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Sunday, October 18, 2026

Changements climatiques | Du bœuf québécois plus vert

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(Saint-Barthélemy, Lanaudière) Les vaches suivent Philippe Barrette comme des moutons leur berger.

Publié à

Au volant de son véhicule tout-terrain, l’éleveur de 57 ans guide lentement ses animaux à travers une prairie qui passe du jaune moutarde au vert émeraude.

  • Les vaches et les veaux trottinent derrière Philippe Barrette vers des prés plus verts.

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    Les vaches et les veaux trottinent derrière Philippe Barrette vers des prés plus verts.

  • Les vaches de la ferme sont un croisement des races Angus et Simmental noir.

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    Les vaches de la ferme sont un croisement des races Angus et Simmental noir.

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Lorsque le champ devient vert foncé, il descend de son véhicule et soulève une clôture électrifiée.

« Venez, les filles ! Venez, les filles ! », répète l’agriculteur de septième génération sous le regard amusé de sa conjointe, Katy Jauvin. « Ç’a toujours été ma passion, j’aime les vaches », dit-il avec le sourire.

Les mères et leurs veaux s’élancent ensuite dans les herbes hautes du pâturage qui doit sa couleur luxuriante au fait qu’il n’a pas encore été brouté ou piétiné. Les bêtes prennent de grosses bouchées de trèfle, de luzerne, de fléole ou de lotier. Sept plantes sont au menu.

Les bovins sont des ruminants. Ils consomment des végétaux indigestes pour l’humain et les transforment en énergie.

Pendant la digestion, les micro-organismes de leur rumen – le premier des quatre compartiments de leur estomac – génèrent du méthane (CH4) qui est ensuite roté par l’animal. C’est, dans le jargon scientifique, la fermentation entérique.

Une fois éructé, le méthane contribue à réchauffer la planète, car son accumulation dans l’atmosphère y piège la chaleur du soleil. Ce puissant gaz à effet de serre (GES) possède un pouvoir de réchauffement près de 28 fois plus élevé que le dioxyde de carbone (CO2) craché par les voitures à essence.

« C’est quelque chose qui est omniprésent. On s’en fait tellement parler », dit Philippe Barrette au sujet de l’impact environnemental des élevages de bovins de boucherie.

En tête de peloton

Sur le plan des émissions de GES, Philippe Barrette est aussi, en quelque sorte, un berger parmi ses pairs. En participant au projet BOvins pour le climat, il a découvert que son exploitation agricole émettait moins de GES qu’une ferme québécoise typique.

« Il est dans les premiers », explique Elizabeth Lepage, agronome et responsable du projet.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

De la ferme à l’assiette, la distance maximale que fait le bétail de Philippe Barrette et de sa conjointe est d’environ 100 km.

Lancé en 2023, BOvins pour le climat est financé à hauteur de 3,5 millions de dollars sur quatre ans par Québec dans le cadre de son Plan pour une économie verte.

L’un des objectifs du gouvernement provincial ? Réduire de 6 % les émissions de méthane en provenance des élevages d’ici 2030 par rapport à 2017.

Et 50 entreprises se sont enrôlées : 35 bovines et 15 ovines. (Les moutons sont aussi des ruminants.)

« L’objectif, c’est vraiment d’améliorer l’adoption de pratiques qui visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais qui vont aussi être rentables pour l’entreprise », explique Elizabeth Lepage.

À la fin de l’exercice, en 2027, son équipe remettra une liste de recommandations au gouvernement sur les approches qui ont réellement fait leurs preuves sur le terrain.

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L’agronome Elizabeth Lepage et l’agricultrice Katy Jauvin dans une prairie

« Ce n’est pas un projet de recherche » où des fermes sont recrutées comme « cobayes », précise l’agronome Elizabeth Lepage. « On vient demander aux producteurs : qu’est-ce qui a du sens pour toi ? Et là, on le documente. »

Étape 1 : se mesurer

Les experts du projet ont d’abord créé le bilan carbone d’une « ferme de référence », c’est-à-dire celui d’une exploitation bovine hypothétique qui représenterait l’ensemble de la réalité québécoise. La ferme moyenne du Québec en production bovine, en quelque sorte.

Ce bilan prend en compte tous les postes d’émissions d’une ferme, de l’essence des tracteurs à l’achat des intrants, mais surtout la fermentation entérique, le poste le plus important.

Au Québec, il a été déterminé que cette ferme de référence émettait 25,7 kg équivalent CO2 par kilogramme de poids vif (éq CO2/kg poids vif)*.

  • La ferme de JP Barrette

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    La ferme de JP Barrette

  • Des vaches et des veaux dans un pré de la ferme

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    Des vaches et des veaux dans un pré de la ferme

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La ferme JP Barrette se situe à 22,1.

La différence « est énorme », martèle Elizabeth Lepage. « On en a qui montaient à 60 », ajoute-t-elle.

« Nous sommes fiers de produire de la viande le plus efficacement possible tout en respectant le bien-être de nos animaux », a réagi Philippe Barrette lorsqu’on l’a questionné sur ses résultats.

La science est unanime sur le fait que la viande rouge est la protéine avec la plus grande empreinte carbone. Une réalité qui pousse de nombreux Québécois à réduire sa consommation.

Or, ce poids carbone varie grandement d’un système agricole à l’autre. Au Canada, il serait jusqu’à deux à trois fois moindre que la moyenne mondiale, dépendamment des études et des méthodes de calcul utilisées.

Et il est possible non seulement de diminuer les émissions à l’échelle de chaque ferme, mais aussi de les compenser en captant le carbone dans les sols des champs comme celui-ci.

* L’équivalent CO2 est une valeur de référence qui sert à exprimer en une unité commune les trois GES que sont le méthane (CH4), le dioxyde de carbone (CO2) et le protoxyde d’azote (N2O), en fonction de leur quantité et de leur potentiel de réchauffement. Le « poids vif » est le poids de l’animal lorsqu’il est pesé vivant à la vente, donc à la sortie de la ferme.

En savoir plus

  • 8,2 %
    En 2024, les émissions du secteur agricole représentaient 8,2 % des émissions totales de GES du Canada, dont 30 % des émissions nationales de méthane.

    Source : Environnement et Changements climatiques Canada

    1,2 %
    La production bovine dans son ensemble serait responsable de 1,2 % des émissions de GES au Québec.

    SOURCE : Producteurs bovins du Québec (selon le document DÉMÊLER LE VRAI DU FAUX, 2e édition, 2024)

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