Procès sur le climat contre le gouvernement fédéral | Plaidoyer d’un jeune Québécois contre l’inaction d’Ottawa

Quinze jeunes Canadiens âgés de 19 à 26 ans plaident qu’Ottawa compromet leur avenir. Ils poursuivent le gouvernement fédéral qui ne cesse de reporter les actions nécessaires pour réduire les émissions de gaz à effet de serre au pays. Nous avons rencontré l’un d’eux, Albert Lalonde, à la veille d’un procès qualifié d’« historique » qui débutera lundi, à Vancouver.
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Albert Lalonde avait 17 ans au moment où cette saga juridique a commencé. En 2019, il fait partie d’un groupe de jeunes Canadiens qui déposent un recours devant les tribunaux contre le gouvernement fédéral. Ils allèguent qu’Ottawa compromet leur avenir en n’en faisant pas assez pour réduire les émissions nationales de gaz à effet de serre (GES). Sept ans plus tard, il s’apprête à partir pour Vancouver où il va témoigner en Cour fédérale dans l’affaire La Rose c. Sa Majesté le Roi.
Le principal argument des plaignants, qui vivent dans différentes régions du Canada, c’est que le gouvernement contrevient à leur droit à la vie, à la liberté et à la sécurité, garantis par la Charte canadienne des droits et libertés. Un raisonnement qui est de plus en plus invoqué dans de nombreuses causes climatiques dans différents pays. Des jeunes plaident que les gouvernements, en reportant les efforts requis pour atteindre la carboneutralité, font porter injustement le poids de cette transition sur leurs épaules. Or, les effets du changement climatique, ce sont eux qui en subiront les conséquences les plus importantes, répètent-ils.
En août 2023, un juge du Montana, aux États-Unis, a d’ailleurs donné raison à 16 jeunes qui accusaient l’État d’enfreindre leur droit constitutionnel à un « environnement propre et sain » en favorisant l’industrie fossile. Deux ans plus tôt, en 2021, la Cour constitutionnelle allemande a statué que la Loi sur le climat, adoptée en 2019, portait préjudice aux jeunes en reportant après 2031 les efforts de réduction des GES. La décision a forcé le gouvernement allemand à revoir ses cibles climatiques pour 2030.
Depuis, les recours juridiques déposés par des jeunes pour forcer les gouvernements à accélérer leurs efforts pour la décarbonation ont littéralement explosé. On en dénombre plus de 3600 dans le monde, dont plus de 3400 seulement aux États-Unis, selon une base de données mise en ligne par le Sabin Center for Climate Change Law.
Le recours aux tribunaux serait-il la nouvelle voie privilégiée par la jeunesse pour se faire entendre par les décideurs ? Ironiquement, ce recours a été déposé un mois après une manifestation pour le climat qui s’est tenue à Montréal, le 27 septembre 2019. Albert Lalonde venait tout juste de faire son entrée au cégep.
PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE
Une manifestation pour le climat s’est tenue à Montréal le 27 septembre 2019.
« On était un demi-million de personnes dans les rues. Ç’a été un grand succès, mais aussi en même temps une des pires journées de ma vie. On se faisait promettre des demi-mesures cosmétiques [par les gouvernements]. On parle d’un gouvernement [fédéral] qui a déclaré l’urgence climatique, mais qui a aussi autorisé le rachat d’un pipeline [Trans Mountain]. On s’est fait promettre en plus qu’Ottawa allait planter deux milliards d’arbres… »
Malgré les apparences, Albert Lalonde n’est pas cynique. À ses yeux, ce recours devant le tribunal, c’est un peu une suite logique de la manifestation de septembre 2019.
On n’a pas été écoutés, je vois ça comme une faillite démocratique.
Pour poursuivre le combat, il fallait donc emprunter une autre voie, mentionne le jeune homme qui étudie aujourd’hui en droit.
Le père Noël n’existe pas
Très jeune, Albert Lalonde a compris que la planète se réchauffe. Il a 5 ans quand il prévient ses parents que le père Noël n’existe pas, pour la simple et bonne raison que sa maison a disparu avec la fonte de la banquise au pôle Nord.
PHOTO DENIS GERMAIN, COLLABORATION SPÉCIALE
Albert Lalonde
Il a déjà souffert d’écoanxiété, comme plusieurs jeunes de son âge. Aujourd’hui, il dit observer un certain fatalisme face à la crise climatique, même chez les jeunes. Une posture qu’il refuse d’adopter, préférant entretenir l’espoir. « Tu sais, l’espoir, ce n’est pas quelque chose qui tombe du ciel ou en se tournant les pouces. Je pense que l’espoir, c’est une discipline. »
Si j’ai besoin de savoir si quelque chose va fonctionner avant de l’essayer, je ne ferais jamais rien. En fait, c’est même la garantie que ça va empirer. C’est pour ça que l’espoir, ça prend de la discipline.
Albert Lalonde ne se fait pas d’illusion : il sait que sa génération reçoit son lot de critiques quand elle cherche à se faire entendre sur des enjeux environnementaux. « On m’a déjà reproché de lire un discours sur mon iPhone. Il faudrait que nous ayons une cohérence absolue pour avoir le droit de parler de ça ? C’est dommage qu’on fasse des raccourcis intellectuels complètement débiles plutôt que de faire face au véritable enjeu. »
Il serait tellement plus facile de ne rien faire que d’essayer de changer les choses, croit-il. « Il y a plusieurs acteurs économiques qui ont un avantage cynique à nous faire croire que ça ne sert à rien qu’on se mobilise, notamment contre leurs pratiques qui sont à l’origine de cette crise-là. »
Albert Lalonde, lui, a déjà décidé qu’il ne resterait pas les bras croisés…
En savoir plus
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- 0,9 %
- Plutôt que de diminuer, les émissions de gaz à effet de serre (GES) au Canada ont augmenté de 0,9 % en 2025 par rapport à 2024.
Source : Institut climatique du Canada
- 20 ans
- Ottawa accuse maintenant un retard de 20 ans sur sa cible de réduction des émissions de GES pour l’année 2030.
Source : Institut climatique du Canada
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