ÉDITO | Le député mystère qui a voulu faire libérer un prisonnier et qui embarrasse Bruxelles

Mon téléphone sonne et j’ai un député en ligne. Il me dit : « Bonjour. Écoutez, je connais une personne qui est en prison. Est-ce que vous pourriez la faire libérer ? » Cette petite phrase lâchée par le procureur du Roi de Bruxelles a déclenché une cascade de réactions ce week-end. Le contexte : Julien Moinil participait à une conférence-débat organisée par nos confrères du « Soir ». Celui qui n’a pas sa langue en poche est alors interrogé sur un éventuel problème de probité dans la politique bruxelloise. Et c’est là qu’il lâche sa petite phrase, qui est commentée dans tous les états-majors des partis.
Car, un peu partout, les questions sont les mêmes. De qui parle-t-il ? Est-ce un député de nos rangs ? La seule info qui transpire est le sexe de l’individu : c’est visiblement un homme, puisque Julien Moinil a enchaîné : « Je suis curieux, alors j’ai vite été voir de qui il s’agissait. J’ai gentiment expliqué à Monsieur qui était Anne-Marie Lizin, pour ceux qui ont la référence » (l’ancienne bourgmestre de Huy et présidente du Sénat écrivait souvent au monde judiciaire, NdlR).
Révéler son nom
Cette séquence suscite un certain malaise à plusieurs égards. Tout d’abord par la légèreté avec laquelle le procureur du Roi lâche une information pourtant très grave, qui peut s’apparenter à une tentative de trafic d’influence dans le chef du député concerné. Ensuite, visiblement, il n’y a eu aucune suite judiciaire derrière tout cela. Enfin, autant dire que tous les députés de sexe masculin parmi les 89 que compte l’hémicycle bruxellois sont scrutés de près, avec une question sous-jacente : lequel est-ce ?
Dans cette affaire, Julien Moinil en a dit trop… ou pas assez ! Car, en agissant de la sorte, il jette, quoi qu’on en dise, l’opprobre sur l’ensemble des parlementaires régionaux masculins. Plusieurs responsables politiques, comme l’ancienne ministre Ecolo Zakia Khattabi ou Bernard Clerfayt (DéFI), ont ouvertement appelé à ce que le procureur du Roi dévoile le nom de la personne concernée. Même son de cloche chez Les Engagés, qui appellent à « faire toute la clarté » sur cette affaire.
Alors, soyons clairs, on ne peut laisser passer cela comme ça. La publicité du nom doit être faite. Pour que l’intéressé puisse être sanctionné politiquement, tout d’abord, à savoir par sa propre formation politique et/ou l’institution où il siège. Pour que d’éventuelles poursuites pénales puissent avoir lieu, si elles s’avèrent nécessaires au regard de la loi. Pour que les gens, les électeurs, soient pleinement informés du comportement de l’élu à qui ils ont donné leur voix lors des élections.
C’est là une exigence de transparence, d’intégrité en politique et, peut-être également, une question de justice.
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