Mégaprocès de gangs | Arrêté pour meurtre alors qu’il était sur écoute

William Beauvais-Bazile se souviendra longtemps du 18 juin 2024. Sans savoir qu’il était sur écoute, l’homme dans la vingtaine parle au téléphone avec son ami Jordy Sanon, surnommé JBO. Leur bavardage est interrompu par des policiers venus arrêter Beauvais-Bazile à son domicile.
Publié à
Cette soudaine arrestation survient lors d’une conversation téléphonique présentée au jury au mégaprocès Mécano. William Beauvais-Bazile, Omed Jafar, Johnny Odiesse, Romuald Surin, Bradley Phanord-Barthelus et Jack Shehata sont accusés des meurtres de trois personnes : Noël Garcia Frias, Justice Owusu Tajudeen et Christopher-Shawn Jean Vilsaint. En trame de fond, une guerre de gangs : les Flame Head Boys et le 24 Gang de Laval auraient comploté contre leurs rivaux, le gang Downtown Project et leurs alliés, d’après la Couronne.
Plusieurs accusés étaient sur écoute au cours de l’enquête. Les interlocuteurs dans l’échange suivant seraient William Beauvais-Bazile, alias Migo, et un homme surnommé JBO. Il s’agirait du surnom du rappeur Jordy Sanon, a mentionné une témoin plus tôt dans le procès.
« Tu dormais ou quoi ? Qu’est-ce que tu fais en fin de semaine ? », questionne Sanon.
« Ben yo j’fais mes affaires man », répond Beauvais-Bazile en bâillant.
Les deux hommes papotent de divers sujets comme leur score Snapchat, un certain Jackboy, une possible provocation et l’alimentation de Beauvais-Bazile. Une banale conversation interrompue par… un policier.
« Police ! Tu touches à rien ! », crie un homme.
« C’est bon, c’est bon », répond Beauvais-Bazile, toujours en ligne avec son ami.
« Yo, tu te fais péter ou quoi ? », demande Sanon.
« Ouais », répond son ami.
Il ne raccroche pas immédiatement, si bien que les jurés ont pu entendre une parcelle de conversation entre les policiers et Beauvais-Bazile.
« Je vais t’expliquer un peu qu’est-ce qu’on fait ici. Les enquêteurs vont venir t’expliquer tout ça de fond en comble », se contente de dire ce qui semble être un agent.
Extrait de la conversation téléphonique
0:00
0:00
Onde de choc chez les Flame Head Boys
De multiples arrestations survenues en 2024 font jaser les accusés et leur entourage. Plusieurs membres de gangs semblent surpris et accablés. L’un d’entre eux déplore d’être maintenant seul et « quasiment mort », puisque son gang est « décimé. »
William Beauvais-Bazile et un de ses amis vont même jusqu’à dire au téléphone qu’il faudrait « une wing » juste pour eux, puisqu’il y a au moins une vingtaine « de gars de Laval » arrêtés en ce moment.
« C’est la merde dehors », se serait plaint Sanon au téléphone dans une autre conversation surveillée.
Lui et un ami semblent discuter d’une caméra qui aurait filmé l’un des meurtres. « C’est une caméra supposément qui a vu le zak (l’acte) qui disent que yo, Buck avait le même hoodie », pense Sanon, l’interlocuteur allégué.
« Le hoodie… Ouais, le shooter avait le même hoodie que lui avait dans une vidéo », ajoute l’autre homme.
Ce dernier lui explique qu’ils n’auraient pas dû écouter « l’Arabe » et qu’ils avaient été prévenus de ne pas brûler « l’affaire ».
« Même Jooz a dit de ne pas faire ça ! Ils n’ont pas voulu l’écouter », dit-il.
Jooz serait le surnom de l’accusé Johnny Odiesse, et Buck celui de l’accusé Romuald Surin, d’après une témoin de la poursuite. La Couronne avait présenté plus tôt dans le procès une vidéo du meurtre de la victime Christopher-Shawn Jean Vilsaint, alias Dirty S. On y voit deux hommes masqués faire feu en sa direction. Ils s’enfuient à bord d’une camionnette blanche. Un véhicule Dodge RAM blanc est retrouvé incendié le lendemain.
Hanté par la victime
Dans une autre discussion téléphonique, les interlocuteurs allégués sont un homme non identifié et l’un des accusés, Jack Shehata. Ce dernier semble désemparé face à la nouvelle des arrestations.
« On nous a mis l’œil. J’te jure, on nous a mis l’œil », déplore Shehata. « On avait vraiment pas besoin de ça live », dit l’autre homme.
La conversation prend une tournure ésotérique quand son ami lui confie que Christopher-Shawn Jean Vilsaint, l’une des victimes, est apparu pendant son sommeil. Il décrit ce cauchemar comme « le pire de sa vie ».
« J’ai rêvé à Dirty S. J’ai vu une bête qui a couru sur moi. Des vieilles affaires de sorcières. Une bête qui court derrière moi. Des vieilles bêtes, des bagay (affaires) de vaudou », révèle l’individu mystère. Il raconte avoir été ébranlé par ce rêve mystique où Vilsaint visite une cellule de prison pour faire un rap battle. Cet homme fait automatiquement le lien entre son rêve et les funérailles de Dirty S, qui étaient, selon lui, une cérémonie vaudoue.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.