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Tuesday, September 15, 2026

Louis Caron, romancier de l’histoire d’ici, est décédé

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Les titres et les sous-titres de ses œuvres les plus connues évoquent tout de suite le passé, les temps révolus, les récits historiques : L’emmitouflé, Le Bonhomme Sept-heures, Racontage, La tuque et le béret, Le bouleau et l’épinette, L’outarde et la palombe, Le temps des bâtisseurs — et, surtout, la série Les fils de la liberté, son plus grand succès. Louis Caron était de la race des écrivains populaires. Il avait aussi été à l’origine de la célébrissime série télé Lance et compte, finalement achevée et surmultipliée par le journaliste Réjean Tremblay, qui a annoncé le décès de son mentor.

La vie de Louis Caron s’est arrêtée dans la nuit de lundi à mardi après un infarctus. Il était atteint de la maladie d’Alzheimer. Il avait 84 ans.

« Il était encore avide de voir et de s’entourer de beauté », a déclaré sa fille Geneviève Caron. « C’est ce que je retiens, il avait un besoin de nature, c’était la plus belle façon de lui faire plaisir, c’était de l’emmener dans son rang de l’île de Nicolet. »

Louis Caron naît non loin de là, à Sorel, le 21 juillet 1942. Il étudie au séminaire de sa ville, abandonne finalement ses études classiques, exerce plusieurs petits métiers et devient journaliste à partir de 18 ans. Il travaille pour Radio-Canada et Le Nouvelliste de Trois-Rivières, puis ensuite pour le gouvernement du Québec. Il décide en 1976 de se consacrer entièrement à l’écriture littéraire.

Après ses premières œuvres — L’illusionniste et Le guetteur — paraissent des romans qui vont assurer sa notoriété, notamment les deux premiers volumes des Fils de la liberté, Le canard de bois (1981) et La corne de brume (1982). Ce diptyque compose la première œuvre de fiction contemporaine publiée par les Éditions du Boréal, spécialisées jusque-là en sciences sociales.

Louis Caron écrit des romans campés dans l’histoire et le Québec dans un style vif et prenant. Il invente des personnages qui vivent au rythme des faits avérés et des lieux réels. L’emmitouflé se déroule au moment de la conscription de 1917. Le Bonhomme Sept-heures a comme toile de fond le tremblement de terre de Nicolet de 1955. Les rébellions des patriotes de 1837-1838 campent le décor des Fils de la libertéLe vrai voyage de Jacques Cartier parle de l’odyssée de l’explorateur.

Une plume profondément québécoise

« Louis Caron est aussi celui qui a donné au roman historique québécois ses lettres de noblesse », écrivait en 1992 Francine Bordeleau dans la revue littéraire Nuit blanche. « Séduisant autant les lecteurs que la critique, Le canard de bois a fait l’unanimité, comme on dit. » Ce roman reçoit le prix Jean-Hamelin (aujourd’hui jumelé au prix littéraire France-Québec) en 1982 et est vite produit en feuilleton pour la télévision.

Louis Caron « a redonné à ses compatriotes le goût de se réapproprier leurs racines », explique le texte sur sa décoration comme Chevalier de l’Ordre national du Québec en 2008. « Il est, tant par son engagement social que par la profondeur de son œuvre littéraire, un modèle inspirant et un ambassadeur de la québécité, notamment en Europe francophone et aux États-Unis. Il a favorisé le rayonnement du Québec à l’étranger en étant l’un des premiers auteurs québécois à voir l’une de ses œuvres, Les fils de la liberté, adaptée à la télévision française, au début des années 1980. Il a ainsi ouvert la voie à ses confrères et consœurs. »

Cette expérience en télé le fait embaucher comme scénariste d’un « téléroman » sur le hockey. Le canevas de base imaginé par le romancier repose sur l’histoire de la recrue Pierre Lambert, de sa mère Constance et de sa sœur Suzie. Seulement, l’équipe de production piétine et décide d’appeler à la rescousse le journaliste Réjean Tremblay. Le travail abouti est devenu Lance et compte.

M. Tremblay raconte la suite dans son livre de souvenir Avant que j’oublie, qui parait cette semaine aux Éditions La Presse. « Soudain, l’inattendu s’est produit. Louis Caron a décroché un poste important dans un jury littéraire à Ottawa et a été choisi en même temps pour écrire, à plusieurs mains, un roman avec des auteurs français, suisse, belge et africain (sénégalais, je crois). Je me suis retrouvé seul pour écrire les épisodes deux et trois. J’ai tripé comme un malade. »

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