Des personnes itinérantes contraintes de dormir parmi la vermine dans Saint-Roch

Des rats grouillent par dizaines sur le parvis de l'église Saint-Roch, le soir venu, en particulier depuis quelques mois. Des voix s'élèvent aujourd'hui pour dénoncer les conditions de vie des personnes en situation d'itinérance, contraintes de passer la nuit et de manger à travers la vermine.
Stéphanie Langlois a l'habitude de venir en aide aux personnes vulnérables depuis quelques années. Quand j'ai le temps, quand je peux et que j'ai de l'argent pour le faire, je viens leur porter des cigarettes, des denrées et des vêtements
, raconte-t-elle en entrevue à Radio-Canada.
Il y a deux semaines, elle s'est retrouvée face à une situation désolante
dans les escaliers du parvis de l'église Saint-Roch. Ce soir-là, on est venus porter de la nourriture. Quelqu'un dormait avec un sac de couchage. Il y avait 15 rats qui mangeaient [autour de lui]. J'ai trouvé ça complètement désastreux.
Ce n'était pas la première fois qu'elle voyait des rongeurs près du parvis, précise-t-elle. Mais autant de rats, oui
. Choquée, elle a sorti son téléphone et filmé la scène.
J'ai vécu une grande tristesse. Je peux pas croire qu'on laisse des gens dans ces conditions-là.

0:19
La vidéo a été captée sur le parvis de l'église Saint-Roch, à Québec.
Photo : Gracieuseté
Citoyenne sensible à la cause des personnes en situation d'itinérance, Mme Langlois a décidé de partager sa vidéo avec Radio-Canada et de dénoncer les conditions de vie dans lesquelles elles sont plongées, faute d'un endroit où s'abriter.
Les ressources [d'hébergement] sont pleines
se désole-t-elle, une situation qui est aussi décriée par le milieu communautaire de Québec. À son tour, elle demande à la population de se mobiliser et d'aider selon leurs moyens.
Il ne faut pas penser non plus que les personnes en situation d'itinérance, c'est juste des gens qui veulent ça. Si tu prends le temps de leur parler, [tu réalises que] c'est souvent des accidents de travail, des femmes qui ont été violentées et des femmes qui ont été agressées sexuellement.
.

Comme citoyenne, Stéphanie Langlois vient en aide aux personnes vulnérables lorsqu'elle le peut.
Photo : Radio-Canada / Philippe L'Heureux
À lire aussi :
- La répression de l’itinérance fait des dégâts à Québec
- Face à la « crise » de l’itinérance, un organisme réclame un comité d’urgence à Québec
Ils nous sortent entres les jambes
Le récit de Mme Langlois est corroboré par divers intervenants du milieu communautaire.
Marie-Hélène Michaud, responsable du programme Le Marginal à la Société Saint-Vincent-de-Paul de Québec, organise des distributions alimentaires deux fois par semaine sur le parvis de l'église Saint-Roch depuis 2020. À bord d'un motorisé, elle y sert de 350 à 450 repas par sortie.
En parallèle, Mme Michaud accompagne des personnes marginalisées et réalise des interventions. Les rats nous sortent entre les jambes quand on est assis dans les escaliers. Ça passe entre nous et ça se promène entre les buissons. [...] Moi, les soirs que je suis là, en deux heures, ce sont des groupes de 50 rats qui se tiennent là
, rapporte-t-elle.

Le parvis de l'église Saint-Roch est infesté de rats, selon plusieurs témoins et organismes communautaires. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / David Remillard
En plus de servir des repas, Le Marginal offre des denrées alimentaires. Des bacs de fruits, de légumes et d'aliments non périssables sont placés sur des tables durant quelques heures. Mes bénévoles qui servent les denrées, c’est à côté des rats. Eux ont les pieds [dedans]
, ajoute Marie-Hélène Michaud.
La situation, poursuit-elle, aurait commencé à s'envenimer au cours de l'été. On voyait beaucoup de mamans rats avec plein de bébés rats.
D'ordinaire, elle voyait trois, quatre ou cinq
rats au cours d'une même soirée, mais jamais des dizaines comme elle en voit ces derniers temps. Ça monte jusqu'aux gens [qui dorment sur le parvis].
Elle s'inquiète maintenant de l'hygiène et des conditions de vie de ses usagers.
Mme Michaud convient que les rongeurs sont attirés par les aliments qui se retrouvent sur la place publique. Elle assure cependant que plusieurs personnes en situation d'itinérance font un effort de nettoyer les lieux au fur et à mesure. De son côté, Le Marginal s’assure de laisser l’endroit propre
après chaque sortie.
Si l'intervenante salue l'ajout d'une « brigade propreté » dans Saint-Roch, la Ville pourrait ajouter une escouade en soirée, croit-elle, en plus d'investir dans une intervention antiparasitaire dans le secteur.
La Santé publique fera des vérifications
Invitée à visionner la vidéo, Santé Québec Capitale-Nationale s'est engagée à faire un suivi de la situation.
À la lumière de cette vidéo, la Direction régionale de santé publique de la Capitale-Nationale procédera aux vérifications nécessaires et évaluera si des actions doivent être entreprises. Ce travail se fera en collaboration avec des partenaires concernés des milieux municipal et communautaire
, a-t-on déclaré par courriel.
Le cabinet du maire de Québec, Bruno Marchand, n'a pas commenté la situation directement. Il espère cependant que le nouveau gouvernement élu à l'Assemblée nationale remplira les promesses faites en matière d'itinérance lors de la campagne électorale.

Bruno Marchand, maire de Québec (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Il est inacceptable que des gens dorment dans la rue. Chaque personne doit pouvoir dormir sous un toit, en sécurité et recevoir un accompagnement approprié. Nous avons espoir que le nouveau gouvernement respectera son engagement et investira les sommes nécessaires pour le permettre
, a déclaré le cabinet par écrit.
D’ici là, la Ville collabore toujours avec les organismes communautaires et Santé Québec afin de bonifier l’hébergement d’urgence, tout comme elle demeure en action constante pour assurer la propreté du quartier. Nous sommes face à une crise de santé publique qui requiert des actions concertées, fortes et immédiates.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.