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Friday, October 2, 2026

Tendance à utiliser la force trop rapidement | La STM dit non aux pistolets pour ses constables

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La Société de transport de Montréal (STM) refuse formellement d’équiper ses constables de pistolets, notamment en raison de leur tendance à utiliser la force trop rapidement, a appris La Presse. L’organisation sort toutefois une nouvelle carte face à l’insécurité dans le métro : l’ex-patron de la Sûreté du Québec Martin Prud’homme vient d’être recruté pour s’attaquer au problème.

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L’ex-policier entrera en fonction plus tard ce mois-ci, selon nos informations, dans un nouveau poste de haute direction créé spécialement pour lui.

M. Prud’homme fera face aux demandes répétées des quelque 165 constables de la STM afin d’obtenir des armes à feu. Leur syndicat estime que leur travail présente un risque d’agression extrêmement élevé alors que la situation sécuritaire dans le métro continue – à leur avis – à se dégrader. Depuis quatre ans, la crise sociale qui sévit dans les rues de Montréal déborde dans son réseau de transport souterrain, avec plus d’itinérants que jamais dans les stations.

Mais « la STM considère qu’il n’est pas opportun d’envisager un ajout d’armes intermédiaires et/ou létales », indique le rapport d’un inspecteur du travail, daté de l’automne dernier et obtenu par La Presse. Parmi les motifs invoqués : « il semble y avoir un passage hâtif à l’usage de la force rapprochée dans bien des situations ».

Les constables de la STM ont procédé à 539 interventions physiques en seulement un an, en 2024.

La STM estime qu’« il est impératif qu’un changement de culture s’opère chez les constables spéciaux pour que le risque de violence diminue », selon l’interprétation de l’inspecteur de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

Au sommet des contre-exemples que pourrait pointer la STM : le cas du constable Mikaël Lahaie, formellement accusé d’agression armée et de voies de fait – plus tôt en 2026 – pour avoir rudoyé un usager qu’il tentait d’expulser d’une station de métro. Il aurait utilisé de façon exagérée son poivre de Cayenne et son bâton télescopique, selon Radio-Canada.

C’est l’un des rares dossiers du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI, la police de la police) à avoir donné lieu à des accusations criminelles.

« Pas pour le plaisir »

Kevin Grenier, président de la Fraternité des constables et agents de la paix de la STM, rejette en bloc l’analyse de la STM.

« Mes membres n’utilisent pas la force pour le plaisir ; quand ils l’utilisent, c’est parce qu’ils n’ont vraiment pas le choix », a-t-il assuré en entrevue téléphonique.

On est des experts en désescalade pour essayer de désamorcer les situations, mais encore faut-il que la situation soit désamorçable. Plus ça va, moins les situations sont désamorçables.

Kevin Grenier, président de la Fraternité des constables et agents de la paix de la STM

Un rapport récent de la CNESST souligne que les interventions physiques étaient en baisse au début de l’année 2026. Mais Kevin Grenier a indiqué que 143 blessures avaient été rapportées par ses membres jusqu’à présent en 2026, et 156 l’an dernier.

Pour lui, il s’agit d’une conséquence claire du risque auquel les constables s’exposent et de la détérioration de la situation dans le métro. Le contexte « a stagné ou s’est détérioré » dans les derniers mois, assurent-ils. La STM a plutôt fait valoir à la CNESST que la situation s’était récemment améliorée dans le réseau.

Dans un courriel, cette semaine, la STM a confirmé qu’elle n’envisageait plus de munir ses constables d’armes à feu. « L’approche de nos constables est orientée davantage sur le service à la clientèle, la désescalade et le référencement vers les ressources de la santé et des services sociaux, a indiqué Renaud Martel-Théorêt, conseiller en affaires publiques. Les constables ont la possibilité d’utiliser le poivre de Cayenne en gel depuis 2024 et doivent faire appel au SPVM [Service de police de la Ville de Montréal], présent dans le métro, lors de situations impliquant une personne armée. »

Dans son rapport, la CNESST souligne que la STM doit trouver d’autres façons de protéger ses constables, si elle renonce aux armes. « En aucun cas le fait que les travailleurs adoptent de mauvaises pratiques ne décharge l’employeur de ses responsabilités », indique le rapport.

Ultimement, l’employeur doit protéger les employés qu’il a et non les employés qu’il aimerait avoir.

Extrait d’un rapport de la CNESST sur la STM

Le corps des constables de la STM a été créé en 2021, à partir de l’équipe d’inspecteurs1. Québec leur a accordé des pouvoirs d’agents de la paix, leur permettant de transporter du poivre de Cayenne en gel et augmentant leurs pouvoirs d’arrestation.

« Une bonne acquisition »

Kevin Grenier dit voir positivement l’arrivée de Martin Prud’homme au sein du comité de direction de la STM.

« L’embauche de M. Prud’homme est une bonne acquisition de par son expérience et son expertise, a-t-il réagi. Les discussions seront assurément plus fluides concernant les enjeux actuels. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

L’ex-directeur général de la Sûreté du Québec Martin Prud’homme, photographié ci-dessus en 2018, se joindra à la STM.

Le principal intéressé n’a pas voulu commenter nos informations. « Martin Prud’homme n’est pas à l’emploi de la STM », s’est limité à dire Renaud Martel-Théorêt, par écrit.

Martin Prud’homme, fin cinquantaine, avait obtenu en 2022 le poste de directeur général adjoint responsable de la sécurité urbaine à la Ville de Montréal sous l’administration de Valérie Plante. Montréal était alors aux prises avec une flambée de violence par arme à feu.

Ce mandat a été aboli en février dernier, peu après l’arrivée de Soraya Martinez Ferrada comme mairesse de la métropole. M. Prud’homme était toutefois demeuré conseiller stratégique en sécurité urbaine au cabinet de la mairesse.

Il a accumulé plus de 30 ans d’expérience à la Sûreté du Québec, au SPVM et au ministère de la Sécurité publique au cours de sa carrière.

1. Lisez l’article « Les inspecteurs de la STM deviendront des “constables spéciaux” »

Les coulisses de la sécurité du métro

La police prend le contrôle d’une station

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

La station Saint-Laurent du métro de Montréal

Les procédures de la STM prévoient que si la situation sécuritaire dans une station se dégrade de façon « trop critique », c’est la police plutôt que les constables qui en assure la surveillance, selon la STM et un rapport de la CNESST. C’était le cas de la station Saint-Laurent – aux abords du Quartier des spectacles, pendant deux semaines de l’hiver dernier. « Un plan d’action a été mis en place à la demande de la STM après que des actes criminels (entre autres du trafic de stupéfiants) [ont] été constatés », a décrit Renaud Martel-Théorêt, porte-parole de la STM, par courriel. « Les constables spéciaux ont comme principale mission de gérer les comportements et non la criminalité. »

Craintes chez les cadres

PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, ARCHIVES LA PRESSE

La fermeture nocturne des stations représente un moment critique pour certains itinérants.

Depuis quelques mois, des cadres de la STM sont appelés à sortir de leurs bureaux pour assurer une présence supplémentaire dans le réseau du métro, notamment au moment de la fermeture nocturne des stations – un moment critique pour certains itinérants. Ces cadres doivent porter un dossard jaune jusqu’à 19 h, sauf quand ils se retrouvent seuls dans une station « chaude » : leur visibilité leur attirerait des ennuis, selon le témoignage de l’un d’eux devant un inspecteur de la CNESST. Selon cette personne (dont l’identité est caviardée), « 25 % des cadres en intervention de soir seraient en arrêt de travail », rapporte un rapport daté de février dernier. Par courriel, cette semaine, la STM conteste fermement ce chiffre « arbitraire ». « Le taux d’absentéisme global des cadres appelés à appuyer les employés le soir dans le métro de Montréal est de 12,03 %, toutes causes confondues », a assuré Renaud Martel-Théorêt.

Le comité sur les clientèles difficiles aboli

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

L’itinérance est de plus en plus visible dans le métro de Montréal.

Malgré la situation qui a cours dans le métro, la STM a choisi d’abolir son comité sur les clientèles difficiles, révèle un rapport de la CNESST datant de l’été. Un syndicat s’en est plaint à l’inspecteur du travail. Ce dernier semblait lui aussi déplorer la situation : « ce regret est d’autant plus grand que […] j’avais livré un plaidoyer en faveur de la communication », a-t-il écrit. Par courriel, la STM a fait valoir que ce comité était arrivé au bout de son travail de consultation et d’inventaire des « mesures d’atténuation » possibles. Kevin Grenier, de la Fraternité des constables et agents de la paix de la STM, déplore de ne jamais avoir fait partie de ce groupe. « On aurait aimé y participer, donc on le déplore », a-t-il dit en entrevue.

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