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Wednesday, October 21, 2026

Octobre rose: se réapproprier son corps et sa sexualité après un cancer du sein [1/2]

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Comme chaque année en octobre, plusieurs acteurs de la lutte contre le cancer du sein se mobilisent dans toute la France pour sensibiliser à la maladie. C'est l'un des cancers les plus fréquents chez les femmes. Plus il est diagnostiqué tôt, plus la patiente à de chance d'y survivre. Au prix, souvent, de séquelles physiques et psychologiques laissées par les traitements et les opérations. Quel rapport les patientes entretiennent-elles avec leur corps ? Comment se réapproprier son intimité et sa sexualité ? C'est la question que RFI a posé à une femme aujourd'hui guérie du cancer du sein, et à une sexologue qui vient en aide aux malades. Reportage à Paris, à l'hôpital Saint-Joseph.

« Perdre un sein, c'est aussi perdre la capacité de séduire. Le regard de l'homme sur la femme, évidemment, la capacité d'être belle et d'être sexuelle aussi », explique Ysabelle-Rose, 56 ans. L'année dernière, elle découvre qu'elle est atteinte d'un cancer du sein de grade 3. Elle en a gardé une cicatrice sur la poitrine après l'ablation, et une relation ambigüe avec ce nouveau corps : « Je ne suis pas moins femme. Je n'ai pas moins d'envies sexuelles. Je ne pense pas donner moins envie. Sauf peut-être pour des hommes qui sont un peu limités, justement, à l'apparence physique. Cela peut, peut-être, choquer. Ça, je l'entends. Mais la féminité, cela passe aussi par autre chose que deux seins sur un corps », affirme-t-elle. 

À l'hôpital Saint-Joseph, à Paris, le docteur Sophie Wylomanski travaille justement sur ces questions avec des patientes. Chirurgien-gynécologue et sexologue, elle les rassure d'abord. Oui, il est normal que la sexualité soit perturbée pendant le parcours de soin, selon elle : « On sait que la chirurgie, les cicatrices vont donner des modifications de la sensibilité de la peau, mais également les rayons. Les rayons vont modifier la peau. On va avoir une sensation de peau cartonnée. On va adapter en fonction de leurs symptômes. L'hormonothérapie peut assécher les muqueuses. Cela peut être de la kinésithérapie, toutes les thérapies à médiation corporelle. Le cancer, c'est une épreuve qui vous est imposée, qu'on subit. Et du coup, on va généralement être totalement pris par cette annonce et par tout ce que le corps médical va demander de faire en vue de cette guérison. La libido, le désir sexuel, est vraiment lié à comment on se sent dans son corps et comment on estime son corps. Ce sont des choses qui vont pouvoir entraver le désir sexuel. »

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« Retrouver la joie du corps, la joie de la vie, du plaisir »

Bien souvent, la sexualité d'avant ne réapparait pas comme par magie une fois la patiente guérie. D'où l'importance d'un accompagnement sur la perception de soi, comme l'explique le docteur Sophie Wylomanski : « Il va falloir se réapproprier ce nouveau corps. Ce sera un corps différent, mais c'est un corps qui peut être beau. Et quand on voit justement l'art-thérapie et tout ce qu'on peut mettre en place, il y a des moyens d'aider les femmes à se réapproprier ce corps qui a été largement malmené. »

C'est justement en suivant un atelier d'art-thérapie qu'Ysabelle-Rose a pu dépasser ses appréhensions. Dans le hall de l'hôpital Saint-Joseph, une exposition la met en scène aux côtés d'autres femmes. Elle nous montre fièrement la photo capturée à la fin de la séance : elle y pose entièrement nue, le corps recouvert d'un camaïeu de peinture violette. « Quand je l'ai faite, je me suis sentie divine. C'était vraiment très spirituel », reconnaît-elle. Un sentiment qu'elle n'avait pas ressenti depuis longtemps. « Surtout depuis l'opération où il y avait une perte d'estime de soi très forte, précise-t-elle. Là, ça m'a vraiment permis de retrouver la joie du corps, la joie de la vie, du plaisir. C'était vraiment très puissant. »

Elle ajoute : « Là, ça y est. Je suis OK avec ça (se déshabiller devant un homme, NDLR). Je suis allée à la mer, à la piscine. J'ai vraiment l'impression que tout le monde me regarde des fois, alors que finalement, tout le monde s'en fout. Mais il y a quand même ce moment de... Et puis après, on le dépasse. Mais c'est un vrai travail intérieur. Déjà qu'on est complexées, nous les femmes, pour un rien : un bouton, une vergeture, ou un truc... Alors là, c'est vraiment puissant. »

Dans le monde, 1 000 cancers du sein sont diagnostiqués chaque jour, ce qui en fait l'un des cancers les plus fréquents chez les femmes. Mais c'est aussi l'un de ceux qu'on soigne le mieux, s'il est dépisté au plus tôt.

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