«Et jusqu’à la fin la beauté»: finir en beauté avec Louis-José Houde
Avec ses vingt-cinq ans de carrière florissante, l’humoriste de 49 ans n’a certes plus rien à prouver à qui que ce soit. Mais oser faire du sujet principal d’une soirée de stand-up la maladie neurodégénérative de sa propre mère, ce n’est pas un geste banal. Ce pari courageux, celui qui a donné naissance à son sixième spectacle, Et jusqu’à la fin la beauté, Louis-José Houde le relève haut la main, établissant de nouveaux standards en matière de rire aux larmes.
L’humoriste entre lentement sur scène au son du piano exquis de Mélissa Fortin, qui, pour le soir de la première, nous a fait l’honneur de jouer en direct. Devant la projection d’une peinture de Julie Charland, vibrant hommage aux Nymphéas de Monet, sous une cascade de notes poignantes, Louis-José Houde prononce quelques mots en guise de prologue : « La mémoire ne disparaît pas, elle se transforme, se renouvelle. Ma mère me reconnaît, mais sous une autre forme. Pour elle, il n’y a plus d’époques. Chaque jour, elle s’installe dans un moment sur son échelle du temps, elle devient intemporelle et éternelle. »
En connaissez-vous beaucoup des solos d’humour qui débutent ainsi ? Le spectacle est à peine commencé qu’on sent déjà la touche « théâtrale » du metteur en scène Justin Laramée. Puis l’humoriste entre dans le vif du sujet en nous expliquant qu’il est devenu père exactement en même temps qu’il est devenu proche aidant : « Moi, je tiens des mains dans la vie. D’abord, je suis papa, j’ai un petit garçon de 3 ans et demi et un autre de 1 an. Pour vous donner une idée de leur niveau d’énergie : c’est moi leur père ! Je m’occupe de tout le monde ! Dès que j’ai commencé à changer des couches, ma mère a dit : “Oh, j’aimerais bien profiter de ce service !” »
Voilà qui représente bien le ton aigre-doux que l’humoriste cultive durant cette soirée où il navigue brillamment entre le témoignage et la parodie, entre la tendresse et la satire, où il dévoile avec beaucoup d’habileté le comique des situations plutôt que de se moquer des individus. En s’attachant au destin de sa mère, une femme indépendante et passionnée par les arts, en puisant des perles dans les événements qui ont mené cette dernière de son diagnostic d’Alzheimer en 2018 à sa mort en 2026, Louis-José Houde déclenche l’hilarité, mais il nous fait aussi, nécessairement, réfléchir au vieillissement de nos parents, de nos proches, de nos amis, et bien entendu au nôtre.
Un nouvel homme
De manière générale, le personnage hyperactif a laissé place à un homme plus posé, plus enraciné, mais qui n’a rien perdu de son sens de l’observation et de son talent de conteur. À vrai dire, il y a bien un passage un peu long, pendant lequel on retrouve l’ancien Louis-José Houde, celui où l’homme pète les plombs après avoir déménagé sa mère six fois (!) en trois ans, qui plus est en contexte pandémique.
Mais après ce lazzi, où l’humoriste explique, survolté, qu’il n’a plus la patience d’écouter les gens débiter des futilités, on a droit à un morceau d’une importance cruciale : « Le système est à la limite de la rupture. Dans 5 ans, c’est 25 % de la population du Québec qui va être âgé de 65 ans et plus. Les préposés aux bénéficiaires vont devenir des bénéficiaires. Quand tout le monde va être bénéficiaire, il va falloir qu’on s’autoprépose ! Cette année, au Québec, il s’est vendu plus de couches pour aînés que pour bébés. Il faut virer de bord, il faut trouver des solutions, il faut innover ! »
Pas de doute, Louis-José Houde est dans une catégorie à part, tout comme son sixième spectacle, bien différent de ceux qui l’ont précédé. D’abord parce qu’il suscite le rire en abordant la plus grande de toutes les peurs, mais aussi parce qu’il le fait avec une finesse peu commune, un ton qui n’est pas sans évoquer le meilleur des théâtres documentaires. Soyons clairs, on a toujours affaire à du stand-up, mais avec une valeur ajoutée, un surcroît d’intelligence, de sensibilité et de préoccupations sociales.
C’est bien simple, pour apprivoiser la mort, la nôtre aussi bien que celle de nos proches, ce spectacle salutaire, libérateur et même cathartique, mériterait carrément d’être prescrit.
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