Les Témoins de Jéhovah désormais libres de recevoir ou non une transfusion sanguine

Les dirigeants des Témoins de Jéhovah ont récemment annoncé un assouplissement historique : les fidèles peuvent désormais décider d'accepter des composantes du sang, notamment lors d'une intervention médicale, sans risque d'être excommuniés.
Dans un communiqué publié le 18 septembre, le Collège central des Témoins de Jéhovah a affirmé que d'accepter ou non les quatre principaux composants du sang (globules rouges, globules blancs, plasma et plaquette) est un choix individuel.
Les dirigeants ont précisé que le principe derrière le commandement qui fait mention de s'abstenir du sang est le respect de la vie. Y obéir implique aussi de ne pas nous rendre coupables d'effusion de sang, et donc de ne pas commettre de meurtre et de rejeter tout comportement imprudent qui pourrait causer la perte d'une vie.
Il revient donc à chaque chrétien de décider par lui-même quelle utilisation de ces quatre composants il acceptera dans le cadre de soins médicaux ou d’une chirurgie. Pareillement, chaque chrétien doit décider s’il fera don de son sang dans le but clairement défini de fournir à une autre personne des composants ou des fractions du sang
, peut-on lire dans le communiqué.
Une avancée
Le Collège des médecins du Québec (CMQ) accueille cette annonce, qui réduit le risque de complication pour des patients qui auparavant devaient refuser une transfusion sanguine tel que dicté par leur religion.
Les transfusions peuvent être déterminantes pour traiter certaines conditions. Cette évolution pourrait avoir des répercussions dans plusieurs secteurs de soins où les produits sanguins contribuent de façon importante à la prise en charge des patients
, écrit le CMQ dans une déclaration écrite transmise à La Presse canadienne.

Au Québec, on comptait environ 25 000 Témoins de Jéhovah et 120 Salles du Royaume en 2023. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada
L'annonce est aussi vue positivement par Héma-Québec.
Héma-Québec accueille favorablement cette annonce qui ouvre des possibilités en matière de santé pour les membres de cette communauté
, a réagi par écrit la Dre Nancy Robitaille, vice-présidente à la Médecine transfusionnelle à Héma-Québec.
Elle rappelle qu'Héma-Québec est responsable de l'approvisionnement en produits sanguins, mais qu'il n'intervient pas directement dans les décisions relatives aux transfusions sanguines.
Celles-ci relèvent de la relation thérapeutique entre le médecin traitant et son patient.
Le CMQ estime que l'assouplissement permettra à des personnes d’accepter de façon libre et éclairée des composants sanguins qu’elles auraient auparavant refusés. Cela élargit les traitements offerts par les équipes médicales, notamment lorsque des transfusions sont cliniquement indiquées
.
Les transfusions sanguines sont fréquemment utilisées dans plusieurs spécialités, notamment l'obstétrique, la chirurgie, la médecine d'urgence, la gastroentérologie et l'hémato-oncologie.
Débat de longue date
Au Québec, l'histoire d'une patiente Témoin de Jéhovah qui a refusé du sang en pleine connaissance de cause et qui en est décédée a fait les manchettes.
En 2024, le populaire balado Dérives
diffusé par Radio-Canada a fait mousser de nouveau le cas de Éloïse Dupuis, décédée en 2016 de complications liées à son accouchement après avoir refusé une transfusion sanguine pour des raisons religieuses.
Or, l'interdiction de donner ou recevoir du sang total est maintenue par les dirigeants des Témoins de Jéhovah. Ils réitèrent que les fidèles n’acceptent pas de transfusions de sang total
et ne font pas don de notre sang pour que quelqu’un d’autre puisse recevoir une transfusion de sang total
. Ils continuent de ne pas consommer de la viande non saignée.
Le Collège central des Témoins de Jéhovah a par ailleurs fait une autre annonce importante en mars dernier par rapport à l'usage du sang.
L'organisation internationale a dit qu'elle autorisait désormais l’autotransfusion en cas d’urgence médicale ou de chirurgie programmée. Les patients qui pratiquent cette religion peuvent donc choisir de stocker leur propre sang d'avance, avant leur chirurgie.
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