Suisse, Vatican, une neutralité de plus en plus difficile à cultiver

Ce sont deux événements du moment. Ils montrent la difficulté de rester neutre dans les relations internationales et en géopolitique. Premier exemple hier dimanche en Suisse, avec un référendum justement sur la neutralité.
La neutralité fait partie de l’identité suisse depuis le milieu du XIXe siècle. Les citoyens étaient appelés ce dimanche à se prononcer par référendum sur un projet de renforcement de la neutralité du pays. Un projet qui prévoyait par exemple de limiter l’application de sanctions par la Suisse à celles décidées par l’ONU. Ces dernières années, le pays s’est associé aux sanctions européennes contre la Russie dans le cadre de la guerre en Ukraine. Ce projet a été rejeté par plus de 70% des votants, selon une ligne de partage très politique et même géopolitique.
Neutralité adaptée
Le projet était soutenu par le parti de droite nationaliste Union démocratique du centre, première force politique du pays et présenté comme pro-russe par les opposants au texte et notamment le gouvernement, qui sans grande surprise, ont eu gain de cause dans cette affaire. Il faut dire que la Russie a fait savoir publiquement son mécontentement à la Suisse. Le gouvernement et notamment le ministre des Affaires étrangères a lui plaidé pour une neutralité permettant de s’adapter aux circonstances politiques du moment, par exemple, collaborer avec l’Otan sans y adhérer. Pas simple, donc.
Ne froisser personne
Pas simple non plus le voyage du pape en France. Le Vatican est tout petit par sa superficie, mais il pèse lourd sur le plan diplomatique. Il assume souvent des missions de bons offices, par exemple traditionnellement entre les États-Unis et Cuba. Le pape est le chef spirituel de plus d’un milliard 400 millions de catholiques qui ne voient pas tous la religion de la même façon, certains étant plus libéraux ou plus conservateurs que d’autres. Il faut donc faire attention à ne froisser personne.
Laïcité
Et ce n’est pas facile en particulier en France. L’enthousiasme des foules qui ont participé aux différentes étapes de la visite jusque-là est réel. Mais il ne faut pas oublier que dans le pays qui a inventé une forme très particulière de laïcité souvent mal comprise ailleurs, plus de la moitié des habitants se déclarent sans religion. Il faut en tenir compte tout en faisant passer le message de l’Église, opposée la loi sur l'aide à mourir par exemple, réclamée depuis des années par l'opinion française. Il faut aussi tenir compte du contexte électoral et éviter la récupération politique. De nombreux candidats à la présidentielle tentent de se faire valoir pendant cette séquence papale.
Ligne de crête
Même chose aujourd’hui avec l’étape de Metz. Le pape aurait pu choisir Strasbourg et le Parlement européen. Il a préféré rendre hommage à l’un des pères de l’Europe, le Lorrain Robert Schuman, qui fait actuellement l’objet d’un procès en béatification. Mais la politique n’est jamais loin. Emmanuel Macron a invité l’ensemble des dirigeants des 27 pays membres de l’Union. Là aussi ce sera délicat. Le prédécesseur de Léon XIV, François avait dit qu’il fallait savoir hisser le drapeau blanc quand un pays est attaqué. Cela avait agacé les soutiens de l’Ukraine. Nouvelle illustration que la diplomatie et une certaine forme de neutralité sont une véritable ligne de crête dans un monde qui demande de plus en plus souvent de choisir un camp.
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