Référendum en Alberta | Un vote assombri par le drame

(Edmonton) C’est le jour J en Alberta. Après des mois de débats et souvent de déchirements, on saura si les Albertains veulent poursuivre leur marche vers l’indépendance ou plutôt exprimer leur fierté canadienne.
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Les campagnes ont pris fin dimanche avec un rassemblement fédéraliste à Edmonton, où la tragédie de Wainwright était sur toutes les lèvres, puis de façon virtuelle pour des indépendantistes qui ont participé à une prière en ligne sous le thème « birthing of a nation » (la naissance d’une nation).
Les deux camps rêvent de la victoire et disent avoir le vent dans les voiles en cette fin de campagne.
Mais la mort de quatre militaires sur une base de l’est de la province vient jeter un épais nuage gris au-dessus de cette journée historique.
Jamais l’Alberta ne s’est prononcée sur la question de l’indépendance. C’est donc dans un contexte émotif, à la suite de ce que le premier ministre Mark Carney a qualifié de « l’une des pires tragédies qu’ont connues les Forces armées canadiennes en sol canadien en temps de paix », que les Albertains se prononceront.
Du moins, ceux qui doivent encore se prêter à l’exercice. Dans un scrutin où le taux de participation pourrait être déterminant pour les deux camps, Élections Alberta a annoncé que plus de 1,3 million de résidants avaient déjà voté par anticipation ou par correspondance, sur un total d’environ 3,1 millions d’électeurs admissibles.
Ces chiffres préliminaires laissent entrevoir que le décompte final pourrait battre un record.
Les bureaux de vote de toute la province seront ouverts ce lundi jusqu’à 22 h (HE). Les premiers résultats concernant la question de l’indépendance devraient commencer à tomber au petit matin mardi.
Parce que ce référendum est loin d’être simple. La première ministre albertaine, Danielle Smith, a autorisé en tout 10 questions, dont une visant à déterminer si un autre référendum contraignant sur l’indépendance devrait être tenu.
La question
L’Alberta devrait-elle demeurer une province du Canada, ou le gouvernement de l’Alberta devrait-il entamer le processus juridique prévu par la Constitution canadienne pour tenir un référendum provincial contraignant sur la question de savoir si l’Alberta doit se séparer du Canada ?
Option 1 : L’Alberta devrait demeurer une province du Canada.
Option 2 : Le gouvernement de l’Alberta devrait entamer le processus juridique prévu par la Constitution canadienne pour tenir un référendum provincial contraignant sur la question de savoir si l’Alberta doit se séparer du Canada.
Les neuf autres questions visent à donner ou non un mandat à Mme Smith pour entreprendre de vastes revendications constitutionnelles allant de l’abolition du Sénat à un changement dans la nomination des juges, mais surtout des changements en matière d’immigration.
Grogne populaire
Le nombre de questions, la complexité de celles-ci, ainsi que les délais que cela pourrait occasionner pour voter lundi et lors du dépouillement ont suscité une certaine grogne dans les derniers mois. Élections Alberta a confirmé jeudi que plus de 72 000 personnes avaient postulé pour travailler comme agents électoraux, et près de 47 000 d’entre elles ont été embauchées.
PHOTO AHMED ZAKOT, REUTERS
Des indépendantistes ont déployé une banderole sur une passerelle piétonne à Airdrie, dimanche.
« Je pense qu’il existe beaucoup de confusion et de frustration, mais aussi une réelle volonté de se prononcer sur l’avenir de la province », explique la politologue de l’Université Mount Royal Lori Williams.
Or, ce référendum n’est pas contraignant, ce qui signifie que peu importe le résultat, le gouvernement peut décider de prendre ou non en considération l’opinion des Albertains pour la suite des choses.
La première ministre a assuré dans les derniers mois être une fédéraliste, et même avoir voté en faveur d’une Alberta au sein du Canada dans ce référendum.
Valérie Lapointe Gagnon, professeure d’histoire au campus St-Jean de l’Université de l’Alberta, relevait en fin de semaine que Mme Smith avait déjà déclaré par le passé que la fédération canadienne était « malade », « dysfonctionnelle », et qu’elle ne la voyait pas survivre une décennie.
Donc on sait qu’elle ne croit pas en la Fédération canadienne, mais en même temps, elle a voté pour l’option [du Canada]. Ça doit être difficile d’être dans sa tête.
Dans les deux camps, il se dégage un mécontentement à l’égard de la première ministre. Les indépendantistes voulaient un vrai référendum, et non un « référendum sur un référendum ». Les fédéralistes, quant à eux, ne voulaient rien du tout et ont répété tout au long de la campagne que la première ministre devrait annuler cet exercice.
PHOTO TODD KOROL, REUTERS
Un homme et son unifolié devant l’Assemblée législative provinciale, à Edmonton
Les campagnes se sont intensifiées dans toute la province dans les dernières semaines avec des appels de dernière minute pour inciter les citoyens à se rendre aux urnes. À la radio, par exemple, les indépendantistes ont acheté énormément de publicité dans des stations communautaires en région rurale, notamment.
En tout, les groupes tiers autorisés à faire de la publicité ont recueilli près de 2 millions de dollars et les indépendantistes ont tenu le haut du pavé durant la majorité de la campagne, suscitant même des craintes chez des fédéralistes.
Mais l’arrivée en scène du politicien le plus populaire de l’Alberta, Mark Carney, dans la dernière semaine, semble avoir donné un second souffle aux forces fédéralistes.
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