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Friday, October 9, 2026

Christine Fréchette aurait été poussée de la «falaise de verre» lors des élections

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Lorsque l’ancienne première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, a suivi le décompte des résultats des élections québécoises, elle a déclaré qu’elle n’avait pu s’empêcher de faire le parallèle entre elle-même et Christine Fréchette.

La première ministre sortante du Québec a démissionné de son poste de cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ) après que son parti n’a remporté aucun siège lors des élections de lundi.

Fondée en 2011, la CAQ a été au pouvoir pendant huit ans au Québec et détenait 79 sièges à l’Assemblée nationale, avant que Christine Fréchette ne déclenche la campagne électorale en août. Mais le Parti québécois (PQ) a su tirer parti du désir de changement des électeurs, remportant suffisamment de sièges pour former un gouvernement minoritaire.

Dans un paysage politique morcelé, aucun parti n’a obtenu plus de 28 % des suffrages exprimés. La CAQ a recueilli 13 % des voix, contre 40 % en 2022.

Mme Fréchette avait pris la tête du parti en avril, en remplacement de son fondateur, l’ancien premier ministre François Legault, qui avait démissionné après avoir vu sa cote de popularité s’effondrer dans les sondages.

Mme Wynne explique qu’elle-même s’est retrouvée propulsée à la tête d’un parti alors que les enjeux étaient considérables. Elle ajoute que les femmes engagées en politique au Canada sont souvent confrontées à un «précipice de verre», c’est-à-dire qu’on leur confie des responsabilités avec un risque élevé d’échec.

«Je n’ai pas été surprise», a confié Mme Wynne lors d’un entretien téléphonique après les élections au Québec. «On observe une tendance très nette si l’on examine les situations dans lesquelles des femmes ont pris la tête de partis, tant au niveau provincial que fédéral.»

Kathleen Wynne a succédé à Dalton McGuinty au poste de première ministre de l’Ontario en 2013, à une époque où les libéraux provinciaux étaient impopulaires en raison d’une série de scandales. Elle a mené le parti à une victoire majoritaire en 2014, mais a perdu les élections suivantes, en 2018, face aux conservateurs de Doug Ford.

Mme Wynne a disposé de deux fois plus de temps que Christine Fréchette pour prendre ses distances par rapport à son prédécesseur, ce qui, selon elle, a fait toute la différence. Kathleen Wynne a occupé le poste de première ministre pendant un an et son gouvernement a adopté un budget provincial avant d’entamer la campagne électorale qu’elle a remportée.

Parallèles avec Campbell

Elle établit également des parallèles entre Mme Fréchette et Kim Campbell, la seule femme à avoir occupé le poste de première ministre du Canada.

Kim Campbell a remporté la course à la direction du Parti progressiste-conservateur en 1993, à la suite du départ à la retraite de Brian Mulroney. Elle est restée en fonction pendant 132 jours avant que son parti ne s’incline face aux libéraux de Jean Chrétien, lors de ce qui est considéré comme la pire défaite jamais subie par un parti au pouvoir au niveau fédéral.

Tout comme Mme Fréchette, Mme Campbell a hérité d’un parti profondément impopulaire, avec seulement quelques mois pour le redynamiser. MM. Mulroney et Legault avaient tous deux une forte présence politique et leurs successeurs ont eu du mal à s’approprier leurs partis respectifs.

Christine Fréchette a été élue pour la première fois sous la bannière de la CAQ en 2022. Elle a occupé le poste de ministre de l’Immigration avant de prendre en charge le portefeuille de l’Énergie et de l’Économie.

Kathleen Wynne a également occupé un poste de ministre dans le gouvernement McGuinty, ce qui rendait plus difficile pour elle de se distancier du bilan de son prédécesseur.

«Nous faisions toutes les deux partie d’un gouvernement qui a mis en œuvre ces politiques. On ne peut donc pas faire grand-chose pour se désolidariser de mesures que l’on a soutenues en siégeant au Conseil des ministres», a-t-elle commenté.

D’autres facteurs

Mais Thierry Giasson, professeur de sciences politiques à l’Université Laval, estime que la question du genre n’est qu’un facteur parmi d’autres dans la défaite de la CAQ.

Si Mme Fréchette semblait avoir pris un certain élan au cours de la première moitié de la campagne électorale de 40 jours, en partie grâce à la guerre commerciale avec les États-Unis, elle a rapidement perdu de sa vigueur et a peiné à s’imposer lors des débats.

Environ une semaine avant le jour du scrutin, elle a commis un faux pas en campagne en demandant une rencontre urgente avec le premier ministre Mark Carney pour discuter des allégations d’ingérence américaine dans les élections, avant de revenir sur ses propos quelques heures plus tard. Après avoir reconnu qu’il n’y avait aucune preuve d’ingérence étrangère, la CAQ a chuté dans les sondages et a essuyé une défaite écrasante.

Dans son discours de démission mardi, Mme Fréchette a dénoncé le manque d’opportunités politiques pour les femmes et a déclaré qu’elle espérait que son mandat de première ministre leur ouvrirait davantage de portes. Elle était la deuxième femme à occuper le poste de première ministre du Québec après la dissolution, en 2014, du gouvernement minoritaire du Parti québécois dirigé par Pauline Marois.

Malgré ses années d’expérience et le fait d’avoir occupé des portefeuilles clés au sein du gouvernement, tels que les finances, la santé et l’éducation, Pauline Marois n’a maintenu son gouvernement minoritaire au pouvoir que pendant moins de deux ans. Mme Fréchette a occupé le poste de première ministre pendant six mois.

«Le Québec a été dirigé par une femme pendant environ 25 mois; 25 mois sur 159 ans, a pointé Mme Fréchette. Les femmes ouvrent la voie à d’autres femmes. Mme Marois l’a fait pour moi, et j’espère l’avoir fait à mon tour pour d’autres.»

Une tâche «colossale»

Des politologues ont étudié ce que la professeure Melanee Thomas, de l’université de Calgary, appelle la «structure des opportunités genrée». Elle s’est demandé si des hommes qui, en d’autres circonstances, auraient brigué la direction de la CAQ, avaient choisi de ne pas le faire en raison de la situation difficile du parti.

«Les femmes se manifestent dans ce contexte parce qu’elles se disent: “C’est ma chance… si je ne me lance pas maintenant, serai-je encore dans la course quand la situation s’améliorera?”», a-t-elle expliqué.

On peut également penser à Dominique Anglade, qui a pris la tête du Parti libéral du Québec (PLQ) après que la CAQ eut remporté son premier gouvernement majoritaire. Elle a démissionné après les élections législatives suivantes, lorsque son parti a perdu 10 sièges.

Expert en marketing politique, Thierry Giasson affirme que, même si les femmes sont confrontées à des obstacles supplémentaires en politique en raison du sexisme, Mme Fréchette était «consciente de la tâche colossale» qui l’attendait lorsqu’elle s’est présentée à la course au poste de première ministre.

Mais il met en garde contre le fait de rejeter toute la responsabilité sur Mme Fréchette. Il estime que son adversaire dans la course à la direction, Bernard Drainville, «se serait cassé les dents aussi» en raison de la popularité en chute libre de la Coalition avenir Québec après ses deux mandats consécutifs.

Alors que Mme Fréchette avait espéré vivre un «moment à la Mark Carney», M. Giasson a estimé qu’elle avait fini par payer le prix du lourd héritage politique laissé par son prédécesseur.

«Mme Fréchette, elle voulait vivre un moment Mark Carney. Sa campagne était pensée comme ça. Finalement, elle a vécu un moment Kim Campbell. Ça doit être déchirant pour elle de vivre ça», a commenté M. Giasson.

«C’est énorme, 33 ans plus tard, dans un autre contexte, dans une élection provinciale, on se retrouve à subir un peu le même verdict.»

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