Édouard Philippe essaie de ne pas buter sur les retraites

Édouard Philippe a enfin présenté cette semaine son projet de réforme des retraites. Le candidat Horizons à la présidentielle était très attendu sur cette question sensible depuis qu'il avait évoqué la possibilité de fixer l'âge de départ à 67 ans. Finalement, il place la barre à 65 ans mais sa réforme reste orientée vers la recherche d'économies avec des mesures difficiles, au risque de ne pas faire adhérer les Français.
Ce que défend Édouard Philippe, c'est que son projet de réforme des retraites est « responsable pour tous, juste pour chacun ». Une manière de dire que tous ceux qui l'accusent de ne proposer que « du sang et des larmes » à ses concitoyens ont tort. L'ancien Premier ministre veut certes rester sur son créneau, celui du courage, et « dire la vérité » aux Français sur la nécessité de travailler plus longtemps pour permettre au système de retrouver l'équilibre et préserver les retraites des générations futures. Mais cela ne veut pas dire qu'il est prêt à prendre des risques inconsidérés en bousculant les Français au-delà de l'acceptable. Son choix de proposer un âge légal de départ à 65 ans plutôt que 67, comme il l'avait en effet envisagé, montre qu'il a écouté ceux qui le mettaient en garde contre un trop grand jusqu'au-boutisme et le risque d'une glissade irrécupérable dans l'impopularité. À commencer par Gérald Darmanin, qui veut être dans sa campagne le garant de la fibre sociale. Dans l'entourage d'Édouard Philippe, on le reconnait, le projet de réforme des retraites a été élaboré avec le garde des Sceaux.
Le bon moment ?
Était-ce le bon moment pour présenter son projet sur les retraites ? On peut se poser la question. Le candidat a fait ses annonces alors que l'espace médiatique était saturé par les révélations de Médiapart sur Jordan Bardella, au risque de passer sous les radars. Mais dans l'équipe du maire du Havre, on explique qu'Édouard Philippe « respecte son calendrier » pour pouvoir « avancer », traduction : il n'y a pas de bon moment pour les mauvaises nouvelles, il fallait trancher sur ce dossier sur lequel il était attendu.
Quel impact sur sa campagne ?
Cette séquence retraites est très organisée pour faire de la pédagogie dans les médias, faire prendre la lumière au candidat et tenter de dynamiser une campagne qui, à en croire plusieurs sondages, était en train de patiner. Mais un ministre s'interroge sur cette réforme des retraites qui n'apporte pas de rupture : « J'ai vu plus sexy comme entrée en matière. Donner des réglages, en mois, en années, c'est techno et ce n'est pas un techno qui sera président ». Une manière de dire qu'une réforme des retraites responsable, même bien expliquée, ça ne va pas faire rêver les Français qui attendent un projet de société.
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