Turquie : raids visant la communauté LGBTQIA +, des associations appellent le gouvernement fédéral à réagir

"Dans le cadre des opérations + Ma famille est en sécurité + […], des poursuites judiciaires ont été engagées contre 162 suspects, 9 associations et 13 entreprises dans […] 15 provinces" dont celles d’Istanbul, d’Ankara et d’Izmir, les trois principales villes du pays, a écrit sur X le ministre turc de la Justice, Akin Gürlek.
Le ministre, selon lequel certaines des personnes interpellées sont accusées d'"obscénité" ou d’aide à la prostitution, a souligné que ces opérations s’inscrivent dans le cadre de "la Décennie de la famille" proclamée par le président turc Recep Tayyip Erdogan, et ce afin de "protéger nos enfants, l’institution familiale et l’ordre social".
A Istanbul, des policiers ont mené des descentes dans plusieurs bars gays et une boîte de nuit considérée comme un refuge de la communauté LGBT +, selon des images de médias pro gouvernementaux. Un hammam pour hommes, connu pour être un lieu de prostitution, a également été visé.
Selon les parquets d’Ankara, d’Istanbul et d’Izmir, cités par l’agence de presse étatique Anadolu, au moins 63 personnes ont été interpellées. Vingt et une d’entre elles l’ont été dans le cadre d’une enquête visant l’association de défense des droits des LGBT + Kaos GL, l’une des plus importantes du pays, accusée d’avoir partagé en ligne des contenus obscènes, selon le parquet d’Ankara. Kaos GL, dont les locaux ont été perquisitionnés, avait indiqué plus tôt que "près de 50 défenseur.euses des droits des personnes LGBTI + […] ont été placé.es en garde à vue ou font l’objet de procédures judiciaires impliquant des interrogatoires ou des gardes à vue" à travers le pays.
Le compte X de Kaos GL ainsi que ceux d’une quinzaine d’autres organisations et militants LGBT + avaient déjà été bloqués samedi en Turquie sur demande des autorités. 31 comptes X supplémentaires l’ont été dimanche, selon le décompte d’une association de défense de la liberté d’expression. Les autorités turques ont également rendu plusieurs sites internet inaccessibles et ont exigé le blocage de plusieurs dizaines de comptes Instagram et YouTube et de pages Facebook d’associations ou de militants LGBT +.
"Les droits LGBTI + sont des droits humains"
L’homosexualité n’est pas réprimée pénalement en Turquie, mais l’homophobie y est largement répandue jusqu’au sommet de l’Etat, le président Erdogan qualifiant régulièrement les LGBT + de "pervers" responsables du déclin de la natalité.
"La vague massive d’arrestations […] contre les militants #LGTBI marque une escalade choquante dans la répression en #Turquie. Cette imposition d’un agenda moral constitue une violation flagrante des droits fondamentaux et des engagements internationaux de la Turquie et entraîne le pays sur une voie obscure", a réagi sur X le rapporteur sur la Turquie au Parlement européen, Nacho Sanchez Amor.
"L’existence ne peut être interdite ni entravée. Les droits LGBTI + sont des droits humains !", a commenté de son côté la députée du parti de gauche prokurde DEM d’Istanbul Özgul Saki, en accusant le gouvernement islamo-conservateur au pouvoir depuis 2002 de "chercher à réduire la société à un seul mode de vie sous le couvert de + protéger la famille + "
Des associations appellent le gouvernement fédéral à réagir
Suite à cette vaste opération de répression, Prisme et çavaria, les coupoles des associations LGBTQIA + wallonnes et flamandes, ont interpellé dimanche le gouvernement fédéral en Belgique.
Dans un courrier adressé au ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot, les fédérations demandent à la Belgique d’intervenir auprès des autorités turques et de porter le dossier au niveau européen. Prisme et çavaria réclament notamment un suivi étroit des détentions et procédures judiciaires en cours, le respect des droits des personnes arrêtées, le soutien aux mécanismes de protection et d’assistance destinés aux défenseurs des droits humains ainsi que le maintien des financements internationaux à la société civile indépendante.
"Lorsqu’un pouvoir utilise une minorité comme cible pour restreindre les libertés publiques et le travail de la société civile, ce sont les droits humains et la démocratie dans leur ensemble qui sont menacés. La Belgique et l’Union européenne ont la responsabilité de réagir clairement et rapidement", écrivent les organisations.
Prisme et çavaria soulignent enfin que "les relations étroites" avec la Turquie donnent à la Belgique "des leviers pour faire entendre cette préoccupation".
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.