et Normand Daneau (La disparition) ont été inspirés par le fait que les Québécois sont les champions mondiaux de l’aide médicale à mourir.
« C’est difficile de porter un jugement critique sur l’aide médicale à mourir, parce que c’est tellement accepté, estime M. Davidts. Mais en même temps, ça a été tellement bien vendu, que c’est comme si l’aide médicale à mourir est synonyme de mourir dans la dignité. »
Ils ont aussi été interpellés par la pratique du rachat d’assurances-vie, légale au Québec et répandu aux États-Unis, mais moralement questionnable, selon M. Davidts. En résumé, un individu ou une entreprise peut proposer à l’assuré un montant d’argent de son vivant, afin de devenir bénéficiaire du montant versé à son décès.
Le réalisateur Rafaël Ouellet (Arsenault&Fils, Veille sur moi), qui consomme beaucoup de comédie noire, dit avoir mis en place tous les codes du genre au service du récit. « Il y a de l’humour, mais aussi des cascades, des batailles, des poursuites », précise-t-il.
Les comédiens, qui interprètent des personnages forts et bien définis, adoptent bien un ton à la limite de la comédie et du drame.
« Les moyens de production sont là, le texte est assurément là, les trois acteurs sont extraordinaires. […] Ils amènent une couleur cartoon, sans que ce soit trop gros. Lambert, joué par Pierre-Luc Funk, c’est Nick, le renard dans Zootopia », décrit M. Ouellet.
Il reste à voir si Marc, Philippe et Lambert pourront garder vivant leur projet de centre de soins palliatifs ou si, au contraire, ils y laisseront leurs doigts ou même leur peau.
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