« J’achète des maisons… CA$H » | Un fraudeur soutire plus de 1 million à huit propriétaires

« J’achète des maisons cash ! ». Attirant ses victimes grâce à ce slogan scandé à la radio ou sur des affiches, un escroc leur a soutiré plus de 1 million de dollars dans des fraudes immobilières. Constantin Niphakis a été reconnu coupable, lundi, au grand soulagement de ses victimes.
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« Il a abusé de la confiance de tout le monde. Il a menti sur toute la ligne. C’est un arnaqueur de luxe. De A à Z », a pesté Eugène St-Germain, en mêlée de presse. L’homme de 78 ans était néanmoins heureux lundi que justice soit finalement rendue après 10 ans de bataille.
« Quand j’ai réalisé que je n’allais pas être payée, j’ai commencé à me battre. J’ai compris que je pouvais être forte », a commenté Carol Ringrose, qui a perdu près de 100 000 $.
Constantin Niphakis, un Lavallois de 46 ans, a été reconnu coupable au palais de justice de Montréal de huit chefs d’accusation de fraude, à l’égard de huit victimes.
Le fraudeur a sévi dans les années 2010 dans le Grand Montréal. Son entreprise était exploitée sous le nom : « J’achète des maisons… CA$H ». Six des huit victimes, dont Eugène St-Germain, l’ont contacté après avoir entendu sa publicité à la radio ou ailleurs.
« Ça disait : que ce soit un héritage, une maison brisée, un feu, n’importe quoi, on achète toutes sortes de maisons. C’était le message à la radio. Ma sœur était décédée. Je n’avais pas le temps de rénover une maison. Je me suis dit : tiens, c’est peut-être la solution », relate M. St-Germain.
Constantin Niphakis proposait à ses victimes de leur acheter leur maison immédiatement. L’entente était généralement la suivante : verser la moitié de la somme à la signature, puis le reste un an plus tard, après avoir effectué des rénovations.
Or, Constantin Niphakis disparaissait dans la brume après avoir versé la somme initiale, et sans jamais accomplir les travaux promis. Les victimes n’arrivaient plus à le contacter, malgré leurs nombreuses tentatives.
PHOTO LOUIS-SAMUEL PERRON, LA PRESSE
Eugène St-Germain
Au départ, tout semblait pourtant légitime, selon Eugène St-Germain.
« On passait chez le notaire. Je me disais qu’il n’y avait pas de problème. Je me considère comme une personne intelligente », explique-t-il, en mêlée de presse.
Chez le notaire, certaines victimes, dont M. St-Germain, se voyaient accorder une hypothèque de deuxième rang. Mais le notaire, Me Shawn Kupfert, ne leur expliquait pas les dangers associés à l’inscription d’une telle hypothèque, selon un jugement civil de la Cour supérieure.
Ainsi, le notaire a rassuré une victime en lui disant que son paiement était « protégé ». Mais ce n’était pas le cas.
Car avant de passer chez le notaire, Constantin Niphakis contractait une hypothèque de premier rang auprès d’un prêteur privé. Quand l’accusé ne remplissait pas ses obligations (comme payer ses taxes), c’est le prêteur privé détenant l’hypothèque de premier rang qui récupérait la maison, laissant les victimes sans le sou.
« Ça démontre encore plus, selon nos prétentions, que M. Niphakis n’avait jamais l’intention de remplir ses engagements », a commenté Me Rami EL-Maoula, procureur de la Couronne, en mêlée de presse.
Me Kupfert – qui n’a pas été accusé au criminel – a conclu un règlement avec le Fonds d’assurance responsabilité professionnelle de la Chambre des notaires du Québec, sans reconnaissance de culpabilité
Des victimes « crédibles »
La juge Julie Riendeau a retenu les témoignages « fiables et crédibles » des huit victimes.
Selon la juge, la répétition du modus operandi est déterminante dans ce dossier, car cela démontre qu’il ne s’agit pas seulement d’un projet d’affaires qui s’est mal terminé ou d’un cas de négligence. « Il ne pouvait pas ne pas savoir que les victimes allaient subir des pertes », a-t-elle conclu.
Certaines victimes, dont Eugène St-Germain, ont eu gain de cause devant les tribunaux civils. Néanmoins, ni M. St-Germain ni Mme Ringrose n’ont espoir de récupérer leur argent.
L’audience pour déterminer la peine aura lieu l’an prochain. La peine minimale pour une fraude de plus de 1 million de dollars est de deux ans de pénitencier.
Dans un autre dossier, Constantin Niphakis et Mark Blumenthal ont été acquittés de fraude, le mois dernier.
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