Elle voyait des morts et leur tirait dessus : ce que les médecins ont découvert aux urgences est sidérant !

À son arrivée aux urgences, la sexagénaire ne semble pourtant pas particulièrement agitée. Elle est calme, parfaitement éveillée et demande même à rencontrer un psychiatre. Elle affirme avoir été confrontée à des apparitions et explique avoir tiré sur des « gens morts ».
Aucun antécédent psychiatrique connu
Pour les médecins, le tableau est déroutant. S'agit-il d'un épisode psychotique ? D'une maladie neurologique ? D'un trouble psychiatrique apparu tardivement ? Une chose est certaine : cette femme semble souffrir d'hallucinations visuelles particulièrement impressionnantes. Mais avant de l'orienter vers un service psychiatrique, les médecins décident de creuser un peu plus. Et ils vont rapidement découvrir que la réponse ne se trouve peut-être pas dans son cerveau, mais dans sa pharmacie.
Lors de l'examen clinique, rien ne semble vraiment expliquer son comportement. La patiente présente simplement une hypertension artérielle. Elle raconte souffrir de plusieurs maladies chroniques : hypertension, diabète, insuffisance cardiaque et douleurs lombaires persistantes. En revanche, elle ne présente aucun antécédent psychiatrique connu.
Les médecins prescrivent alors des analyses sanguines et un dépistage toxicologique. Les résultats révèlent une légère acidose métabolique, autrement dit un déséquilibre caractérisé par une acidité excessive du sang. Mais c'est surtout le dépistage toxicologique qui attire leur attention : le taux de salicylates dans son organisme est anormalement élevé. Ces substances sont notamment présentes dans l'aspirine.
Interrogée sur une éventuelle prise de médicaments, la patiente finit par livrer une information qui va totalement changer la compréhension de son cas.
Le médicament du quotidien devient le suspect numéro un
Depuis plusieurs semaines, elle avale plus de 15 comprimés d'aspirine par jour. Chaque comprimé contient 500 mg de principe actif. Elle absorbe donc quotidiennement plus de 7,5 grammes d'aspirine, dans l'espoir de soulager ses douleurs. Les médecins comprennent alors qu'ils sont probablement face à une intoxication chronique à l'aspirine.
Un autre détail vient renforcer leurs soupçons : la patiente souffre également d'acouphènes, des sifflements ou bourdonnements persistants dans les oreilles. Ce symptôme est caractéristique d'une intoxication à l'aspirine. Le diagnostic se précise petit à petit. Ses hallucinations ne seraient pas liées à une maladie psychiatrique, mais à une consommation excessive et prolongée d'un médicament qu'elle pensait probablement inoffensif.
Arrivée aux urgences, la patiente, parfaitement calme et lucide, a demandé à voir un psychiatre. © New Africa, Adobe Stock
Après avoir consulté le centre antipoison du Michigan, l'équipe médicale décide de lui administrer du bicarbonate de sodium par voie intraveineuse. L'objectif est d'alcaliniser le sang et les urines afin de favoriser l'élimination des salicylates par les reins. En augmentant le pH des urines, ce traitement permet notamment de limiter la réabsorption de ces substances et d'accélérer leur évacuation.
Et les résultats ne tardent pas. En quelques heures, le taux de salicylates dans le sang a commencé à diminuer. Puis, au cours des 48 heures suivant l'admission de la patiente à l'hôpital, les acouphènes et les hallucinations ont progressivement disparu. La patiente a finalement pu rentrer chez elle, sans même avoir eu besoin de consulter un psychiatre.
Quand une intoxication imite une maladie psychiatrique
Cette affaire, rapportée dans la revue scientifique Clinical Practice and Cases in Emergency Medicine, rappelle à quel point une intoxication médicamenteuse peut parfois prendre des formes inattendues. En cas de surdosage, l'aspirine peut provoquer des troubles digestifs, respiratoires, métaboliques et neurologiques. Une exposition prolongée à des doses excessives peut notamment entraîner une intoxication chronique aux salicylates, dont les manifestations diffèrent parfois de celles d'une intoxication aiguë.
Les auteurs rappellent que des hallucinations visuelles ont déjà été rapportées par des patients souffrant d'une intoxication chronique aux salicylates, même si ce symptôme est beaucoup moins connu que les acouphènes ou les troubles digestifs. Ils avancent notamment l'hypothèse d'une altération de la barrière hémato-encéphalique, qui pourrait favoriser le passage de substances du sang vers le cerveau après une exposition prolongée.
Une leçon pour les médecins… et pour les patients
Pour les auteurs de ce rapport, cette histoire illustre un piège diagnostique : face à un patient qui présente des hallucinations ou des symptômes psychotiques, il ne faut pas systématiquement conclure à un trouble psychiatrique. Une intoxication médicamenteuse peut parfois se cacher derrière des manifestations neurologiques particulièrement déroutantes.
Et le responsable n'est pas toujours une substance illicite ou un médicament rare. Il peut aussi s'agir d'un produit aussi courant que l'aspirine, acheté librement en pharmacie. Dans cette histoire, les personnes que cette femme pensait voir n'étaient peut-être que le fruit d'une intoxication. Mais pour elle, la peur était bien réelle. Et le plus étonnant reste sans doute le point de départ : un médicament pris par beaucoup pour soulager une simple douleur.
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