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Thursday, October 22, 2026

Présidentielle au Brésil: une campagne d'entre-deux-tours aux allures de guerre sur les réseaux sociaux

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À quelques jours du second tour de l'élection présidentielle au Brésil, prévu ce dimanche 25 octobre 2026, candidats et électeurs sont plus que jamais mobilisés sur les réseaux sociaux. Dans un pays où l’information est davantage consommée sur les réseaux sociaux, et non par l'intermédiaire des médias traditionnels, les soupçons d’ingérence du géant américain Meta inquiètent.

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De notre correspondante à Rio de Janeiro,

La gauche semble avoir opéré une révolution numérique. Face au retard de Lula, au premier tour, qui a obtenu 45% des voix contre 47% pour son adversaire d’extrême droite Flavio Bolsonaro, le sursaut est arrivé. D’abord dans les rues, avec des manifestations spontanées dès le lendemain des premiers résultats, puis en ligne. Face à une abstention historique de 21% de l’électorat, l’actuel président part en croisade pour conquérir les indécis.

L' « armée numérique » de Lula veut ratrapper son retard

Conscient que l’extrême droite domine le débat politique sur les réseaux sociaux, Lula, qui ne possède pas de téléphone portable, a commencé à faire des vidéos face caméra, en selfie, remportant un large succès. Le député fédéral André Janones a pris les rênes de « L’Armée de Lula », une chaîne WhatsApp réunissant 7 millions de citoyens. À sa tête, le commandant Janones assigne des missions à ses « soldats » pour « exploser » la campagne, selon ses propres mots : reposter, commenter, partager des contenus pro-Lula. Une manière, selon lui, d’atteindre et convaincre les 33 millions d’indécis.

Samedi 17 octobre, des millions de Brésiliens ont posté sur Instagram un selfie, pouce et index levés pour faire le signe « L » de Lula. Ils portaient un maillot brésilien, souvent fait grâce à l’IA, dans l’idée de se réapproprier un symbole du pays qui avait été associé au mouvement Bolsonariste depuis 2018. Un sursaut qui pourrait être efficace, même si la gauche a « tardé à comprendre comment fonctionnait le marché de l’attention », selon Fernando Neisser, professeur de droit électoral de la Fondation Getúlio Vargas.

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Avantage de l’extrême droite

De son côté, l’extrême droite Bolsonariste n’est pas en reste. Depuis la campagne présidentielle de 2018, qui a vu la victoire de Jair Bolsonaro, elle utilise et connaît très bien les rouages des plateformes numériques. Le débat du dimanche 18 octobre en était la preuve : Flavio Bolsonaro s’était préparé à lancer des punchlines ou à être présent sur toutes les images, même en arrière-plan quand son adversaire avait la parole.

Car le sénateur dispose dans son équipe de figures de premier rang sur les réseaux sociaux, comme Nikolas Ferreira, jeune député de l’état du Minas Gerais, le « mieux élu de l’histoire du Brésil ». Fin connaisseur des mécanismes de la communication numérique, il a fait de la provocation et de la dissémination de fausses informations son principal carburant. Le volume total des vues de ses réels dépasse celui de certaines célébrités comme Beyoncé ou Kim Kardashian.

Pourtant, les deux candidats ne luttent pas à armes égales. Visé par des plaintes issues des équipes de campagne de Flavio Bolsonaro auprès du Tribunal supérieur électoral (TSE), le canal « L’Armée de Lula » a été suspendu à plusieurs reprises. Une décision rendue par son président, le juge Kassio Nunes Marques, désigné par le père de Flavio Bolsonaro lorsqu'il était président. Sa partialité ne fait aucun doute, selon le chercheur Fernando Neisser, qui souligne que la chaîne de soutiens de Flavio Bolsonaro n’a pas subi le même traitement malgré le nombre élevé de fausses informations qui ont pu y circuler.

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Le camp de Lula accuse Meta d'ingérence

La plus grande ingérence vient sans doute de Meta, propriétaire d'Instagram, Facebook et WhatsApp, plateformes qui mobilisent des publics et tranches d’âge très larges au Brésil. Dans un pays où les citoyens s’informent en grande majorité sur les réseaux sociaux, le manque de transparence de ces plateformes numériques devient problématique. L’équipe de Lula accuse Meta de traitement inégal et l’algorithme de refuser de générer du contenu qui lui soit favorable. Mardi 20 octobre, Lula a demandé à la justice de disqualifier son adversaire en raison d’une « manipulation algorithmique » de Meta, tandis que Flavio Bolsonaro a fait de même, évoquant un « abus de pouvoir » de sa chaîne WhatsApp.

Après un ultimatum de la part du TSE, le comité de surveillance de Meta a reconnu qu’il y avait eu des lacunes dans l’application des règles de l’entreprise aux comptes publicitaires du président Lula. Dans un communiqué, cet organisme a qualifié d’« excessives » les restrictions imposées à la campagne du candidat à sa réélection. Un mea culpa qui arrive tard, car dans le rythme effréné de la campagne, « les conséquences se sont déjà fait sentir » selon Rafael Evangelista, chercheur et conseiller du Comité de Gestion d’Internet au Brésil. 

« Le modèle de ces plateformes ne récompense pas la qualité éditoriale ou l’enquête journalistique mais simplement la visualisation, note Rafael Evangelista. Elles stimulent une information sensationnaliste, de théorie de la conspiration et de distorsion de l’information qui abîment le débat politique. » À la veille du dernier débat présidentiel avant le second tour, les partisans de Lula ont lancé une campagne en ligne pour demander une vérification des informations en temps réel. Pour l’heure, les équipes des deux candidats n’ont pas accepté de telles règles.

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