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Monday, October 5, 2026

Présidentielle au Brésil : Flavio Bolsonaro en tête, le fruit d’une "entreprise politique familiale"

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Pour Frédéric Louault, ce résultat du premier tour est une demi-surprise. Les sondages avaient certes placé Lula en tête, mais ils montraient aussi qu’une part importante de l’électorat restait indécise. Une partie de ces électeurs, mais aussi de la droite traditionnelle, s’est finalement tournée vers le fils de Jair Bolsonaro. "Il y a eu une sorte de ralliement à la fois des indécis, mais d’électeurs qui étaient plutôt de droite traditionnelle à Flavio Bolsonaro dès le premier tour".

Le politologue spécialiste du Brésil y voit une forme de vote utile destiné à empêcher une réélection de Lula : "Une sorte de vote utile pour essayer de faire barrage à la réélection de Lula".

Une situation arithmétique favorable à Flavio Bolsonaro

Le résultat du premier tour place Lula dans une situation délicate. Derrière les deux favoris, les quatre candidats suivants cumulent environ 7,5% des voix. Tous viennent de la droite et leurs électorats pourraient donc, au moins en partie, se reporter sur Flavio Bolsonaro. "La conjoncture est très favorable à Flavio Bolsonaro dans la perspective du deuxième tour, même si voilà, il reste trois semaines de campagne électorale et donc Lula va tenter un peu de faire déjouer l’arithmétique".

Le président sortant dispose déjà d’un socle électoral important, mais ses réserves de voix apparaissent limitées. "Lula est dans une situation quand même très difficile parce qu’il a 45% des voix au premier tour, mais il a très peu de réserves de voix ou il n’en a quasiment pas".

Cette situation ne signifie pas pour autant que le bilan de Lula soit globalement rejeté. Frédéric Louault estime au contraire que le bilan socio-économique et environnemental du président sortant, ainsi que sa politique étrangère, présentent "certains aspects assez positifs".

Mais la situation économique s’est dégradée sur certains aspects en fin de mandat. La croissance a ralenti, le coût de la vie a augmenté et les questions de sécurité continuent de peser sur le quotidien. "Il y a des questions du quotidien des Brésiliennes et des Brésiliens qui suscitent de l’inquiétude vers l’avenir et même de l’inquiétude au jour le jour sur les questions de sécurité".

À cela s’ajoute, selon lui, une campagne électorale relativement terne, au cours de laquelle Lula a eu du mal à proposer une nouvelle dynamique.

Un Bolsonaro plus modéré, mais pas un Bolsonaro différent

Flavio Bolsonaro a cherché à se présenter comme plus modéré que son père. Pour Frédéric Louault, cette évolution est surtout une question de style. Sur le fond, le fils s’inscrit dans la continuité du projet politique de Jair Bolsonaro. "Il a réussi à incarner finalement le prolongement du projet politique de son père et à attirer autour de lui un anti-Lula et un anti-parti des travailleurs qui est assez fort dans la société brésilienne, mais tout en se présentant comme plus modéré que son père et en étant beaucoup plus compatible avec la droite traditionnelle".

Flavio Bolsonaro apparaît moins antisystème et moins brutal dans son expression que son père. Cette différence lui permet surtout d’élargir son électorat. "Il se présente un petit peu comme plus édulcoré sur certains enjeux, moins brutaux".

C’est précisément ce qui explique, selon le politologue, sa capacité à récupérer une partie de l’électorat conservateur au-delà du noyau historique du bolsonarisme. "Il a réussi à capter le capital politique transféré par son père tout en étant plus ouvert sur la droite traditionnelle, ce qui lui a permis de siphonner une partie de l’électorat de la droite".

Il ne faudrait pas y voir une rupture avec Jair Bolsonaro. Pour le professeur de l'ULB, les différences de style ne doivent pas masquer la continuité idéologique. "C’est aussi le même projet de société qui est défendu par Flavio Bolsonaro".

Les Bolsonaro, une "entreprise politique familiale"

Flavio Bolsonaro ne cherche d’ailleurs pas à construire une trajectoire indépendante de son père. Il s’inscrit au contraire dans une organisation familiale qui s’est considérablement développée ces dernières années. "Je ne sais pas si vous avez vu, mais il y avait derrière Flavio Bolsonaro sept autres membres de la famille qui étaient candidats. Dont deux ont été élus sénateurs, plusieurs ont été élus députés fédéraux".

Pourquoi les affaires ne l’ont-elles pas davantage affaibli ?

Flavio Bolsonaro n’est pourtant pas épargné par les affaires. Sa campagne a notamment été marquée par des soupçons de corruption. Mais ces dossiers ne semblent pas avoir empêché son électorat de se mobiliser.

Pour Frédéric Louault, une des clefs se trouve dans le fait que les scandales ont fini par toucher une grande partie de la classe politique brésilienne. Il cite notamment les affaires concernant le fils de Lula et les controverses ayant également éclaboussé la Cour suprême. "Les scandales, comme ils touchent l’ensemble de la classe politique, ça glisse un peu sur Flavio Bolsonaro".

L’accumulation des affaires contribue surtout, selon lui, à une forme de désarroi politique : "Les scandales nourrissent plutôt une dépolitisation ou un désarroi de la population qui s’intéresse moins à la politique et qui va moins se mobiliser".

Et lorsqu’une partie des électeurs se mobilise malgré tout, elle peut surtout chercher à empêcher l’autre camp de l’emporter "Ou alors qui va se mobiliser plutôt pour voter contre". Une logique qui profite au candidat qui cherche à battre le président sortant : "Dans ce genre de mobilisation par la négation, en fait, c’est le président sortant qui en fait essentiellement les frais".

Quel Brésil en cas de victoire de Flavio Bolsonaro ?

Une victoire de Flavio Bolsonaro ne signifierait donc pas seulement un changement de président. Selon Frédéric Louault, elle permettrait de réactiver une partie de l’agenda politique de Jair Bolsonaro, particulièrement sur les questions de société. "Ça lui permettrait de réactiver l’agenda qui a été mis en place par son père sur les questions de politique interne, tant au niveau économique mais surtout au niveau des questions de société".

Le politologue cite notamment "les questions liées à la religion, la place de la famille traditionnelle, les questions environnementales aussi".

Pour le professeur Louault, ce réalignement aurait une conséquence plus large sur la diplomatie brésilienne. "Et donc dans ce sens-là, finalement, le Brésil va reculer du point de vue du multilatéralisme".

Sur le plan international, le changement de cap serait également marqué. Flavio Bolsonaro s’est rapproché de l’administration Trump et pourrait inscrire le Brésil dans une relation plus étroite avec Washington "comme on l’a vu entre 2018 et 2020, lorsque Jair Bolsonaro et Donald Trump étaient présidents en même temps".

À l’intérieur du pays, Flavio Bolsonaro ne chercherait par ailleurs pas à tourner la page de son père. "Son premier objectif, c’est d’obtenir l’amnistie de son père". Pour Frédéric Louault, une éventuelle victoire serait donc aussi celle d’une famille politique qui cherche à prolonger son influence.

Une poussée conservatrice qui dépasse la présidentielle

L’enjeu de ce scrutin ne se limite pas au duel entre Lula et Flavio Bolsonaro. Pour Frédéric Louault, les autres résultats des élections montrent "quand même une forte poussée conservatrice à tous les niveaux".

Le Sénat et la Chambre fédérale sont des lieux de pouvoir de plus en plus acquis au bolsonarisme, tandis que les gouverneurs élus au niveau local sont pour la plupart des proches de la famille Bolsonaro.

Le premier tour de la présidentielle est donc, selon le politologue spécialiste du Brésil, le reflet d’une transformation qui dépasse largement la seule candidature de Flavio Bolsonaro. "Ce qu’on observe au niveau de l’élection présidentielle, en fait, c’est aussi l’image la plus visible peut-être, mais d’une transformation de la société au Brésil de manière plus profonde et d’un enracinement du projet de droite radicale au Brésil".

Le second tour du 25 octobre dira si cette dynamique permet à Flavio Bolsonaro de conquérir la présidence. Mais, quel que soit son résultat, le premier tour aura confirmé le poids désormais acquis par le bolsonarisme dans la vie politique brésilienne.

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