Féminicides : un « recul incroyable » et « totalement inacceptable », déplore Ghazal

« Si chacune des Québécoises tuées par un homme parce qu’elle est femme depuis la dernière élection provinciale avait un siège à l’Assemblée nationale, elles formeraient un gouvernement majoritaire. »
C’est par ce sinistre constat, clamé par la chroniqueuse Manal Drissi dans un micro samedi au square Dorchester, à Montréal, que cinq organismes féministes ont lancé une manifestation pour que les violences faites aux femmes reçoivent davantage d’attention dans la campagne électorale.
Depuis de l'année au Québec, 17 féminicides présumés ont été commis, selon le décompte de la Coalition féministe contre la violence envers les femmes. Ce même décompte fait état de 61 féminicides entre 2024 et 2026.
Les organismes derrière la marche parlent même d'une crise nationale
en raison de niveaux sans précédent
de violence déclarée visant les femmes.

La manifestation a débuté au square Dorchester, puis elle s'est dirigée vers la place des Montréalaises, près de l'hôtel de ville.
Photo : Radio-Canada
C'est un recul incroyable, c'est totalement inacceptable
, a dénoncé la co-porte-parole de Québec solidaire (QS), Ruba Ghazal, seule aspirante première ministre présente lors de cette manifestation.
Mme Ghazal était accompagnée d'Yves Imbeault, père de Joanie Imbeault, tuée par son conjoint en juin 2025.
C'est important que tout le monde, qu'on soit un homme, une femme, que les familles, les Québécois, qu'on se mobilise pour cet enjeu des femmes qui meurent dans un contexte de violence conjugale.
Le masculinisme mis en cause
Lors de la marche, qui a rassemblé des centaines de manifestants, la co-porte-parole de QS a aussi condamné une montée du discours masculiniste, un discours haineux
de plus en plus présent dans les écoles, sur les réseaux sociaux
et qui soutient que la place des femmes c'est à la maison, puis que leur vie est liée à celle de leur conjoint
.
Ne restons pas assis au Québec en disant que l'égalité entre les femmes et les hommes est atteinte, parce que ce discours-là existe.
La solidaire a néanmoins salué l'adoption, par l'Assemblée nationale, de la loi Gabie Renaud en juin. Cette loi, nommée à la mémoire d'une victime de féminicide, permet aux femmes d'obtenir les antécédents en matière de violence conjugale de leur partenaire.
Il reste toutefois du travail à faire, selon Mme Ghazal, qui déplore qu'encore trop de femmes aient de la difficulté à trouver des places en maison d'accueil : seules 45 % des demandes ont été prises en charge cette année, selon l'organisme SOS violence conjugale.
On a la responsabilité d'agir collectivement pour que "pas une de plus" ne reste pas uniquement un slogan, mais que ça soit une réalité au Québec
, a affirmé Mme Ghazal lors d'un point de presse en marge de la marche.
Pour s'attaquer au problème, Québec solidaire propose d'investir 600 millions $ pour la construction de 1000 nouvelles places en maisons d'hébergement. Le parti souhaite aussi créer un système de signalement des cyberviolences envers les femmes, en plus de mettre sur pied un ministère des Femmes et de l'Égalité des genres.

La marche a été organisée par l'Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape, Femmes Autochtones du Québec, la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes, L'R des Centres de femmes du Québec et le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.
Photo : Radio-Canada
Qu'en pensent les autres chefs?
Alors que la manifestation battait son plein à Montréal, Christine Fréchette, Paul St-Pierre Plamondon et Charles Milliard se sont offerts un bain de foule au Festival western de Saint-Tite, tandis qu’Éric Duhaime participait à une manifestation contre le TGV à Rigaud.
Faute d'être présents à la marche, ils ont tout de même souhaité commenter le cri du cœur des organismes.
Je suis troublée par le fait que les féminicides semblent aller en croissant
, a mentionné la caquiste Christine Fréchette, à Shawinigan.
Celle qui a notamment travaillé au Conseil du statut de la femme pendant un peu moins de 10 ans s'explique mal ce recul
. Je veux qu'on mette tout en œuvre pour le stopper, ce recul [...]. Parce qu'on ne peut pas, comme société, accepter l'inacceptable
.
Pour y arriver, la cheffe de la CAQ mise notamment sur les équipes d'intervention mixtes, qui allient des policiers et des travailleurs sociaux. Elle soutient également que son parti a doublé
le budget du communautaire de 1 à 2 milliards $. Plus tôt dans la campagne, elle avait aussi promis de construire huit nouvelles maisons d'hébergement.
Le libéral Charles Milliard a également qualifié de totalement inacceptable
le nombre de féminicides cette année, tout en rappelant son engagement de bâtir 40 000 logements sociaux et abordables dans les 5 prochaines années, dont une large partie
doit servir de maisons de répit de 2ᵉ étape.
De son côté, le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, a reconnu que le message social sur l'inacceptabilité de la violence conjugale doit peut-être être plus fort
. Son parti s'était aussi engagé à répondre aux demandes du milieu
en créant six nouvelles maisons d'hébergement de 1ʳᵉ étape dans les régions prioritaires
.
Questionné sur sa stratégie pour contrer les féminicides, le Parti conservateur, pour sa part, a indiqué qu’il annoncerait quelque chose sur la loi et l’ordre
dans les prochains jours
.
Au Québec, les féminicides surviennent en majorité en contexte conjugal et sont le plus souvent commis par des hommes dans le cadre d’une relation hétérosexuelle.
Le désir de garder le contrôle sur l’autre et sur la relation (la possessivité), la jalousie, l’envenimement d’un conflit et l’autodéfense contre une agression sont les motifs des homicides conjugaux les plus souvent évoqués dans la littérature scientifique.
Si vous avex besoin d'aide :
- SOS Violence conjugale : 1-800-363-9010
- sos@sosviolenceconjugale.ca
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