Du ZEvent à CAP48Heures : comment les streamers révolutionnent la collecte de dons

Pour sa 5e édition, CAP48Heures réunira pendant 48 heures des streamers, créateurs de contenu et passionnés de gaming autour d’un même objectif : récolter un maximum de dons en faveur des jeunes en difficulté. Un format qui n’existait pas il y a dix ans, et que le ZEvent a largement contribué à faire émerger comme une nouvelle forme de philanthropie.
ZEvent : dix ans pour inventer un nouveau format de collecte
Le ZEvent vient de tirer sa révérence après dix ans d’existence, avec un dernier record : près de 33 millions d’euros récoltés en trois jours. Le principe est toujours à peu près le même : pendant un temps limité, des créateurs se mobilisent en direct, chacun sur sa chaîne, mais autour d’une même cause et d’une même collecte. C’est cela que le ZEvent a véritablement contribué à créer : un nouveau format de collecte.
Pour comprendre pourquoi il fonctionne, il faut d’abord comprendre ce qu’est devenu le streamer. Ce n’est plus simplement quelqu’un qui joue aux jeux vidéo devant une caméra. Les créateurs sont devenus des médias à part entière : ils peuvent réunir des centaines de milliers de personnes autour d’un événement, d’une personnalité… ou d’une cause.
Twitch et le direct : quand donner devient un acte collectif
Le ZEvent a précisément utilisé cette capacité de mobilisation et a trouvé sur Twitch un terrain particulièrement favorable. Les spectateurs y ont déjà l’habitude d’interagir avec leur créateur. Le don caritatif ne vient donc pas interrompre leur usage de la plateforme : il s’y insère naturellement. Le direct ajoute une autre dimension : le compteur progresse sous les yeux des spectateurs, les dons peuvent déclencher des défis, des animations ou des objectifs. Le donateur n’est plus seulement celui qui verse de l’argent — il voit son geste, parfois son nom, apparaître à l’écran et participe à ce qui se passe.
C’est une manière beaucoup plus active de donner. Et surtout, le don devient collectif. Dans une collecte traditionnelle, chacun reçoit son appel aux dons et décide, seul, de répondre ou non. Ici, des centaines de milliers de personnes regardent le même compteur progresser. On voit les autres donner, on voit les objectifs se rapprocher, on entend les streamers mobiliser leurs communautés. La mobilisation via ce canal grandit ainsi chaque année.
La confiance passe par le streamer, pas par l’institution
Le gaming devient un formidable moteur de solidarité, mais selon une mécanique de confiance inédite. Traditionnellement, on donne à la Croix-Rouge, à Médecins sans frontières ou à une fondation connue parce qu’on en reconnaît la réputation. Le ZEvent fonctionne différemment : la confiance ne passe pas d’abord par l’association, elle passe par le streamer. Ces créateurs entretiennent avec leur communauté une relation régulière, suivie pendant des mois ou des années. Lorsqu’ils proposent de soutenir une cause, le don s’insère dans une relation qui existe déjà.
Ces marathons caritatifs ont aussi démontré la puissance du micro-don. Le don moyen y est d’environ 18 euros, très loin des quelque 100 euros observés dans les collectes traditionnelles. Pourtant, année après année, les records tombent. Le dernier Baromètre de la philanthropie de la Fondation Roi Baudouin éclaire ce paradoxe : l’augmentation des revenus issus des dons ne s’explique pas principalement par une hausse du montant moyen versé, mais par une augmentation du nombre de dons. La croissance de la philanthropie passe davantage par la multiplication des donateurs que par l’apparition de grands mécènes.
Les jeunes adultes, nouveaux visages de la générosité
Ces marathons caritatifs présentent un autre atout majeur : le renouvellement générationnel. Les grandes associations savent depuis longtemps que leurs donateurs sont vieillissants. Or, ces événements mobilisent massivement les jeunes adultes, avec une moyenne d’âge estimée entre 20 et 25 ans. Les données belges vont dans le même sens : selon le Baromètre, six Belges sur dix ont effectué un don en 2025, et les 18-34 ans sont les plus nombreux à déclarer avoir augmenté leurs dons et les plus enclins à envisager une générosité encore plus importante à l’avenir.
Le streaming caritatif ne fait donc pas que collecter de l’argent : il fait entrer de nouveaux publics dans l’univers du don.
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