La France est-elle à l’origine des vagues de contestation en Europe?

Les rassemblements massifs en France ont retenu l’attention des médias occidentaux ces dernières semaines.
Ce qui a commencé le mois dernier comme des protestations étudiantes pour réclamer un meilleur financement des lycées s’est étendu à tous les coins de l’Hexagone, en s’associant à des mouvements syndicaux et aux gilets jaunes, pour devenir une coalition de revendications plus vastes.
Parallèlement, des manifestations ont éclaté ces dernières semaines ailleurs sur le Vieux Continent, notamment en Albanie, en Italie et en Belgique, mais aussi en Espagne, en Grèce, au Portugal, en Autriche et en Serbie.
Alors que la jeunesse s'est mobilisée en Belgique, d’autres pays ont été secoués par des mouvements de contestation suscités par des causes diverses, comme l’opposition à un projet touristique lié au président américain Donald Trump, en Albanie, par exemple.

Une foule de manifestants se rassemble près du monument de Skanderbeg lors d’une manifestation étudiante antigouvernementale à Tirana, capitale de l'Albanie.
Photo : Reuters / Valdrin Xhemaj
Les manifestations françaises, marquées par des émeutes et des heurts avec les forces de l’ordre, ont-elles entraîné une réaction en chaîne dans le reste de l’Europe ?
Ce n'est pas tout à fait le cas, selon Frédéric Mérand, professeur titulaire et directeur du Département de science politique de l'Université de Montréal (UdeM), qui évoque les particularités nationales très fortes
de chaque mouvement.
M. Mérand admet que l’on observe actuellement un mouvement presque pan-européen
avec des revendications très différentes
d’un pays à l’autre, mais qui se nourrissent les unes et les autres
.
Il donne en exemple les contextes politiques français, espagnol et serbe, où les gouvernements sont en fin de règne.
En Espagne, le premier ministre Pedro Sanchez a lancé des élections anticipées, à la suite de manifestations dans tout le pays contre la crise du logement. En France, le scrutin présidentiel est prévu dans six mois, tandis qu’en Serbie, les électeurs se rendront aux urnes dimanche, le 25 octobre.

Marine Le Pen, candidate du Rassemblement National (RN), parti d'extrême droite, à l'élection présidentielle française de 2027, qui a déjà le vent dans les voiles dans les sondages, semble capitaliser sur les émeutes violentes.
Photo : Getty Images / AFP / NICOLAS TUCAT
En revanche, le gouvernement dirigé par Giorgia Meloni en Italie est solidement installé au pouvoir, appuyé par des sondages favorables.
Ça donne un portrait qui montre qu'il y a des échanges entre les réalités de ces pays, mais il y a quand même des particularités nationales.
Le coût de la vie en cause
Le dénominateur commun des mouvements de contestation est l’inflation, qui touche tous les secteurs de la société, tant en Europe qu’ailleurs dans le monde, y compris au Canada.

Deuxième manifestation pour les lycéens et les Gilets jaunes près de la porte d'Ivry à Paris.
Photo : Getty Images / Hans Lucas / Agence France-Presse / GAUTHIER BEDRIGNANS
La vague de mécontentement populaire est attisée par la difficulté à boucler ses fins de mois, mais aussi par d'autres facteurs qui contribuent à une convergence des colères
et à un ressenti général de frustration et d’injustice, d'après Pascale Dufour, professeure au département de science politique de l'UdeM.
Dans le cas de la France, cette constatation entraîne une perception de déconnexion très forte entre l'élite politique et monsieur et madame Tout-le-Monde
, souligne-t-elle.
Ça nous en dit beaucoup sur l'état de dépérissement du pouvoir en place
, explique-t-elle, en précisant qu'il s'agit d'un contexte politique qui est extraordinaire
.
À cela s'ajoute une diminution de la capacité de l'État à répondre à cette augmentation du coût de la vie par des mesures sociales
, précise M. Mérand.

Un homme passe devant un magasin à Marseille, au lendemain des affrontements lors d'une journée nationale de manifestations contre le coût de la vie et la hausse des prix des carburants.
Photo : Reuters / Manon Cruz
La réalité a changé considérablement depuis les cinq dernières années, alors que les États étaient en mesure de financer leurs programmes sociaux en empruntant sur le marché à des taux d’intérêt extrêmement bas, rappelle-t-il.
Aujourd'hui, les taux d'intérêt ont beaucoup monté, et donc, c'est plus difficile de répondre à ce genre de manifestations en disant : ''voilà, on vous propose un programme social ou une diminution des taxes sur le carburant''
, expose-t-il.
Sur ce point, la France est un cas emblématique
, selon lui, parce que c'est le pays dont la capacité budgétaire est littéralement étranglée en ce moment
.
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