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Wednesday, November 4, 2026

Yannick Haenel, prix Femina 2026, proclame: «La Solitude des professeurs est infinie»

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À un moment où la protestation des lycéens continue dans les rues en France, le lauréat a dédié son livre « aux professeurs, aux lycéens et aux collégiens ». L’écrivain français Yannick Haenel, 59 ans, a remporté ce mercredi 4 novembre le prix Femina avec « La Solitudes des professeurs est infinie ». Ce récit en partie autobiographique s’inspire des années où l’écrivain enseignait le français dans un lycée en banlieue parisienne, mais aussi le choc provoqué par l’assassinat de Samuel Paty, en 2020.

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Le prix Goncourt lui a échappé hier, mais Yannick Haenel a été très content d’avoir séduit aujourd’hui le jury exclusivement féminin du prix Femina, créé en 1904 pour protester contre le prix Goncourt, jugé misogyne à l’époque.

La Solitude des professeurs est infinie est un roman ancré dans l’actualité, qui évoque la précarité matérielle et morale des enseignants ainsi qu’un système éducatif à bout de souffle. C’est à la fois un hommage aux enseignants et une réflexion sur la (im)possibilité de transmettre des choses ou des valeurs dans une institution fragilisée. Yannick Haenel y vit son expérience en tant qu’enseignant comme une aventure littéraire : le défi d’un cours réussi, d’un poème appris, d’une phrase qui déclenche quelque chose chez un élève.

Un professeur abandonné par la société

Le narrateur de l’histoire, Jean Deichel, est poète dans l’âme, mais, dans les faits, il doit entamer une année de stage à Mantes-la-Jolie. Faute de moyens, ce jeune professeur de français de 22 ans est hébergé dans un club de tennis. Il navigue alors entre ce terrain où le joueur est seul face à ses erreurs et ses doutes, et la salle de classe où il connaîtra bientôt la solitude face à ces jeunes pas toujours avides de connaissances. Le récit suit ses débuts face à une classe, son apprentissage de l’autorité, ses difficultés financières, l’usure par les élèves et ses trois heures de RER par jour. Un professeur qui se sent abandonné et méprisé par la société.

Né à Rennes, le 23 septembre 1967, Yannick Haenel est le fils d’un officier de l’armée française et d’une mère qui a travaillé à la faïencerie de Sarreguemines. Son grand-père maternel était mineur en Lorraine. C’est pourquoi l’auteur décrit volontiers ses origines par « Les mines, l’usine et la guerre ». Après avoir passé une partie de son enfance en Afrique, au gré des affectations de son père, il a fait ses études à Rennes et dans le département de la Sarthe, au prytanée national militaire de La Flèche, l’un des six lycées de la Défense française. Dans son premier roman, Les Petits Soldats, publié en 1996, l’institution militaire occupe une place importante. On y sent son désir d’écrire pour se créer un espace de liberté, d’échapper aux identités imposées par une discipline collective.

La solitude des professeurs s’appuie largement sur des expériences personnelles de l’auteur. Haenel a lui-même longtemps enseigné le français en région parisienne. Et il s’est aussi identifié à Samuel Paty, assassiné en octobre 2020. À ce moment-là, il avait déjà écrit un texte pour Charlie Hebdo, intitulé La solitude des professeurs, où il affirmait : « les professeurs sont bien plus que des fonctionnaires, ce sont des porteurs de flamme. » Dans un entretien avec le journal, il confiait que Jean Deichel est « un double, un personnage très pratique, car c’est moi en mieux et en pire. Il est beaucoup plus poète et beaucoup plus fou. »

Explorer les profondeurs humaines

La langue de Yannick Haenel est parfois comparée à un puits d’imaginaires, un auteur qui exprime une volonté de penser et de vivre de multiples façons, entre récit autobiographique et roman d’apprentissage. Les critiques littéraires mettent souvent en avant sa manière d’intensifier les vies de ses personnages et sa façon d’explorer les profondeurs humaines. Son insistance à creuser les expériences intérieures et les limites de l’être humain renvoient à ses influences littéraires : Une saison en enfer d’Arthur Rimbaud, L’idiot de Dostoïevski, mais aussi Georges Bataille, le philosophe de la transgression, auquel Haenel a dédié son livre Je cherche l’Italie.

Dès ses débuts littéraires, Haenel a remporté des prix littéraires importants : en 2007, il a reçu le prix Décembre pour Cercle, une quête personnelle et existentielle ; en 2009 le prix Interallié pour Jan Karski, un portrait du résistant polonais pendant la Seconde Guerre mondiale ; en 2017, il obtient le prix Médicis pour Tiens ferme ta couronne, un roman sur Herman Melville ; et en 2019, il est distingué par le prix Méditerranée pour La Solitude Caravage, consacré au peintre italien.

Fort de cette reconnaissance, il a lancé en 2014 chez Gallimard la revue et la collection Aventures, qui défend une littérature vivante, libre et poétique. Malgré son assise dans l’univers des livres, Yannick Haenel n’a pas échappé à plusieurs controverses. En 2007, l’écrivaine Alina Reyes a accusé Haenel d’avoir repris pour le roman Cercle plusieurs éléments de deux de ses ouvrages. Une accusation de plagiat qui a été finalement rejetée par le tribunal de grande instance de Paris. Deux ans plus tard, c’est Claude Lanzmann, réalisateur de Shoah, qui remet en cause Haenel pour avoir déformé l’Histoire autour du résistant polonais qui avait tenté d’alerter sur l’extermination des Juifs d’Europe. A l’époque, Haenel avait revendiqué son droit à la fiction en tant que romancier. Même le livre couronné aujourd’hui par le prix Femina fait lui aussi l’objet d’une controverse, déclenchée par ActuaLitté. Dans une enquête comparant le roman de Haenel à un livre de Fabrice Sanchez, qui avait soumis son livre sans succès aux éditions Gallimard, le média relève des ressemblances étonnantes entre les deux histoires. Là aussi, Yannick Haenel insiste sur le fait qu’il n’a jamais eu connaissance de ce manuscrit ni du roman finalement publié en août 2025 par Plon.

De toute façon, après le livre de Thélyson Orélien, C'était ça ou mourir, qui finalement a été retiré de la sélection du Goncourt, en raison de soupçons de recours à l'IA, il semble désormais acquis que, malgré des éloges d’une critique littéraire, l'infaillibilité de tout écrivain soit aujourd'hui remise en question.

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