Robots à prix cassés : la méthode radine d’Unitree pour dominer le marché

Valider en personne chaque dépense au-delà d’une centaine de yuans, supprimer les primes et ne pas même offrir un soda le jour de l’entrée en Bourse : chez Unitree, la chasse aux coûts commence au bureau du fondateur.
Un robot humanoïde pour le prix d’un scooter, voilà l’argument qui a fait d’Unitree la vitrine de la robotique chinoise. Son R1 s’affiche sous les 5 000 euros sur AliExpress ; le grand frère G1 réclame 99 000 yuans, moins de 15 000 dollars. Derrière ces étiquettes, une enquête de la presse économique chinoise, nourrie de témoignages d’anciens salariés et de fournisseurs, décrit la mécanique qui rend ces prix possibles. Elle tient en un homme, Wang Xingxing, fondateur de l’entreprise et comptable en chef autoproclamé de la moindre vis.
Jusqu’où va la chasse aux coûts maison ?
Chez Unitree, toute dépense dépassant une centaine de yuans, une douzaine d’euros, remonterait ainsi au bureau du fondateur. Les salaires resteraient sous les standards du secteur et l’intéressement reposerait sur les pénalités plutôt que sur les primes. Le jour de l’entrée en Bourse, les équipes n’auraient pas même eu droit à un soda pour trinquer. L’organigramme suit la même logique d’économie : pas de strates intermédiaires, simplement Wang et tout le reste, avec des lignes de produits entières confiées à un ou deux salariés. Le patron, lui, publierait ses notes techniques dans les canaux internes entre 2 et 3 heures du matin.
Pour justifier sa frugalité, Wang martèle que la baisse des coûts se joue d’abord dans la conception, pas dans les volumes, et prévient la concurrence que son entreprise peut « encore descendre beaucoup plus bas ». Les chiffres du prospectus boursier lui donnent corps : une recherche et développement limitée à 8,53 % du chiffre d’affaires, trois fois moins que le rival UBTech, pour des marges brutes dépassant 60 % sur les humanoïdes. L’équivalent, dans l’automobile, d’une marque low-cost qui dégagerait les marges d’un constructeur de luxe.
Des économies qui se paient en Bourse et en service après-vente ?
Introduite à Shanghai le 19 août à 150,8 yuans, l’action a bondi de +460 % en une séance. Elle a depuis fondu de moitié par rapport à son pic, ramenant la capitalisation d’environ 66 à 30 milliards de dollars. Les investisseurs ont fini par regarder le détail : 1,7 milliard de yuans de chiffre d’affaires en 2025, pour plus de 5 500 humanoïdes livrés. Mais moins de 10 % de ces revenus proviennent d’applications industrielles, celles qui feraient des humanoïdes autre chose que des mascottes de salon.
D’anciens salariés évoquent des taux de retours très élevés sur les premières années, ainsi qu’un contrôle qualité largement sous-traité, concentré sur l’apparence des machines. L’entreprise assure que ses robots survivent désormais à leur période de garantie, six mois à un an selon les modèles. S’ajoute une menace commerciale de taille : depuis fin juillet, le régulateur américain des télécoms refuse toute nouvelle autorisation aux robots humanoïdes et quadrupèdes étrangers, alors que l’international pèse plus de 40 % des revenus d’Unitree.
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