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Wednesday, October 7, 2026

The Social Reckoning : est-ce vraiment la suite de The Social Network ?

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Seize ans après la sortie de "The Social Network", le fondateur de Facebook Mark Zuckerberg est de retour dans "The Social Reckoning", écrit par le même scénariste. Mais est-ce vraiment une suite du film de David Fincher ?

Ça parle de quoi ?

Le film s'inspire de l'histoire vraie de Frances Haugen, une jeune ingénieure chez Facebook, qui sollicite l'aide de Jeff Horwitz, journaliste au Wall Street Journal. Ensemble, ils se lancent dans une enquête pleine de dangers qui les mènera à révéler au grand jour les secrets les mieux gardés du puissant réseau social.

Anti-social Network

En 2010, David Fincher et Aaron Sorkin créaient la surprise avec un film consacré au créateur de Facebook Mark Zuckerberg, qui avait fait se lever quelques sourcils au moment de son annonce : n'était-il pas trop prématuré de raconter l'histoire de la naissance d'un réseau social qui n'avait que quelques années ? Et surtout, que pouvait-on dire d'intéressant dessus ? A l'arrivée, The Social Network a mis tout le monde d'accord ou presque, avant de s'imposer comme le long métrage qui incarne le mieux la décennie précédente.

Seize ans et une pandémie plus tard, voici The Social Reckoning. Le scénariste est le même et il a été promu réalisateur, le titre ressemble et on retrouve Mark Zuckerberg dans cette histoire centrée sur les révélations faites par la lanceuse d'alertes Frances Haugen, bien aidée par le journaliste du Wall Street Journal Jeff Horwitz, sur la manière dont Facebook a favorisé la désinformation, la hausse de la haine en ligne, la montée d'idées d'extrême-droite et, entre autres, l'insurrection du Capitole le 6 janvier 2021.

"Je ne cherchais pas à revenir dans le monde de Facebook ou à faire une suite à The Social Network"

Est-ce alors cet événement, dont les images sont hélas devenues iconiques, qui a conduit Aaron Sorkin à replonger dans cet univers alors que la rumeur d'une suite de The Social Network est plus d'une fois revenue ? "J'ai toujours eu ce 6 janvier en tête", nous dit-il. "Mais je ne cherchais pas à revenir dans le monde de Facebook ou à faire une suite à The Social Network. Je cherchais juste une idée pour un film alors que je sortais d'une année de syndrome de la page blanche, à me taper la tête contre les murs sans pouvoir trouver ce que j'allais faire ensuite."

"Puis on m'a suggéré de rencontrer Frances Haugen, à qui l'on avait proposé d'écrire un livre ["La Vérité sur Facebook, ndlr], car cela pouvait m'intéresser. Je l'ai rencontrée, puis j'ai fait de même avec Jeff Horwitz... et là j'ai eu une idée pour un film." Mais à quel point peut-on parler de suite dans le cas de The Social Reckoning ? "Ce n'est pas une suite au sens conventionnel du terme. The Social Network parle de l'invention de Facebook, The Social Reckoning de ce que le réseau est devenu. Vous pouvez aussi le voir comme un autre film sur Facebook écrit par le même scénariste, avec un personnage en commun. Un peu comme si Henry Hill des Affranchis débarquait dans Casino."

Un Henry Hill qui n'aurait alors plus les traits de Ray Liotta mais ceux d'un autre acteur. Car Jesse Eisenberg est ici remplacé par Jeremy Strong, qui tient un rôle plus secondaire dans l'intrigue, les personnages principaux étant ceux joués par Mikey Madison (Frances Haugen) et Jeremy Allen White (Jeff Horwitz) qui, contrairement à Aaron Sorkin, n'ont pas rencontré leurs modèles respectifs : "Je n'ai pas encore rencontré Frances, mais j'ai hâte de le faire", nous dit la comédienne oscarisée pour son rôle dans Anora [l'interview a eu lieu avant l'avant-première au cours de laquelle la rencontre a eu lieu, ndlr].

“The Social Reckoning” stars Mikey Madison and Jeremy Allen White pose with their real-life counterparts — Facebook whistleblower Frances Haugen and investigative journalist Jeff Horwitz — at the film’s New York premiere. https://t.co/1D5sewpK84

— Variety (@Variety) October 4, 2026

"Dès le début, Aaron a très tôt été clair sur le fait sur le fait qu'il n'était pas intéressé par une représentation fidèle d'elle, sur les plans physique et vocal. C'est son histoire, par laquelle il a été inspiré, à laquelle il voulait donner vie sur grand écran, mais il m'a demandé de créer moi-même un personnage, ce qui est assez libérateur, sur certains aspects. Quand j'ai reçu le scénario, j'étais prête à me transformer, mais Aaron m'a dit que ce n'était pas ce qu'il recherchait, la première fois que nous nous sommes rencontrés. Il voulait que je joue le personnage que j'avais lu dans son script. Ça n'a pas été facile d'y parvenir tout de suite, car j'avais une vision en tête, mais ça m'a finalement donné plus de liberté, même si j'aurais été contente de devenir elle."

"Comme Mikey avec Frances, je n'ai pas rencontré Jeff Horwitz car Aaron m'avait demandé de ne pas le faire, sans me l'interdire non plus", ajoute Jeremy Allen White. "Moi quand je lui ai dit que j'avais lu ses mémoires, il a fait la moue mais a accepté, si c'était ce dont j'avais besoin", reprend sa partenaire. "Il était même prêt à organiser une rencontre avec Frances, si c'était vraiment ce dont j'avais besoin, et j'ai failli accepter, mais j'ai eu peur de tomber amoureuse d'elle au point que cela devienne difficile de ne pas réussir à la transposer dans mon personnage. Donc j'ai préféré attendre."

"Cela ajoute de la responsabilité, lorsque vous rencontrez la personne que vous allez jouer", complète Jeremy Allen White. "Vous voulez que votre compréhension d'elle soit basée sur l'histoire que vous racontez. Mais après la rencontre, cela devient plus trouble. Aaron nous a donc fait comprendre que ça n'était pas interdit, mais pas nécessaire non plus. Qu'il fallait lire l'histoire, trouver les informations dont on avait besoin et s'approprier le récit."

"Faire The Social Reckoning n'a fait que renforcer mon point de vue sur les réseaux sociaux"

Un récit qui lorgne davantage vers des histoires d'enquête journalistes telles que She Said ou Pentagon Papers, pour prendre des exemples récents, avec un peu de cinéma de Frank Capra dont Aaron Sorkin partage l'idéalisme (en plus de citer ouvertement Mr. Smith au Sénat). Sans oublier sa série The Newsroom, à laquelle on pense forcément devant The Social Reckoning qui, comme son prédécesseur à l'époque de sa sortie, se présente comme un miroir du monde polarisé dans lequel nous vivons actuellement. En nous faisant voir les réseaux sociaux d'un autre oeil. Ou en confirmant nos craintes et points de vue sur eux.

"Faire The Social Reckoning n'a fait que renforcer mon point de vue", affirme Aaron Sorkin. "Je n'ai pas de réseaux sociaux, à l'exception de ce compte Facebook que j'ai eu pendant que j'écrivais le film. Je n'étais déjà pas dingue d'eux avant, mais après avoir appris ce que j'ai appris en faisant mes recherches, j'ai eu la confirmation que c'était un mauvais quartier dans lequel se balader, un endroit dangereux." "Ma relation avec les réseaux sociaux n'a pas changé de façon drastique car j'ai toujours mis de la distance", ajoute Jeremy Allen White avec le même son de cloche que celui de son réalisateur.

"Mais quand je pense aux jeunes, et notamment mes enfants, qui grandissent dans un monde où ils sont partie-prenante de son fonctionnement et de nos façons de communiquer et trouver des informations, je trouve effrayant qu'ils n'aient pas cette possibilité de le comprendre sans. Peut-être que je suis un papy qui agite son poing vers le ciel, mais je n'en ai pas l'impression non plus. J'ai le sentiment qu'il va devenir de plus en plus difficile d'obtenir de vraies informations, et que cela va créer encore plus de distance entre les gens au fil de leur croissance et de notre attachement à eux."

Et ce tout en étant conscient qu'il n'est pas évident aujourd'hui d'esquiver les réseaux sociaux, lorsque l'on est acteur ou actrice, en termes d'image notamment. "N'ayant pas non plus de comptes, il y a beaucoup de choses auxquelles je n'ai pas accès me concernant, même s'il arrive que certaines finissent par arriver dans la sphère de ce à quoi j'ai accès", nous dit Mikey Madison. "Il y a aussi des choses que l'on m'envoie, comme mon frère pour se moquer de moi, ce qui est toujours sympa et humiliant (rires) Et je peux lire certaines critiques, car j'ai beaucoup de respect pour les journalistes de cinéma. Mais je parviens à beaucoup me protéger."

Sony Pictures Releasing France

"Et, nous concernant, toutes les versions des réseaux sociaux ne sont pas mauvaises", complète Jeremy Allen White. "On peut s'en servir pour promouvoir de bonnes choses : on peut utiliser nos propres plateformes pour montrer toutes sortes de choses, tout comme il y a beaucoup d'informations qui sont bonnes et avérées, beaucoup de connaissance à obtenir. Des gens avec qui l'on peut communiquer tout autour du monde. Tout n'est pas noir ou blanc. C'est plus la dépendance grandissante chez les gens qui me fait peur, mais si vous vous en servez pour promouvoir votre film, ou celui d'un ami, ou une cause en laquelle vous croyez, c'est moins un problème que lorsque cela devient une addiction."

Qui sait si cette addiction ne sera pas atténuée par The Social Reckoning, tant il nous fait reconsidérer notre rapport aux réseaux sociaux ?

Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Paris le 1er octobre 2026

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