Le blues du bleu

Ça m’a frappé, cette semaine, en voyant les photos d’équipe des quatre partis politiques présents à l’Assemblée nationale du Québec. Soudainement, j’ai eu le blues du bleu.
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Ça a commencé, lundi, avec les 39 députés libéraux qui, après avoir prêté serment, ont posé fièrement, comme un club de hockey, assis, en rangées, les uns à côté des autres. Le beau grand Ciccone, tout en haut, derrière, comme au temps du CH. Tous les hommes portant le même uniforme, le complet bleu. Et pourtant, ce sont des rouges. Vingt-deux nuances de bleu.
Heureusement, il y avait des femmes pour briser la monotonie du monochrome. Dont une en rouge (bravo !) et une en mauve. J’aurais cru que la colorée députée de Maurice-Richard, Nada Boumeftah, aurait été en bleu-blanc-rouge. Quand même pas. Elle était en blanc, comme deux de ses collègues. Elles ressortaient du lot. (En passant, Mme Boumeftah fait tellement d’allusions au hockey qu’on pourrait la surnommer Boum-Boumeftah, comme l’un des coéquipiers de Maurice Richard.)
Le lendemain, ce sont les solidaires qui prenaient la pose. Des gens de gauche, ça ose sûrement des couleurs pétées. Ben non.
PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE
Les députés de Québec solidaire
Parmi les cinq hommes élus, quatre en bleu, un seul en vert, sûrement une prise de position environnementale. Chez les femmes, une députée en noir, une en rouge et Gisèle Pouhe Njall arborant un chandail orange. Ça, on aime, ça, c’est songé ! La porte-parole Ruba Ghazal était sobrement vêtue en bleu et noir. C’est avec un foulard emprunté qu’elle s’était fait, plus tôt, remarquer.
Mercredi, au tour du Conseil des ministres du nouveau gouvernement péquiste de se regrouper pour la postérité. Tous les messieurs en bleu foncé, en bleu pâle, en gris-bleu ou en bleu à carreaux. Encore une fois, ce sont les dames qui apportent de la diversité ; deux en prune, une en blanc, une en vert et les autres… en bleu.
Enfin, jeudi, ce sont les conservateurs qui sont entrés au Parlement.
PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE
Les députés du Parti conservateur du Québec
Ils ont beau prétendre être des moutons noirs, ils étaient en bleu. Toute la gang. Homme et femmes. Les 19. Il y avait peut-être une ou deux députées en noir, le contraste est dur à voir. Cela dit, les bleus en bleu. C’est logique.
Ce qui frappe, c’est que tout le monde le soit. Quels que soient le parti, la région, l’origine, l’âge, l’orientation, les opinions, la personnalité, un député, c’est en bleu. Durant les prochains mois, ils vont s’opposer sur tous les sujets, en étant tous habillés pareil.
Ils ont beau être aux antipodes l’un de l’autre, quand Éric Duhaime et Sol Zanetti sortent de la douche, le matin, ils choisissent, tous les deux, de se vêtir en bleu.
Je suis mal placé pour critiquer cette habitude, je suis presque toujours en bleu. Pourquoi ? Pourquoi on est si nombreux à être en bleu ? Pourquoi on n’est pas en rouge, vert, violet, rose ?
Imaginez si Paul St-Pierre Plamondon avait prêté allégeance au peuple québécois dans un beau complet jaune. On ne parlerait que de ça. Il aurait déclenché un référendum pour la semaine prochaine, toutes les manchettes seraient « PSPP en jaune » ! Et on aurait surfé sur l’image ; le péril jaune, le gilet jaune, le rire jaune, le Roi-Soleil ou le petit roi de l’album Jaune. PSPP aurait eu beau être serein, les réactions ne le seraient pas.
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Les membres du Conseil des ministres du gouvernement du Parti québécois
C’est justement pour ça que tout le monde est en bleu. Le bleu ne choque pas les yeux. C’est prouvé scientifiquement, j’espère que les conservateurs vont me croire. Notre rétine est biologiquement moins sensible à la lumière bleue lorsqu’il s’agit de mesurer la luminosité. La construction de notre système visuel comporte trois sortes de cônes. Les cônes S réagissent surtout aux courtes longueurs d’onde, dont le bleu. Les cônes M réagissent principalement aux longueurs d’onde moyennes, dont le vert. Les cônes L réagissent d’emblée aux longueurs d’onde plus longues, dont le jaune. Les cônes S contribuent très peu au circuit qui détermine la sensation de luminosité. Notre œil distingue très bien le bleu sans en être ébloui.
Bref, quand on est en bleu, on se démarque sans flasher. C’est ça que tous les députés veulent, se démarquer sans flasher. Bon… disons, presque tous.
Le simple citoyen ne veut pas, non plus, déranger. Le monde est surtout en noir, en gris, en brun. Le bleu, au moins, est plus joyeux.
Osons le rose fuchsia, le vert fluo, le jaune vif, le violet intense ! Éblouissons-nous un peu ! Nous entrons dans la grande noirceur. Je ne parle pas de politique, mais de météo. Nous allons manquer de lumière au point d’en être déprimés. Habillons-nous plus coloré. Soyons des soleils les uns pour les autres.
Ce n’est pas pour rien qu’un arc-en-ciel nous fascine autant.
Cela dit, je souhaite une bonne session à tous nos représentants. Nous comptons sur toutes ces personnes en bleu pour nous sortir du rouge.
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