Une nouvelle espèce de manchot inconnue a été découverte, une première en plus d’un siècle
Des biologistes ont décrit une nouvelle espèce de manchot sur les îles Kerguelen. Cette branche des manchots papous, déjà repérée par des analyses génétiques, n’avait encore jamais été reconnue comme une espèce à part. Aucune nouvelle espèce de manchot n’avait été décrite depuis 1921.
Pour le grand public, découvrir une nouvelle espèce est souvent assimilé à une battue dans la jungle à coups de machette ou à d’interminables attentes, jumelles à la main, en espérant voir apparaître l’animal inconnu à l’angle d’une montagne. Une bonne partie du travail se fait pourtant en laboratoire, en comparant l’ADN des animaux.
Une trouvaille de ce type fait l’objet d’une étude parue le 23 avril dans la revue Communications Biology, et qui a été repérée par le site Discover Wildlife. Une équipe internationale, menée par des biologistes chiliens et de l’université de Californie à Berkeley, y a séquencé le génome complet de 64 manchots papous issus de 10 colonies. Elle y décrit officiellement une nouvelle espèce, Pygoscelis kerguelensis.
Quatre espèces au lieu d’une
Aucune nouvelle espèce de manchot n’avait été décrite depuis 1921 et le gorfou de Moseley (Eudyptes moseleyi). Il faut dire que ces espèces sont difficiles à étudier, notamment en raison de l’environnement très hostile où elles vivent, autour de l’Antarctique. L’espèce décrite en avril, Pygoscelis kerguelensis, vit sur les îles Kerguelen, et probablement sur l’île Heard voisine, dans le sud de l’océan Indien, à près de 3 200 kilomètres de toute terre habitée en permanence.
La nouvelle espèce avait en réalité déjà été observée, et même collectée. Le spécimen de référence est un mâle adulte récolté à Kerguelen le 31 décembre 1897 et conservé au Muséum américain d’histoire naturelle, à New York. Il était jusqu’ici classé parmi les manchots papous ordinaires. Les analyses génétiques montrent que les manchots papous forment en fait quatre groupes assez différents pour constituer des espèces distinctes : trois anciennes sous-espèces, promues au rang d’espèce, et une espèce nouvelle.

À l’est, Pygoscelis taeniata niche sur les îles Crozet, Marion et Macquarie, cette dernière appartenant à l’Australie. Au nord, Pygoscelis papua, qui garde le nom historique, est cantonné aux Malouines et à l’île Martillo, en Amérique du Sud. Au sud, Pygoscelis ellsworthi, le plus nombreux, vit sur la péninsule Antarctique, les côtes du continent et l’île de Géorgie du Sud.
Des gènes adaptés à chaque milieu, des îles menacées par le réchauffement
Pygoscelis kerguelensis se distingue des autres par ses gènes, et un peu par sa taille et son cri. Il est plus petit que le manchot des Malouines, plus grand que celui de l’Antarctique. À l’œil, il ressemble à n’importe quel manchot papou : dos noir, ventre blanc. Les biologistes parlent d’espèce « cryptique ».
Les génomes montrent aussi comment les espèces s’adaptent à leur milieu. L’espèce antarctique porte des gènes liés à la production de chaleur, au stockage des graisses et à la perception de la lumière. Celle de l’Est en porte davantage pour économiser l’énergie et prolonger ses plongées. L’université de Californie à Berkeley détaille ce volet dans un communiqué qui accompagne l’étude.
Les chercheurs ont aussi modélisé l’habitat favorable de chaque espèce en 2050, dans un scénario de réchauffement modéré. Seule l’espèce antarctique, Pygoscelis ellsworthi, y gagnerait : son habitat favorable s’étendrait d’environ 9 %. Elle pourrait s’installer plus loin sur le continent, à la place des manchots empereurs, Adélie et à jugulaire, qui déclinent avec la banquise et le krill.
Pour les trois espèces des îles subantarctiques, les modèles prévoient la perte de presque tout l’habitat favorable autour de leurs îles actuelles, avec peu ou pas d’îles voisines où se replier. Seuls les abords de l’île Heard resteraient en partie favorables à l’espèce de Kerguelen. Les auteurs précisent que ces projections ne sont pas des prévisions d’extinction.
Les génomes séquencés serviront aussi à étudier la grippe aviaire, qui frappe aujourd’hui manchots, oiseaux et mammifères dans le monde entier. Juliana Vianna, qui a codirigé l’étude et enseigne à l’université Andrés Bello de Santiago, au Chili, y cherche déjà les mutations associées à la survie au virus, pour repérer les populations les plus menacées.
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