L’État s’enrichit-il vraiment grâce la hausse des prix de l’énergie ?

Hélène Latzer, professeure d’économie à l’UCLouvain, estime aussi que le calcul global est complexe à faire et qu’il devrait porter au-delà des rentrées supplémentaires directes sur les prix de l’énergie. "Qui dit prix à la pompe plus cher signifie éventuellement diminution de la consommation sur d’autres produits. Donc de la TVA qui rentre moins sur d’autres types de biens, puisque quand on consomme moins, il y a moins d’unités achetées. Et donc les revenus de la TVA sur ces autres biens peuvent éventuellement diminuer en parallèle à ces revenus qui augmentent sur les prix à la pompe".
Interrogé par Het Laatste Nieuws, l’économiste flamand Gert Peersman indique également que cette augmentation des prix risque aussi d’amener les gens à changer leurs habitudes : "Ils laissent plus souvent la voiture au garage ou baissent le thermostat d’un degré. Résultat : les recettes des accises (un montant fixe payé par unité consommée) chutent. De plus, la cherté de l’énergie freine la croissance économique. Au bout du compte, l’État perd plusieurs milliards de recettes fiscales."
Quand les prix à la pompe augmentent […] cela mène habituellement à une récession et à de l’inflation.
Hélène Latzer, professeur d’économie à l’UCLouvain
À moyen terme, c’est l’ensemble de l’économie qui reste d’être affectée par ce nouveau choc énergétique. "Quand les prix à la pompe augmentent, si ça perdure comme c’est ce qui est en train de se profiler ici, c’est très documenté, cela mène habituellement à une récession et à de l’inflation", estime Mme Latzer. "Quand il y a une récession, l’État dépense automatiquement plus puisqu’il y a des soutiens aux entreprises, il y a plus de personnes au chômage, il y a des transferts qui doivent être faits et l’État touche moins puisqu’il y a une diminution de la consommation. Donc la TVA baisse sur un certain nombre de biens et l’État touche également moins puisque qui dit plus de personnes au chômage, dit moins d’impôts qui entrent".
Cette inflation pourrait également accélérer le franchissement de l’indice-santé, ce qui déclencherait une indexation des salaires. Ce qui entraînerait aussi des charges supplémentaires pour l’État en termes d’allocations de chômage ou de paiements des pensions.
Des prix de l’énergie élevés entraînent aussi des augmentations des dépenses publiques à court mais aussi à moyen et à plus long terme. "La facture énergétique des administrations augmente. Et avec la hausse de l’inflation, l’État doit indexer les salaires des fonctionnaires, les pensions et les allocations. Parallèlement, les taux d’intérêt sur la dette belge repartent à la hausse. Tout cela coûte des centaines de millions supplémentaires", détaille également Gert Peersman de l’UGent.
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