Qu’est-ce que la dépression « circadienne », un nouveau type de dépression qui concernerait jusqu’à 25% des personnes dépressives ?

Des chercheurs australiens de l'Université de Sydney estiment qu'un quart des patients atteints de dépression souffrent du sous-type « circadien », résultant d'un décalage horaire permanent. Leurs travaux ont été publiés dans la revue British Journal of Psychiatry.
Une horloge biologique tout le temps déréglée
La dépression est une maladie dont les symptômes sont similaires chez les personnes concernées. En revanche, de nombreux facteurs environnementaux et physiologiques peuvent favoriser son apparition. Les psychiatres australiens Jacob Crouse et Ian Hickie sont partis du constat que la plupart des traitements disponibles contre la dépression visent à traiter un trouble sous-jacent : l'anxiété.
Mais ces traitements ne seraient pas efficaces pour 30% des jeunes souffrant de dépression atypique et dont le point de départ n'est pas l'anxiété, affirment les chercheurs. La dépression atypique est un sous-type de trouble dépressif majeur qui se distingue par des symptômes "inversés" par rapport à une dépression classique : humeur fluctuante (qui s'améliore lors d'un événement positif), augmentation de l'appétit, hypersensibilité...
Ian Hickie s'est donc demandé ce qui pourrait être à l'origine de la dépression atypique si ce n'est pas l'anxiété. Pour lui, le décalage horaire permanent est le responsable de la dépression atypique car il dérègle notre rythme circadien, aussi appelé horloge biologique. Pour rappel, les systèmes circadiens de notre corps sont synchronisés avec le cycle jour/nuit de 24 heures, la lumière étant le principal signal qui les module.
La coordination de ces horloges biologiques joue sur notre humeur, notre métabolisme, notre concentration, notre sommeil et bien d'autres facteurs essentiels. « Lorsqu'elles sont déréglées, on ressent un décalage horaire permanent. On se sent fatigué, épuisé, on prend du poids, on a des difficultés de concentration, on dort mal et notre comportement change », explique Ian Hickie.
Des symptômes qui varient au fil des saisons
Le professeur en psychiatrie et son équipe ont mis en évidence ce lien entre décalage horaire permanent et apparition de troubles de l'humeur, grâce aux données recueillies auprès de 11 380 participants à une étude australienne en cours sur la génétique et la dépression. Ils ont donné un nom à ce nouveau sous-type de dépression : la dépression circadienne.
Parmi les 11 380 personnes incluses dans cette étude, il s'avère qu'environ un quart des patients correspondent à ce sous-type circadien, selon les chercheurs. Les personnes souffrant de dépression circadienne présentent des symptômes qui varient au fil des saisons car ils sont influencés par les variations de la durée du jour. Aussi, leur endormissement est retardé par rapport à la population générale.
Elles sont également impactées par un décalage horaire social. Cela se traduit par une période de sommeil moyenne les jours ouvrables (jours d'école ou de travail) qui diffère de plusieurs heures par rapport à celle des jours non ouvrables. Leurs habitudes de sommeil ne correspondent donc pas aux rythmes sociaux habituels.
Ce sont des personnes qui ont un chronotype vespéral (qui veillent tard le soir), elles dorment plus longtemps que la moyenne quand elles le peuvent (à cause du décalage horaire permanent ?). Et sans surprise, elles se sentent très fatiguées au réveil.
Les personnes atteintes de dépression circadienne ont tendance à veiller tard le soir. © SB Arts Media, adobe Stock
Quels traitements pour la dépression circadienne ?
Les chercheurs ont constaté que les participants présentant le sous-type circadien ont commencé à souffrir de dépression plus tôt dans leur vie et ont rapporté des symptômes cliniques plus importants, comme la manie, la psychose et les idées suicidaires. Avec un appétit augmenté lors des épisodes dépressifs, ils étaient aussi plus susceptibles de prendre du poids.
L'étude rapporte par ailleurs que les participants souffrant de dépression circadienne présentaient un risque plus élevé de troubles neurodéveloppementaux comme le TDAH, ainsi que de problèmes de santé inflammatoires et cardiovasculaires.
Enfin, ces participants jugeaient les antidépresseurs classiques moins efficaces et rapportaient davantage d'effets secondaires associés à leur utilisation.
« Comme la dépression liée au rythme circadien est associée à l'horloge biologique, les traitements ciblant ce rythme, tels que la luminothérapie et la mélatonine, peuvent être beaucoup plus pertinents, et les cliniciens devraient y recourir plus tôt chez les personnes présentant ces symptômes », a fait savoir Jacob Crouse.
Quelle différence avec la dépression saisonnière ?
La dépression saisonnière est un type de dépression qui survient chaque année à la même période (souvent en automne quand les jours raccourcissent) à cause d'une diminution de la lumière naturelle. La dépression circadienne désigne un trouble plus large de l'horloge biologique qui peut perturber l'humeur et le sommeil toute l'année. La première est transitoire et moins grave que la deuxième. En revanche, elles se ressemblent sur plusieurs points :
- dans les deux cas, la production de mélatonine (hormone du sommeil) et de sérotonine (hormone de l'humeur) est perturbée ;
- elles ont des symptômes en commun : fatigue, perturbations du sommeil, augmentation de l'appétit ;
- la luminothérapie peut améliorer les symptômes dans les deux types de dépression car elles découlent d'un signal lumineux mal synchronisé par l'organisme.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.