Xenia a quitté son pays, la Russie, et habite en Ukraine : "Je ne me sens pas comme une étrangère"

X.K. "Parce que cet endroit incarne parfaitement le peuple ukrainien. Pour une raison que j’ignore, je ne me sens pas comme une étrangère ici. Ici, je ressens la force et la puissance du peuple ukrainien".
Pourquoi êtes-vous en Ukraine ?
X.K. "Mon mari est ukrainien. Ses parents ont déménagé en Russie quand il avait cinq ans, et il y a vécu. Nous nous sommes rencontrés et mariés là-bas. Il a toujours voulu vivre en Ukraine ; c’est le seul endroit où il se sent chez lui. Mais je lui ai dit que ce ne serait jamais possible, car la Russie est ma patrie, ma famille y est, j’ai beaucoup de frères et sœurs, ils sont tout pour moi. Et quand la guerre a éclaté, il a dit que tôt ou tard il partirait pour aider son peuple, sa patrie. En Russie, au début de la guerre, il travaillait. Il était avocat en Russie. Il a commencé à apporter une aide juridique aux prisonniers de guerre ukrainiens. De ce fait, il est devenu lui-même accusé de travailler pour un État ennemi, c’est-à-dire pour l’Ukraine. Il a quitté le pays précipitamment, en une journée. J’ai fait mes valises en une semaine, j’ai tout vendu et je l’ai suivi".
Vous avez laissé votre famille en Russie…
X.K. "Toute ma famille est là-bas : ma mère, mon père, mes frères et sœurs, mais ils soutiennent tous le régime russe".
En tant que Russe, comment vivez-vous cette guerre provoquée par la Russie ?
X.K. "Eh bien, au départ, j’étais apolitique. J’ai toujours été patriote. Les premiers jours, j’étais dans le déni, je me disais qu’une telle chose était impossible, que mon pays ne pouvait pas attaquer qui que ce soit. Et puis, des images terrifiantes ont commencé à apparaître de Boutcha, d’Izyum, d’Arpen… C’était comme si plus rien ne pouvait être justifié. J’étais si profondément bouleversée, c’était comme si mon pays m’avait trahie. Je suis du genre à essayer de voir le bon côté des choses. Malheureusement, il est impossible de voir la guerre d’un bon œil. Mais pour garder le moral de ma famille et de mes enfants, pour qu’ils ne se découragent pas, j’essaie, bien sûr, de rester positive".
Comment viviez-vous les bombardements russes ici en Ukraine ?
X.K. "Je ressens une terrible injustice, comme si j’avais une mission : dire aux Russes la vérité. Bien sûr, je suis humaine. J’ai peur pour mes enfants, mais je comprends mon mari et pourquoi il est ici. Je sais que son pays a besoin de lui, et je veux être avec lui car il est en mission importante. Il a l’obligation d’être ici. Je crois que tout homme ukrainien se doit de défendre son pays. Et je suis avec lui, et nos enfants sont ici aussi. C’est notre destin. Mais je prends toutes les précautions nécessaires, bien sûr, et j’essaie de protéger mes enfants autant que possible".
Je ne crois pas aux élections en Russie
La Russie organise des élections législatives, allez-vous voter ?
X.K. "Je ne crois pas aux élections en Russie. Pour moi, ce n’est qu’une mascarade. Le seul parti, Iabloko, qui ait jamais prôné la paix et s’est opposé à la guerre, a été exclu des élections. Et au fond, la Russie propose la même chose, sous différentes formes. Il n’y a aucun choix. Et tout cela n’est qu’un prétexte pour semer la confusion chez les Russes et créer une illusion, comme s’ils faisaient un choix. Mais en réalité, cela ne date pas d’hier".
Pourquoi pensez-vous que Vladimir Poutine agit ainsi ?
X.K. "Je pense que ce pouvoir l’a complètement submergé. Et comme il est très âgé, il n’a plus rien à perdre dans la vie et souhaite simplement entrer dans l’histoire comme un conquérant, un empereur. Parfois, je me dis qu’il est tout simplement devenu fou".
Espérez-vous rentrer en Russie ?
X.K. "Même si mes relations avec ma famille sont pratiquement détruites par les opinions polarisées sur la situation actuelle, j’aimerais, bien sûr, pouvoir les serrer tous dans mes bras un jour. J’aimerais aussi m’adresser aux peuples européens. Il ne faut pas qu’ils se laissent tromper par la Russie qui prétend que si vous cessez de soutenir l’Ukraine, tout se terminera très vite et le calme reviendra. Le calme ne reviendra pas, rien ne s’arrêtera, tout ne fera que recommencer. En réalité, l’Ukraine se bat aujourd’hui non seulement pour son indépendance, sa liberté et sa démocratie, mais aussi pour la démocratie de toute l’Europe. Et nous devons l’aider autant que possible. Désormais, aider l’Ukraine n’est plus un acte de charité, mais une mesure nécessaire pour que l’Europe elle-même reste en sécurité et ne vive pas en guerre, comme c’est le cas actuellement pour l’Ukraine. Autrement dit, l’Ukraine s’est dressée pour nous protéger tous. Je tiens à m’adresser aux Européens. Réfléchissez : ce n’est pas si loin, l’Ukraine. En réalité, c’est tout près de chez vous. La Russie est tellement assoiffée de sang, elle est devenue un tel monstre, qu’elle pourrait facilement atteindre l’Europe. C’est pourquoi nous devons unir nos forces et aider l’Ukraine autant que possible".
Vous sentez-vous en sécurité ici ?
X.K. "Si l’on parle d’actions militaires, alors bien sûr que non. Si l’on parle de l’attitude des Ukrainiens à mon égard, alors oui, je me sens parfaitement en sécurité".
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.