Sommet États-Unis – Chine : sous le tapis rouge, la poussière

Ce sommet doit avant tout permettre aux deux puissances de renvoyer une image d'apaisement, dans une relation qui reste fondamentalement conflictuelle. Sur le fond, la concurrence entre Washington et Pékin est âpre, avec des retombées mondiales. Les deux capitales restent opposées sur une multitude de sujets : commerce et droits de douane, intelligence artificielle, guerres au Moyen-Orient et en Ukraine, et bien sûr Taïwan.
En ce sens, l'important dans cette visite d'État, c'est peut-être simplement que la visite ait lieu. Car en coulisses, des discussions se poursuivent sur le commerce, les minerais critiques, l'intelligence artificielle et les chaînes d'approvisionnement. Les négociateurs travaillent sur une réduction mutuelle de certains droits de douane portant sur environ 30 milliards de dollars de marchandises, ainsi que sur une éventuelle prolongation de la trêve commerciale qui expire en novembre.
La guerre commerciale : une trêve fragile, une Chine en position de force
La trêve commerciale signée en octobre 2025 arrive à échéance en novembre. Les deux dirigeants ont donc un intérêt commun à éviter une nouvelle escalade tarifaire. Rappelons qu'en avril 2025, Donald Trump avait voulu utiliser les droits de douane pour réduire le déficit commercial américain et contraindre Pékin à changer de comportement. Mais la Chine n'a pas cédé. Elle a répondu coup par coup, notamment en restreignant l'accès à certains minerais critiques, indispensables aux industries technologiques, automobiles et militaires.
Résultat : l'objectif affiché par Washington n'a pas fonctionné. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : l'excédent commercial de la Chine devrait dépasser les 1.000 milliards de dollars pour la deuxième année consécutive, et plus de la moitié des 6.500 catégories de produits vendus aux États-Unis ont vu leurs volumes progresser cette année.
Des fragilités des deux côtés
Si la Chine arrive à Washington avec une position commerciale solide, sa situation intérieure est loin d'être sans nuages. La crise immobilière continue de peser sur l'économie. La consommation des ménages reste insuffisante. Le vieillissement démographique s'accélère. Et le chômage des jeunes diplômés dépasse les 20 %.
Du côté américain, Donald Trump n'est pas non plus en position de force absolue. Sa guerre contre l'Iran mobilise une part importante de son capital politique, tandis que sa popularité s'érode sur fond d'envolée des prix des carburants, à quelques semaines des élections de mi-mandat. Dans cette relation-rivalité sino-américaine, aucun des deux ne domine clairement l'autre.
Un équilibre des forces complexe, entre dépendances et rivalités
Les États-Unis conservent des atouts majeurs : le dollar, leur capacité d'innovation, l'attractivité de leur marché, leur avance dans plusieurs technologies stratégiques, un réseau d'alliances solide et une puissance militaire considérable. La Chine, de son côté, dispose d'une base industrielle extrêmement vaste, d'une capacité de production difficile à remplacer rapidement et d'une position déterminante dans les chaînes d'approvisionnement, notamment celles des minerais critiques.
Elle peut résister à la pression américaine, mais ne peut pas non plus ignorer l'accès aux technologies de pointe, aux marchés occidentaux et à certains composants essentiels. Washington et Pékin cherchent donc simultanément à réduire leurs vulnérabilités et à préserver les dépendances qui leur donnent du pouvoir sur l'autre.
Taïwan, l'enjeu stratégique en arrière-plan
L'île, revendiquée par Pékin, est aussi un centre majeur de production de semi-conducteurs avancés, indispensables aux technologies civiles et militaires. Taïwan est à la fois une question de souveraineté, de sécurité et de puissance industrielle — ce qui en fait un point de concentration de la rivalité sino-américaine.
La Chine souhaite obtenir des garanties sur le soutien américain à Taipei. Donald Trump, lui, pourrait être tenté d'utiliser certaines décisions, notamment en matière d'armement, comme monnaie d'échange dans ses négociations. Ce sommet ne devrait donc pas réconcilier les deux puissances, mais il pourrait confirmer quelque chose de plus durable : leur capacité à poser un cadre et à organiser leur rivalité technologique, commerciale et stratégique.
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