Stelco mise en demeure : trop peu, trop tard, selon l’opposition et des travailleurs

La mise en demeure envoyée à la maison mère de l’aciérie Stelco pour la convaincre de réembaucher les 500 employés licenciés de son usine de Hamilton n’a pas rassuré ni les travailleurs touchés, ni l’opposition conservatrice sur la colline du Parlement.
Jeudi matin, la ministre fédérale de l’Industrie, Mélanie Joly, a fait parvenir une mise en demeure ministérielle à Cleveland-Cliffs, propriétaire de l'aciérie de Hamilton depuis 2024, pour lui signifier qu’elle contrevient à ses engagements juridiques en matière d'emploi, pris envers le gouvernement canadien en vertu de la Loi sur les investissements
.
Afin de pouvoir acquérir l’aciérie canadienne Stelco en 2024, Cleveland-Cliffs s’était engagée auprès d’Ottawa à conserver un minimum de 1766 postes syndiqués et de 603 postes non syndiqués. J’ai déterminé que les engagements que Stelco a entrepris envers le gouvernement du Canada ont été violés
, a dit Mélanie Joly jeudi.
L'entreprise a désormais 15 jours pour répondre à Ottawa, après quoi le gouvernement fédéral disposera des pouvoirs nécessaires prévus dans la loi pour amener la cause devant les tribunaux.
Je n’ai pas 15 jours
, lance Mike Watt, un des employés de Stelco victime de la vague de licenciements, en entrevue avec Radio-Canada, jeudi. Mon versement hypothécaire, lui, continuera d'être prélevé toutes les deux semaines. Je ne peux pas me permettre d’attendre.
C'est dur. C'est éprouvant. Noël approche. J'ai quatre enfants. C'est difficile
, ajoute-t-il.
Je suis reconnaissant qu'ils fassent quelque chose, mais 15 jours, c'est trop long.
Il ne s’explique toujours pas pourquoi il se trouve sans travail. La justification des tarifs douaniers américains? Des conneries
, lance-t-il. Je ne trouve pas d’autre mot pour le décrire.

Mike Watt, dont la carrière chez Stelco s'étend sur 20 ans, devant l'aciérie de Hamilton. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui
Parce que nous avons des commandes canadiennes. Il n'y a aucune raison pour que Stelco soit à l'arrêt. Il n'y a aucune raison pour que 500 travailleurs se retrouvent sans emploi à l'heure actuelle. Absolument aucune raison
, avance Mike Watt.
Il montre du doigt le PDG de Cleveland-Cliffs, Lourenco Goncalves, un fervent partisan de Donald Trump et de ses politiques tarifaires. C’est un escroc
, lance M. Watt. Je me mets probablement une cible dans le dos en disant ça si jamais j'y retourne, mais pour moi, c'est exactement ce qu’il est.
Les paroles, ça suffit
Les lettres, ça suffit
, a lancé le député conservateur de Beauce, Jason Groleau, qui a accusé la ministre Joly de prolonger l’incertitude
pour encore deux semaines. Vous savez, l'incertitude ne mettra pas de nourriture sur la table des employés.
L’échéancier ne cesse de bouger
, a ajouté son collègue député de Vaughan—Woodbridge, Michael Guglielmin.
Il y a 13 jours, Cleveland-Cliffs a essentiellement rejeté les affirmations de la ministre, soutenant qu’elle n’était pas en bris de contrat. Il y a six jours, la ministre Joly a déclaré que nous étions à quelques jours d’une résolution du différend. Or, on apprend aujourd’hui que l’entreprise a encore 15 jours pour réembaucher ses travailleurs
, a-t-il détaillé.
Il faut prendre action. Les paroles, ça suffit.
D’autant que cette mise en demeure n’est que la première étape d’un processus juridique qui pourrait prendre des mois, voire des années, précise en entrevue l’avocate en droit du travail Nadia Zaman.
C'est la vie de travailleurs qui est en jeu
, rappelle-t-elle. Compte tenu de la conjoncture économique actuelle, cela aura manifestement des conséquences drastiques pour nombre d'entre eux.
La résolution idéale serait donc un règlement négocié
, estime Me Zaman.
Nationaliser Stelco?
Jeudi, Mélanie Joly a précisé ses intentions. Ce qui est sur la table, c'est soit de forcer Stelco à vendre ses actifs au Canada, soit aussi d'avoir des pénalités financières, ou encore de les forcer à respecter leurs engagements [et réembaucher les travailleurs]
, a dit la ministre.
Mike Watt, lui, espère que le gouvernement Carney aille encore plus loin. Moi et beaucoup de gars, on espère et on prie pour qu’on nationalise Stelco
, dit-il. Je pense que ce serait incroyable.
Je pense qu'à l'avenir, c'est ce que nous devrions faire : nous devrions cesser de laisser entrer de l'acier en provenance de Chine et des États-Unis au Canada. Nous avons des installations sidérurgiques ici. Laissons-nous le faire
, lance M. Watt.
Et si vous avez besoin d'acier pour de grands projets, comme des pipelines ou quoi que ce soit d'autre – y compris de qualité militaire, puisque nous produisons de l'acier de qualité militaire –, faisons-le ici, au Canada. Arrêtons de nous approvisionner chez les Américains et faisons-le chez nous, dans notre propre cour.
Questionnée directement au sujet de la nationalisation potentielle de l’aciérie, la ministre Joly a refusé de s’avancer.
Parmi les options envisagées, la cession forcée est tout à fait sur la table, et nous savons déjà que certains acheteurs potentiels sont intéressés par l'achat des actifs canadiens de Stelco
, a-t-elle plutôt avancé. Cela étant dit, au tout premier chef, Cleveland-Cliffs a des obligations et doit respecter ses engagements.
En attendant, Mike Watt essaie de se trouver un nouvel emploi. Mais c’est dur
, confie-t-il. On était bien payés ici [...] On est plusieurs à chercher [du travail] en même temps.
Je pense que j’ai dû envoyer 57 CV aujourd’hui
, avance-t-il. Depuis le Yukon jusqu'au nord de l'Ontario, partout où je peux envoyer un CV, je le fais.
Bien sûr, je veux retourner [à Stelco]
, ajoute-t-il. Mais, en même temps, est-ce que je veux vraiment retourner travailler pour Cleveland-Cliffs? Absolument pas. C’est pour ça que je regarde pour autre chose, pour un emploi ailleurs.
Je ne leur fais pas confiance du tout.
Avec des informations de Bienvenu Senga
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