Nigeria: une fuite massive de gaz toxique menace l'existence du village de Bille dans le Delta du Niger [1/3]

Le gouvernement fédéral du Nigeria a ordonné, il y a plusieurs mois, une enquête diligentée par la Commission nationale de régulation des activités d'exploration et de production pétrolières (NUPRC) dans une communauté abritant des installations de Shell. Depuis octobre 2025, du gaz s’est soudainement mis à jaillir dans le village de Bille à la surface, s’échappant à travers des canalisations vétustes, enfouies sous terre depuis des décennies. Ce qui semblait au départ être un incident isolé s’est rapidement propagé dans toute la localité : aujourd'hui un bruit constant, des bulles de gaz provenant des profondeurs sont devenus partie intégrante du quotidien. Notre correspondant au Nigeria, Moïse Gomis, s’est donc rendu à Bille, dans ce grand village de pêcheurs, accessible uniquement par bateau à 45 km de Port Harcourt.
De notre correspondant au Nigeria,
D’un pas alerte, Diri Tomitonwa se dirige vers une grande villa blanche avec des colonnes et des balcons dorés. Chaussé de sandales en plastique, ce trentenaire zigzague pour éviter le sol glissant ou vaseux.
D’un geste de la main, Diri fait signe de s’arrêter : « Je vous assure que si vous restez moins de 30 secondes, vous ne pourrez pas rester ici. Je vous donne 30 secondes, vous ne pourrez pas rester. À cause de l’odeur, qui est vraiment insupportable. Mais si vous jetez un œil dans la maison, vous verrez qu’il n’y a personne. Ils sont tous partis ailleurs. Peut-être qu’ils reviendront plus tard dans la soirée », explique-t-il.
Diri est un des leaders de la fédération des jeunes de Bille. Dès qu’une odeur de gaz est signalée, il se déplace souvent sans masque pour se rendre compte de la situation. Comme devant la maison d'Anthony Digbani où des sons étranges sont perceptibles. « Vous voyez, quand cette chose émet ce bruit, ça envahit toute la pièce. La vapeur, l'odeur, c'est insupportable. J'ai alors pris un bloc de ciment et je l'ai mis au-dessus de ce trou, pour que le gaz ne puisse plus sortir. Mais ça n'a pas marché ; ça continue de sortir. On a peur. On a vraiment peur », déclare l'habitant.
Plus de la moitié des puits touchés par la pollution
Ces grondements sourds proviennent du sol de Bille. Ils s’échappent des canalisations et aussi des puits. Diri désigne un puits proche de la maison d’Anthony Blessing. À la surface de l’eau, des bulles se forment sous l’effet du gaz. Diri Tomitonwa raconte :
« La première chose que nous avons constatée, c’était la présence d'algues spirogyras. Nous avons donc pris notre temps. Nous avons nettoyé le puits à plusieurs reprises. Moins de deux ou trois semaines plus tard, ces mêmes algues étaient de nouveau visibles. Nous avons donc également fourni de nouveaux seaux. Mais soudain, nous avons commencé à voir des bulles sortir des puits. C’était l’année dernière. À partir de là, pour ce puits en particulier, nous avons simplement demandé aux gens de ne plus boire son eau. »
Et selon Diri, plus de la moitié des puits de Bille sont touchés par cette pollution. Beaucoup de ses voisins n’ont pas les moyens de s’acheter des packs de sachets d’eau, vendus à moins de 2 euros l’unité.
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