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Wednesday, September 16, 2026

L’IA devient un enjeu politique aux États-Unis, pourrait-elle le devenir au Canada?

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Alors qu’aux États-Unis s’organise une résistance au laisser-faire du président Donald Trump en matière d’intelligence artificielle (IA), au Canada, le gouvernement de Mark Carney peut s’attendre à ce que tous les partis d’opposition lui reprochent pareille naïveté.

La récente proposition de grandes pointures de l’IA de ralentir le développement de cette technologie a mis le président américain dans tous ses états. « La prétention que l’IA va envahir le monde est un canular, tout comme le réchauffement climatique », a écrit Donald Trump, parmi une série frénétique de messages publiés sur sa plateforme.

Le milliardaire républicain se porte volontiers à la défense de cette industrie, dominée par les entreprises de son pays. Il est lui-même un avide adepte d’art numérique généré par IA, qu’il utilise d’ailleurs périodiquement pour illustrer son projet d’annexion du Canada depuis l’an dernier.

Questionné sur l’idée de ralentir cet avancement technologique, lundi, le premier ministre canadien, Mark Carney, a certes vanté l’idée d’un cadre international, mais n’a pas dit un seul mot laissant entendre que le rythme d’adoption de l’IA mériterait d’être reconsidéré.

« Je crois que nous devons être prudents pour que, dans cette situation, le mieux ne soit pas l’ennemi du bien », a-t-il fait valoir en entrevue avec Bloomberg. Ce dont la société a besoin, ce sont des « solutions pratiques » aux nouveaux problèmes créés par l’IA, « dans l’immédiat ».

Cette position, interprétée par le Toronto Star comme « alignée » sur celle de Donald Trump, est pourtant bien loin de faire consensus au sud de la frontière. Les opposants démocrates du président américain comptent d’ailleurs en profiter. L’ex-président Barack Obama a récemment qualifié de « danger » une intelligence artificielle sans garde-fous, devant des donateurs, rapporte le New York Times.

L’opposition s’organise

Le gouvernement canadien compte un ministre de l’Intelligence artificielle depuis le printemps 2025. Evan Solomon n’a jusqu’ici rien dit sur l’appel au ralentissement du développement de l’IA formulé cette fin de semaine par Dario Amodei (Anthropic) et appuyé par ses rivaux Sam Altman (OpenAI) et Elon Musk (xAI). Il a décliné la demande d’entrevue du Devoir à ce sujet.

« Même si la technologie continue d’évoluer, notre objectif demeure clair : faire en sorte que les Canadiens puissent tirer pleinement parti de l’IA tout en maintenant de solides garanties en matière de sécurité publique, de sûreté et de confiance », a-t-il écrit dans une longue déclaration qui évite d’aborder le cœur de la question.

« C’est clair que le gouvernement n’en fait pas assez [pour protéger la société]. Sa stratégie déployée au printemps dernier, on dirait que c’était écrit par l’industrie », dénonce le député du Bloc québécois Gabriel Ste-Marie. Ce dernier rêve carrément de voir le Canada proposer la création d’une institution internationale consacrée à l’IA.

Les autres partis d’opposition à Ottawa adoptent eux aussi le ton de la critique. La députée conservatrice Leslyn Lewis a appelé « l’humanité » à mettre de côté ses différends pour « protéger [l’]avenir collectif et la liberté ». La semaine dernière, elle s’en est prise sur X à la posture canadienne en matière d’IA, trop alignée sur celle des États-Unis à son goût.

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Avi Lewis, a carrément fait de « maîtriser l’intelligence artificielle » un thème de sa récente campagne à la direction du parti. « Notre gouvernement va-t-il cesser de se contenter d’applaudir et commencer à réglementer dans l’intérêt général ? » a-t-il dénoncé cette semaine.

Des initiatives internationales

En entrevue avec Bloomberg, le premier ministre Carney a évoqué l’idée de créer un « conseil de la stabilité » en matière d’IA. Il dit avoir abordé la question avec ses homologues du G7.

C’est en fait ce que le Canada pourrait faire de mieux pour pallier les enjeux à long terme de l’IA, comme les risques existentiels pour l’humanité, croit Catherine Régis, membre académique associée de l’Institut québécois d’intelligence artificielle (Mila).

« L’idée de ralentir la technologie, ce n’est pas le Canada qui peut faire ça tout seul. Les entreprises américaines espèrent toutes gagner la course à l’IA pour dominer le monde », rappelle la professeure titulaire de droit à l’Université de Montréal. Il serait tout aussi malavisé de laisser la réflexion entre les mains des grosses pointures américaines, ce qu’a fait valoir l’entreprise canadienne Cohere lundi.

En parallèle de sa participation éventuelle à un encadrement international, le gouvernement fédéral, ainsi que les provinces, devrait faire ses propres lois pour encadrer l’IA développée ou utilisée au pays, dit-elle. « Il faut jouer sur les deux tableaux. »

Dans sa récente stratégie en matière d’IA, Ottawa propose qu’on enseigne aux enfants à faire des requêtes. Un projet de loi déposé en juin, C-34, vise notamment à forcer une « conception sécuritaire » des plateformes pour les enfants, ce qui doit être surveillé par l’organisme qu’il créerait, soit la Commission canadienne de la sécurité numérique.

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