Godzilla Minus Zero : que signifie le titre du nouveau film sur l'un des monstres les plus célèbres de l'Histoire du cinéma ?

Trois ans après le succès du premier volet, Godzilla est de retour dans le Japon de l'après-Seconde Guerre Mondiale grâce à "Minus Zero". Mais que signifie le titre de cette suite très attendue et spectaculaire ?

Ça parle de quoi ?
Japon après la Seconde Guerre mondiale, Kōichi Shikishima, un ancien pilote kamikaze survit à une rencontre avec Godzilla et souffre de symptômes de stress post-traumatique. Lorsque la créature réapparaît des années plus tard, un groupe de soldats et de vétérans doit s'unir pour vaincre le monstre avant qu'il ne puisse détruire le Japon.
Less than Zero
En 2023, Godzilla a développé un don d'ubiquité : alors qu'Hollywood en faisait le nouveau meilleur ami de King Kong, le lézard géant ressuscitait dans son Japon natal avec un film initulé Minus One, qui le replaçait dans son contexte original. Soit l'après-Seconde Guerre Mondiale, où il retrouvait son statut de symbole de peur du nucléaire qui pesait sur l'archipel, suite aux ravages des bombes larguées sur Hiroshima et Nagasaki en août 1945.
Lauréat d'un Oscar des Meilleurs Effets Visuels après avoir rapporté 114 millions de dollars et réussi à se frayer un chemin vers les salles françaises (ce que tous les films Godzilla produits au Japon ne sont pas parvenus à faire), bien aidé par le phénomène qu'il a été dans son pays d'origine, le long métrage de Takashi Yamazaki pouvait se voir autant comme un reboot qu'un prequel du long métrage de 1954, celui grâce auquel tout avait commencé. Et ce titre, Minus One ("Moins un" en français), appuyait cette idée.
Trois ans plus tard, succès oblige, voici sa suite. Qui ne s'intitule pas Godzilla Zero, comme on aurait pu l'imaginer, mais Minus Zero. Si la possibilité de voir le kaiju y lire "Moins que zéro" de Bret Easton Ellis serait aussi drôle et inattendue qu'anachronique, la signification de ce titre est, en réalité, plus technique et historique, en accord avec la manière dont les longs métrages de cette nouvelle branche de la franchise mettent en parallèle les attaques de la créature avec l'état du Japon au moment où les récits se déroulent.
Que signifie le titre "Minus Zero" ?
Pour le comprendre, replongeons-nous dans les livres d'Histoire. Le 9 août 1945, les États-Unis lâchent une bombe atomique sur la ville de Nagasaki, trois jours après celle qui a dévasté Hiroshima, et parviennent à mettre le point final de la Seconde Guerre Mondiale grâce à la capitulation du Japon. Le pays est alors réduit à zéro sur de nombreux plans, et c'est à ce statut que faisait référence Minus One, en indiquant que les destructions supplémentaires causées par Godzilla ne faisaient qu'aggraver la situation, déjà peu enviable, de l'archipel, le faisant alors passer de zéro à moins un.
Attendue ce 4 novembre dans nos salles, la suite se déroule deux ans plus tard, alors que le Japon a quelque peu pansé ses plaies, au même titre que la famille de Kōichi Shikishima (Ryonosuke Kamiki) se reconstruit, et tous deux se rapprochent davantage de zéro qu'à la fin de l'épisode précédent. Avec le risque, symbolisé par Godzilla, que tout s'effondre à nouveau. D'où ce titre, Minus Zero, qui semble n'avoir aucun sens au premier abord (là où l'on aurait pu s'attendre à "Zero" ou "Minus Two"). Car même en le prenant sous l'angle du prequel, le film toujours réalisé par Takashi Yamazaki ne se termine pas là où celui d'Ishiro Honda, sorti en 1954, débute.
C'est aussi simple que cela ?
Non. Car il y a un double sens, dans la mesure où le titre peut aussi faire référence au "Monstre zéro", figure clé de la saga Godzilla teasée dans l'une des dernières bandes-annonces en date et qui fait bien son retour ici, en majesté, mais dont nous ne dévoilerons pas l'identité, pour mieux laisser la surprise aux spectateurs. Surtout que son approche s'accompagne de quelques surprises, et plus des destructions attendues, dans un film qui ne sacrifie pas l'humain pour autant, et dit s'inspirer autant d'Aliens, pour le côté "plus grand", et Terminator 2, pour la dynamique qui fait que l'antagoniste du premier volet ne l'est plus totalement.
"Je me dois de donner du crédit à James Cameron", avoue Takashi Yamazaki dans les pages d'Empire. "Il regarde le film original et trouve un autre point d’accroche intéressant, pour creuser plus profondément. Ses suites prennent souvent un angle légèrement différent, mais restent ancrées dans beaucoup de ce qui a été construit dans le premier film." Et c'est effectivement ce que réussit Godzilla Minus Zero. Là où la tentation de céder aux seules sirènes du grand spectacle pouvait être grande, le metteur en scène n'oublie pas que la force du long métrage précédent ne résidait pas uniquement là.
"Je me dois de donner du crédit à James Cameron"
Plus encore que dans Minus One, la question du traumatisme japonais est centrale, et elle s'exprime aussi bien à travers la quête de vengeance d'un personnage (qui nous vaut aussi bien un flashback terrifiant à Hiroshima, peu après l'explosion de la bombe, qu'un rêve destructeur qui renvoie à la catastrophe vécue par une autre ville, plus occidentale) que la représentation des blessures de Noriko (Minami Hamabe), rescapée du premier volet, symbole des radiations subies par bon nombre de personnes qui avaient survécu à la déflagration initiale.
Trois ans après le succès et la réussite de Minus One, Takashi Yamazaki persiste et signe. Devant sa caméra, Godzilla retrouve non seulement sa grandeur, mais sa manière de représenter la peur, avec des images que vous ne risquez pas d'oublier de sitôt.
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