Procès de Nicolas Ullens pour le meurtre de la baronne : « Il a précisé avoir pris le véhicule Dacia pour montrer à son père qu’il ne roulait pas sur l’or » (direct)


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Plus de trois ans après la mort de Myriam Lechien, abattue devant sa villa d’Ohain, Nicolas Ullens de Schooten comparaît ce jeudi devant la cour d’assises du Brabant wallon. L’ancien agent de la Sûreté de l’État, âgé de 61 ans, devra répondre de l’assassinat de sa belle-mère. Deux semaines d’audience sont prévues à Nivelles.
Le direct
> « La pensée m’est passée de mettre fin à mes jours. Et puis, j’ai décidé d’aller me livrer, de me rendre au poste de police qui était tout près. J’ai glissé le pistolet, à un moment ou à un autre, dans le holster cette fois-ci et je me suis rendu. Je suis remonté dans la Dokker, j’ai fait marche arrière et je me suis rendu au poste de police. » L’accusé est ensuite interrogé sur différents appels téléphoniques passés aux alentours des faits. Il s’agit essentiellement d’amis, de membres de la famille ou de son épouse.
> « Ensuite, les séquences de tir se poursuivent et il y a mon père qui commence à hurler. Ça peut paraître bizarre, mais j’espère que je ne vais pas repleurer. Même à 58 ans, votre père, c’est votre père et, entendant son cri suppliant m’incitant à arrêter de tirer, je pense que j’arrête quelques secondes parce qu’il crie. La colère remonte, je pense que je tire encore. Vous dire la séquence, le nombre de balles, je pense qu’on le verra à la reconstitution. Il recrie et je pense que ce sont ses suppliques qui mettent fin à la séquence de tirs. Vous me demandez où se trouve mon père lorsque je tire la première fois : il se trouve sur la place passager et il hurle. C’est une séquence abominable. (…) Comble du gore, mon père me demande de le tuer. »
> « Je contourne le véhicule par l’arrière pour me porter à hauteur de la portière de Myriam qui, elle, avait ouvert sa fenêtre de quelques centimètres. Là, je la vois me regarder avec un masque de mépris dont elle a le secret, avec un mépris infini. Et là, le passage à l’acte, on y est. C’est la minute fatidique où il y a passage à l’acte. En l’occurrence, je sors le pistolet et là, il y a passage à l’acte. Vous avez l’impression d’être en dehors de votre corps, de ne rien pouvoir y faire, que… silence… il n’y a plus que la colère qui dicte vos actes et le premier coup de feu a lieu. »
> Il poursuit : « À votre question de savoir ce que je veux dire par là, je vous réponds que la colère monte, la colère devient irrésistible. Vous avez l’impression de ne plus être dans votre corps et, tout à coup, ça lâche. Là, je prends le sac qui se trouvait à l’arrière du Dokker et je m’équipe. Vous me demandez de quelle manière : je vous explique que je tire ma ceinture, je pense, de mémoire, d’abord le porte-chargeur, j’y mets un chargeur qui est plein, j’engage ensuite le holster et je remets ma ceinture. Vous me demandez si le moteur de mon véhicule est coupé à ce moment-là : je ne saurais pas vous dire. »
> Le déroulement de la visite correspond aux premières déclarations de l’accusé. Il confirme avoir embrassé son père et sa belle-mère. Il a quitté la maison et indique : « Dans un premier temps, mon seul sentiment était le désespoir. Le désespoir de perdre mon père, définitivement, le désespoir de l’injustice. Soudainement, la colère est venue. J’ai fait demi-tour. Dans un premier temps, je fais marche arrière puis demi-tour dans la rue du Champ d’Alvau et je me positionne au coin de cette rue. Là, les digues lâchent. »
> Il relate le déroulé chronologique d’une journée qui commence de manière habituelle. L’accusé décide de se rendre au centre de tir puis, passant devant chez son père, prend l’initiative de lui rendre visite à l’improviste. Néanmoins, il précise qu’il a pris le véhicule Dacia pour montrer à son père qu’il ne roulait pas sur l’or.
« C’est aussi, en quelque sorte, un élément matériel, à l’instar du mini Glock. Si j’avais un tant soit peu prémédité mon acte, j’aurais pris une artillerie plus lourde, j’aurais pris une arme illégale indétectable et je n’aurais pas pris un Dacia Dokker avec ma plaque devant des caméras de surveillance. Je vous dis tout ça parce que ça fait trois semaines que je vois “assassinat” marqué sur mon mandat d’arrêt et que ça me fait réagir. Il y a trois semaines que je ne dors plus et que j’ai le temps de gamberger. »
- Il va indiquer aux enquêteurs qu’il a pris cette arme lorsqu’il a quitté son domicile. Il l’a chargée et l’a chambrée. Il s’est également muni d’un holster et d’un porte-chargeur. « Cela me court à travers la tête depuis environ trois semaines, depuis que j’ai vu que madame la juge m’avait inculpé d’assassinat. Si j’avais voulu préméditer mon acte, je n’aurais pas pris un baby Glock. J’aurais attendu que mon GP soit réparé. Quitte à préméditer, autant prendre une arme qui a une grosse puissance de feu. »
- Le 19 avril 2023, l’accusé est longuement réentendu. Il explique pour quelles raisons (liées à son emploi à la Sûreté de l’Etat), il a commencé à porter régulièrement une arme à feu. Il y en avait également une à côté de son lit. Il indique que cette arme était un Glock, et ce pour plus de discrétion.
- Un rapport d’expertise portant sur une arme de marque FN Herstal Luger a été déposé le 17 juillet 2023 par l’expert Chabotier. Ce dernier indique, dans ses conclusions, que le pistolet n’est pas en état de fonctionner. Des bavures sont présentes sur la tête de la tige-guide du ressort récupérateur, empêchant la mise en place correcte de cette tige-guide et, par conséquent, le remontage complet de l’arme afin d’assurer son fonctionnement opérationnel. Une réparation est nécessaire pour permettre le fonctionnement de l’arme.
- Le 29 mars 2023, l’expert indique avoir constaté que le corps de la victime était affaissé sur le siège conducteur, la tête penchée vers l’avant et vers la droite du véhicule. La vitre de la portière avant gauche présente un groupe d’impacts balistiques. La vitre du conducteur était baissée. Six douilles ont été retrouvées au sol, derrière le véhicule (l’une d’elles sera retrouvée par un témoin sur le toit de la voiture), et l’un des projectiles a été retrouvé dans le véhicule. L’examen des douilles met en évidence qu’elles ont toutes été tirées par la même arme, à savoir un Glock. Les munitions sont des 9 mm Luger (Parabellum) de fabrication Winchester.
- L’arme saisie était chambrée d’une cartouche et le second chargeur était garni de six cartouches. L’arme utilisée a été analysée : il s’agit d’un pistolet semi-automatique de marque Glock, de calibre 9 mm Luger (Parabellum). L’arme était en parfait état de tir, de conservation et d’entretien. L’expert a également analysé, d’un point de vue balistique, les éléments issus de l’autopsie de la victime, Myriam Lechien.
- Les conclusions du rapport. Le rapport daté du 8 juin 2023 de l’Institut national de criminalistique et de criminologie indique, dans ses conclusions : « Les investigations toxicologiques effectuées sur les prélèvements sanguin et urinaire du nommé Nicolas Ullens de Schooten n’ont pas mis en évidence de consommation d’alcool éthylique. D’autre part, aucune substance médicamenteuse ou stupéfiante n’a été identifiée dans ces échantillons. »
- Le rapport d’autopsie retient six trajectoires sur le corps de Myriam Lechien. Deux balles dans le crâne et cinq dans le haut du corps, dont une a atteint le cœur. Le décès a été constaté à 11 h 16, soit moins d’une demi-heure après les tirs de Nicolas Ullens.
- 11h35> L’audience reprend avec la lecture des expertises médico-légale
- 11h25> L’audience vient d’être suspendue une dizaine de minutes
- Les parties civiles, soit les enfants de « Mimi » et Geneviève, la sœur, sont aussi présents ce jeudi matin.
- Nicolas Ullens est présent dans le box des accusés. Ses proches, dont sa femme Marie, se trouvent dans le public.
- Un membre du jury a dû être remplacé ce matin. Il a dès lors été remplacé par la première suppléante. « Le 6e juré est dans l’impossibilité de siéger pour des raisons médicales antérieures à la constitution du jury avec une incapacité de travail à 100 % », a détaillé le président de la cour, Pierre Delcour.
- Cette première journée débute par la lecture de l’acte d’accusation, avant l’interrogatoire de l’accusé.
Le rappel des faits en vidéo
Le rappel des faits
Tout remonte au 29 mars 2023. Ce matin-là, Nicolas Ullens s’était rendu au domicile de son père, le baron Guy Ullens, et Myriam Lechien. La conversation avait porté sur la famille et l’argent, sans éclat apparent. Après avoir quitté la maison, il avait récupéré dans sa camionnette un pistolet Glock 9 mm.
Quelques minutes plus tard, il avait attendu le couple à la sortie de la propriété, percuté leur voiture pour leur barrer le passage, puis ouvert le feu à six reprises sur sa belle-mère. Myriam Lechien, 70 ans, était morte sur le coup. Guy Ullens avait été légèrement blessé.
L’accusé reconnaît avoir tiré, mais nie avoir prémédité son geste. Il comparaît pourtant pour assassinat, soit un meurtre commis avec préméditation. Cette question devrait être au cœur des audiences.
Car derrière les six coups de feu se dessine aussi l’histoire d’une famille profondément divisée. Autrefois proches, Nicolas Ullens et son père se seraient peu à peu éloignés. Le fils avait le sentiment d’avoir été relégué au second plan au profit de Myriam Lechien et de ses enfants.
L’argent traverse également le dossier. Longtemps considérée comme l’une des familles les plus aisées de Belgique, la famille Ullens disposait d’une fortune estimée, à son apogée, à quelque 3 milliards d’euros. Nicolas Ullens reprochait à Myriam Lechien d’en avoir dilapidé une partie.
Une voix essentielle manquera toutefois pour éclairer ces fractures, celle de Guy Ullens. Présent au moment des tirs et directement mêlé aux différends familiaux, le baron est décédé en avril 2025, à l’âge de 90 ans.
Les parties civiles ont déjà prévenu qu’elles ne voulaient pas voir le procès de Nicolas Ullens se transformer en celui de Myriam Lechien. Elles entendent notamment éviter que la victime ne soit enfermée dans le rôle de la « méchante belle-mère », rendue responsable des dissensions au sein du clan.
La cour sera présidée par Pierre Delcour.
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