"Trump nous a trahis" : en Arizona et au Texas, le ressentiment des électeurs latinos

Sur les chantiers que supervise Mario Guerrero, au Texas, des immeubles restent inachevés. À certains endroits, les travaux sont même à l’arrêt depuis plusieurs mois. La raison, explique franchement cet entrepreneur à nos envoyés spéciaux sur place : le manque de main-d’œuvre. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, des ouvriers ont été arrêtés sur leur lieu de travail par ICE, la police fédérale de l’immigration.
D’autres travailleurs n’osent plus venir au boulot, par peur de subir le même sort. Mario Guerrero avait pourtant voté pour le président républicain.
Cet Américain d’origine mexicaine, qui dirige également une association représentant les entreprises de construction du sud du Texas, parle aujourd’hui de trahison. "J’ai voté pour Trump pour qu'ils arrête les criminels. Mais maintenant ils arrêtent des gens qui n’ont aucun antécédent judiciaire, qui contribuent à la société, qui vivent au Texas... Vous détruisez des familles", dénonce-t-il dans notre reportage sur le terrain. Cette fois, il n'en peut plus, il votera pour des candidats démocrates.
Des expulsions qui heurtent jusqu’aux dans le camp conservateur
À plusieurs centaines de kilomètres de là, dans le sud-ouest de l’Arizona, les témoignages recueillis par l’AFP font écho à la colère de cette franche de la population.
À Somerton, une localité agricole presque entièrement latino, un jardinier qui avait choisi Donald Trump ne reconnaît plus les engagements du candidat. "Trump avait dit qu’il s’attaquerait aux criminels. Ce n’est pas ce qui s’est passé", dénonce cet homme d’origine mexicaine, qui témoigne anonymement. Il reproche aussi au président les opérations qui aboutissent à l’expulsion d’immigrés sans casier judiciaire. Mais sa rupture avec le trumpisme ne profitera pas nécessairement aux démocrates : il compte s’abstenir.
Autre lieu, dans son salon de coiffure, Jaime Sanchez hésite encore. Ce barbier de 52 ans avait voté républicain par opposition à l’avortement et par attachement aux "valeurs familiales". Les expulsions de parents et le risque de les séparer de leurs enfants américains le rendent désormais perplexe. "Dans une famille qui n’est pas unie, il y a plus de dangers : plus de gangs, plus de drogues, parce qu’il n’y a pas de figure de référence pour les guider", explique-t-il à l’AFP.
Le pouvoir d’achat, autre promesse déçue
À la politique migratoire de Trump s’ajoute le mécontentement économique. Au Texas, Irma Gonzalez le constate dans sa petite fabrique de tortillas, au fil des discussions avec ses clients. "L’économie va mal, les prix augmentent chaque jour, l’essence aussi. Et les gens ont peur. Au fond, tout le monde veut désormais un changement", témoigne-t-elle auprès de la RTBF.
En Arizona, Fernando Nuñez dresse le même constat auprès de l’AFP. Il y a deux ans, ce jeune Américain de 22 ans faisait du porte-à-porte par plus de 40 °C pour aider Donald Trump à reconquérir la Maison Blanche. Il espérait une baisse des prix et la fin des engagements militaires à l’étranger.
Aujourd’hui, ce commercial dans la téléphonie, qui gagne 1600 dollars par mois, dénonce le coût de la vie. "L’essence, l’assurance (ndlr : santé), la nourriture : tout a augmenté et c’est plus cher que jamais", affirme-t-il. Il reproche aussi au président la guerre contre l’Iran et le manque de transparence autour du dossier Epstein. Le 3 novembre, il votera pour des candidats indépendants.
Un désaveu qui ne garantit pas un retour vers les démocrates
Ces déceptions touchent des territoires où Donald Trump avait nettement progressé en 2024. Selon les éléments rapportés par l’AFP, il avait remporté le comté de Yuma, où vit Fernando Nuñez, avec vingt points d’avance. À Somerton, localité habituellement acquise aux démocrates, environ 40% des électeurs avaient voté pour lui. Pour le maire démocrate Gerardo Anaya, ce résultat traduisait surtout un rejet de l’inflation sous Joe Biden et des arrivées de migrants à la frontière. "C’était donc davantage un vote sanction", analyse-t-il auprès de l’AFP.
Le mécontentement actuel des latinos américains ne signifie toutefois pas que ces électeurs renoueront durablement avec les démocrates.
À San Luis, ville voisine, le pasteur évangélique José Manuel Castro observe lui aussi la déception de ses fidèles. Mais ce conservateur de 75 ans estime que les positions démocrates sur l’avortement et les droits des personnes transgenres restent un obstacle pour une partie d’entre eux.
Entre vote démocrate, choix indépendant et abstention, les témoignages recueillis au Texas et en Arizona dessinent ainsi plusieurs trajectoires : la désillusion envers Donald Trump ne se transforme pas automatiquement en adhésion à ses adversaires.
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