La couleur comme ancêtre: le photographe Rafael Pavarotti célèbre l'«amefricanité» à Paris

Le musée des Arts décoratifs de Paris consacre jusqu'au 2 mai 2027 une exposition au photographe Rafael Pavarotti. Né en Amazonie et nourri des cultures afro-autochtones du Brésil, il a conquis la mode et la pop culture par ses couleurs vibrantes et son style théâtral. Des géants du luxe à Beyoncé, en passant par Madonna, avec qui il a étroitement collaboré pour son dernier album, tous ont succombé à son esthétique.
Publié le :
4 min Temps de lecture
Une explosion de couleurs. Voilà ce qui frappe d'abord dans l'exposition Rafael Pavarotti : Photographe, tout juste ouverte à Paris. C'est ce qui saute aux yeux devant l'œuvre de ce faiseur d'images de 33 ans, devenu en quelques années l'une des figures incontournables de la photographie de mode.
Des clichés en noir et blanc ponctuent le parcours, mais les teintes franches dominent : sur les tenues des modèles, dans les accessoires, ou en simple toile de fond pour faire ressortir le grain de la peau des personnages, presque tous racisés. « La couleur a toujours été plus que de simples pigments pour moi. Elle est un ancêtre, un rythme, un esprit, une mémoire. C'est une voix qui a existé avant moi et qui perdurera après moi, confie Rafael Pavarotti. Elle symbolise quelque chose de plus large, de vivant, qui appartient au Sud et au nouveau monde en train d'émerger. »
Le Sud et ce nouveau monde sont au cœur de son travail, et l'Amazonie natale n'est jamais très loin. Il a quitté Belém, capitale de l'État du Pará, à 16 ans, puis a fait étape à São Paulo, à Rio de Janeiro et à Londres avant de s'installer à Paris. Pourtant, c'est dans les souvenirs de son enfance qu'il puise le plus volontiers : la rigueur des parents artisans, le regard d'une grand-mère qui lui a appris que « l'audace en matière de couleur ne relève pas de la provocation, mais de la sincérité », et la singularité d'une ville plantée aux portes de l'Amazonie. « À Belém, la couleur opère avec instinct et conviction : les maisons sont peintes dans des combinaisons chromatiques audacieuses et les vêtements s'accordent de manière intuitive », se souvient-il.
Mais son travail ne se résume pas à la couleur. Il se distingue aussi par le choix de ses sujets, souvent des figures féminines puissantes, incarnées en impératrices, déesses, reines ou guerrières. « Il veut donner de la visibilité, une place à toutes les couleurs de peau. Les mannequins, qu'ils soient afrodescendants, qu'ils soient autochtones, sont régulièrement ses muses. Pour lui, l'idée est de faire évoluer le milieu de la mode », résume Sébastien Quéquet, attaché de conservation au musée des Arts décoratifs de Paris et commissaire de l'exposition.
« Ce qui m'intéresse, c'est de contribuer à un avenir visuel dans lequel circulent des formes plus inclusives de représentation, dans lequel les plus jeunes trouvent des images qui élargissent leur conception du possible, dans lequel les générations futures pourront se reconnaître avec clarté, force et un sentiment d'appartenance », défend le photographe.
C'est ainsi qu'en 2020, il a photographié la première campagne publicitaire de l'histoire de la maison Dior réalisée exclusivement avec des mannequins noirs. Deux ans plus tard, il a aussi mis en scène neuf mannequins noirs en couverture de Vogue UK. L'image a d'ailleurs suscité des débats, certains y voyant une forme d'instrumentalisation de la question raciale.
« Amefricanité »
On pourrait être tenté de rapprocher son travail de celui de Viviane Sassen pour l'usage de la couleur, voire de Jean-Paul Goude pour la mise en scène de certains personnages. Mais Rafael Pavarotti va au-delà, car son regard est à la fois situé et « décentré » géographiquement, et sa démarche est davantage politique. Il suffit d'écouter ses références : il cite volontiers l'écrivaine et militante afro-américaine Maya Angelou, l'autrice brésilienne Carolina Maria de Jesus ou encore le cacique Raoni.
Son approche s'inscrit d'ailleurs dans une relecture esthétisante de l'« amefricanité », concept développé dans les années 1980 par la chercheuse Lélia Gonzalez pour rendre visibles les luttes des peuples colonisés d'Amérique du Sud, qu'ils soient afrodescendants ou autochtones. Dans l'exposition, la série « An Altar to Memory », qui clôt le parcours, explore précisément cette notion : des divinités yoruba y côtoient le peuple tupi et les esprits afro-brésiliens, le tout avec un sens aigu de la mise en scène. Rien d'étonnant à ce que le monde de la mode se soit entiché de ce regard à la fois engagé et foisonnant de créativité.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.