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Tuesday, September 15, 2026

Transport collectif | Routines brisées, nerfs à vif

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Hormis leur capacité à nous amener du point A au point B, les transports en commun possèdent aussi le don de mettre leurs usagers en colère.

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Si un collègue de travail arrive en retard à une réunion parce que le REM est encore en panne ou que le bus est passé après un retard de 25 minutes, vous en entendrez parler, c’est certain ! Et je vous gage que son récit sera imprégné de frustration, d’impatience, de découragement.

Entendu la semaine dernière au bureau sur un ton exaspéré : « J’envisage de déménager ou de faire changer la garde de mes enfants. » Vous ne devinerez jamais ce qui provoque de telles remises en question : l’ajout récent de places gratuites dans le stationnement du REM à Brossard.

C’est totalement contre-intuitif, mais la logistique matinale de cette mère de famille qui habite en Montérégie ne fonctionne plus.

Oui, la gratuité peut avoir des effets pervers.

Puisqu’il y avait, semble-t-il, trop de places payantes par rapport à la demande, les gestionnaires du REM ont décidé d’en convertir une bonne partie en places gratuites, le 1er septembre. C’est logique et louable, personne ne veut que de précieuses cases restent vides. Personne sauf ceux qui ne peuvent pas se pointer au REM très tôt.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Stationnement incitatif du REM de Brossard. La zone payante, désormais plus petite, est pleine vers 8 h.

Désormais, vers 8 h et des poussières, le stationnement payant est déjà plein. À 8 h 30, mardi, de nombreux optimistes espéraient encore tomber miraculeusement sur un espace. En vain. Le photographe de La Presse Patrick Sanfaçon m’a textée : « C’est un bal de gens qui tournent en rond dans leur char avec des yeux remplis de désespoir. »

À 9 h, des automobilistes tentaient encore leur chance dans la partie gratuite pourtant complète depuis 7 h 30 environ. J’aurais aimé être capable de lire sur leurs lèvres.

Pour éviter de conduire jusqu’à Montréal, ma collègue a changé la garde de ses enfants. Les autres peuvent encore rejoindre le REM en autobus. Mais des bus, il y en a moins. Et pas seulement pour se rendre au REM.

Fin août, la RTL a aboli près de 10 lignes à Brossard et à Saint-Lambert.

En se basant sur des « statistiques solides » d’achalandage, on a réalloué les ressources « en fonction des nouvelles habitudes de la clientèle ».

Dans un contexte budgétaire serré, on veut que chaque dollar soit bien dépensé. Mais quand on se fie aux transports en commun et qu’on perd le seul et unique bus qui passait au bout de sa rue – c’est mon cas depuis la fin août –, aucune statistique n’apaise notre irritation de devoir marcher deux fois plus loin.

On pense au temps perdu, on cherche, incrédule, des solutions de rechange plus efficaces et rapides, on se surprend à être jaloux des autres, de tous ceux qui n’ont pas perdu « leur arrêt ». On a le goût de se venger en prenant sa voiture.

On passe par toute une gamme d’émotions.

Ça peut sembler exagéré pour quiconque n’utilise pas le transport collectif sur une base régulière. Or, pour beaucoup de monde, la vie est déjà assez compliquée et essoufflante comme ça.

Quand il faut déposer ses enfants à deux adresses avant de partir au boulot, quand les retours en fin d’après-midi ont des allures d’épreuve olympique pour souper à une heure raisonnable, n’en rajoutez pas. La cour est pleine.

Alors oui, une ligne de bus qui disparaît, un stationnement incitatif plein, un bus qui passe deux fois moins souvent, une panne de métro, les ascenseurs congestionnés du REM qui provoquent des files d’attente d’une heure⁠1, une absence de communication efficace, tout cela est un bâton de plus dans les roues de sa vie.

PHOTO TIRÉE DE X

Foule sur les quais lors d’une panne de métro

Quand sa petite marche de 5 minutes s’allonge à 10 minutes, ça fait réagir.

Ce n’est pas de la douilletterie. Il existe plusieurs études sur la distance « acceptable » pour accéder à un arrêt de bus. Amandine Rambert, de l’organisme Vivre en ville, les connaît très bien.

La plupart des experts considèrent que cette distance est de 400 mètres (5 minutes pour un adulte en forme) pour se rendre à un autobus local et de 800 mètres pour un métro, un tramway ou un bus rapide, précise l’experte en aménagement du territoire et urbanisme. Au-delà, les gens risquent davantage de prendre leur auto.

À la STM (Montréal) et à la RTL (Longueuil), on l’estime plutôt à 500 mètres.

L’objectif de la RTL est d’ailleurs d’offrir un service à 500 mètres à 90 % de la population sur son territoire. Forcément, 10 % de la population est moins bien servie. Ce n’est pas équitable, mais il n’y a pas d’obligation d’équité, prévient Amandine Rambert.

Je prédis que la prochaine vague de mécontents viendra de Boucherville. On prévoit notamment y réduire la fréquence sur certaines lignes – de moitié, au moins – et en abolir d’autres.

CAPTURE D’ÉCRAN DU SITE WEB DE LA RTL

Modification de service annoncée sur le site de la RTL

Malgré la consultation publique qui commence, l’étudiante Alexe Turcotte est déjà contrariée. Son trajet pour se rendre au travail sera allongé d’heure, calcule-t-elle, avec l’abolition annoncée de sa ligne, la 161, ce qui la forcera à faire un long détour par le métro Longueuil. Elle ne comprend « tout simplement pas » cette décision qui touchera de nombreux jeunes comme elle.

Sur papier, on enlève un trajet. Dans la vraie vie, on ajoute une course à obstacles.

1. https://www.journaldemontreal.com/2026/09/03/cest-catastrophique-lachalandage-pour-les-ascenseurs-cause-le-bordel-a-la-station-edouard-montpetit-du-rem

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