Après l’extraction, l’Afrique de l’Ouest mise sur le raffinage de l’or

Lundi 28 septembre, le capitaine Traoré a inauguré la première raffinerie d’or du Burkina Faso. L’ambition : ne plus être un pays seulement extracteur mais « avoir toute la chaîne de valeur sur place », limiter les trafics et faire rentrer dans le marché formel des quantités d’or plus importantes. Une stratégie du Burkina Faso qui dure depuis plusieurs années.
Le Burkina Faso a par exemple interdit l’exportation de l’or artisanal il y a deux ans, ce qui a fait grimper les chiffres de production de l’orpaillage. Elle est passée de huit tonnes en 2024 à 40 tonnes en 2025.
Autre objectif que se sont fixé les autorités : tirer plus de bénéfice de ses matières premières. Pour cela, le Burkina Faso a créé une réserve d’or nationale… Ainsi qu’un fonds souverain minier. Les autorités souhaitent ainsi préserver une partie des revenus extractifs pour des investissements de long terme. La raffinerie est donc une étape supplémentaire dans cette quête. Pourtant, transformer l’or localement n’est pas forcément synonyme de meilleurs revenus. À la différence d’autres matières premières, les études ont montré que le raffinage rapporte en général moins de 10 % de valeur supplémentaire.
La nécessaire certification
La valeur des lingots burkinabè dépendra également de la capacité de la raffinerie à les faire certifier. La certification la plus reconnue étant celle de Londres, la LBMA. Elle fait référence sur de nombreuses places mondiales de négoce de l’or. Sans cela, certains marchés peuvent rester fermés. C’est l’expérience que fait le Ghana : ses lingots estampillés localement doivent être retraités dans une fonderie agréée.
Pourtant, les pays de la région se dotent tous de raffineries. Ils cherchent ainsi à mieux contrôler les flux de minerais et à les diriger vers la raffinerie nationale, ce qui permet de limiter la contrebande, de mieux taxer l’or et donc d'augmenter les recettes de l’État. Au Burkina Faso par exemple, l’État a déjà instauré que 100 % de l’or artisanal doit passer par la raffinerie nationale, 50% pour l’or issu des mines industrielles. Ces raffineries sont également perçues comme un enjeu de souveraineté nationale : elles permettent la constitution de réserves d’or nationales. Grâce à sa raffinerie, le Ghana a sécurisé environ 30 tonnes d’or valant environ 9 milliards de dollars – l’équivalent de plus de 5 mois d’importations.
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Des réserves nationales encore limitées
Une tendance qui s’est largement développée en Afrique de l’Ouest. Mali, Ghana, Burkina Faso, Niger, Guinée, Côte d’Ivoire ont déjà ou vont prochainement avoir leur raffinerie. Cependant, les réserves constituées par les États africains – même si elles augmentent, elles sont passées de 663 tonnes en 2022 à 738 tonnes en 2025 – ne devraient pas avoir d’impact majeur sur le prix ou la structure du marché. Les quantités qu’elles représentent sont trop modestes par rapport à la quantité d’or échangée sur les marchés mondiaux : plus de 5 000 tonnes en 2025.
Cette stratégie africaine a en revanche des impacts sur la carte des flux de l’or. Moins de flux de « dorés » – ces lingots d'or brut semi-raffinés, généralement issus d’un premier traitement sur les sites d’extraction – vont partir vers les grandes raffineries à Dubaï ou Zurich. Ce qui pourrait à moyen terme resserrer la disponibilité physique de lingots certifiés et mécaniquement faire grimper leur prix.
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